‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 125 sur 261 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

préparer au combat. Elle était prête. Les fatigues, les insomnies d'une nuit passée sous une pluie torrentielle, sur une terre fangeuse, étaient oubliées : elle ne pensait, n'aspirait qu'à la lutte.

« A huit heures, disent les Mémoires de Sainte-Hélène, des officiers d'artillerie qui avaient parcouru le terrain annoncèrent que l'artillerie pouvait manœuvrer, quoique avec quelques difficultés qui, dans une heure, seraient bien diminuées. »

Napoléon monta à cheval, se porta sur les hauteurs de la Belle-Alliance et reconnut la ligne ennemie, qu'il avait déjà observée.

Le lieutenant général'du génie Haxo fut chargé de s'en approcher davantage, pour s'assurer si des retranchements y avaient été élevés. Il revint promptement rendre compte qu'il n'avait aperçu aucune trace de fortification.

Napoléon réfléchit un instant, et dicta l'ordre de bataille que des aides de camp portèrent immédiatement aux divers corps d'armée.

L'armée se mit en marche sur onze colonnes.

Ces onze colonnes étaient destinées à former quatre, la première ligne, quatre la seconde, trois la troisième.

Les quatre colonnes de la première ligne étaient : celle de gauche, formée par la cavalerie du 2e corps (Reille); la deuxième, par les trois divisions d'infanterie de ce corps; la troisième, par les quatre divisions d'infanterie du 1er corps (d'Erlon); la quatrième, par la cavalerie du même corps.

Les quatre colonnes de la seconde ligne étaient : celle de gauche, formée par les cuirassiers de Kellermann ; la deuxième, par les deux divisions d'infanterie du 6e corps (Lobau) ; la troisième, par les deux divisions de cavalerie légère Domon et Subervie, détachées, depuis la veille, des corps de Vandamme et de Pajol ; la quatrième, par les cuirassiers de Milhaud.

Les trois colonnes de la troisième ligne étaient : celle de gauche, formée par la division de grenadiers à cheval et dra-

gons delà garde, sous Guyot; la seconde, par les trois divisions d'infanterie de la vieille et jeune garde sous Friant, Morand etDuhesme; la troisième, par les chasseurs à cheval et lanciers de la garde sous Lefebvre Desnouettes.

L'artillerie marchait sur le flanc des colonnes ; les parcs et les ambulances étaient à la queue.

A neuf heures, les têtes des quatre colonnes formant la première ligne arrivèrent où elles devaient se déployer. En même temps, on aperçut, plus ou moins loin, les sept autres colonnes qui débouchaient des hauteurs; elles étaient en marche; les trompettes et les tambours sonnaient et battaient aux champs; la musique faisait retentir les airs qui retraçaient aux soldats le souvenir de cent victoires. « La terre, dit Napoléon, paraissait orgueilleuse de porter tant de braves. Ce spectacle était magnifique; et l'ennemi, qui était placé de manière à apercevoir jusqu'au dernier homme, dut en être frappé. »

Les onze colonnes se déployèrent avec tant de précision, qu'il n'y eut aucune confusion. Jamais de si grandes masses ne se remuèrent avec plus de facilité.

La cavalerie du corps de Reille, qui formait la colonne de gauche de la première ligne, se déploya sur trois lignes en travers de la chaussée de Nivelles, à peu près à la hauteur de la limite inférieure du bois qui couvre le château de Goumont au sud, et éclaira, par la gauche, tout le terrain, ayant des grand' gardes sur Braine-l'AIleud; sa batterie d'artillerie légère sur la chaussée de Nivelles.

L'infanterie du même corps, qui formait la seconde colonne, occupa l'espace compris entre la chaussée de Nivelles et celle de Bruxelles; c'était une étendue de dix-huit cents à deux mille mètres; la division Guilleminot (1) tenant la gauche près de la chaussée de Nivelles et en face du bois de Gou-

(1) Jérôme Bonaparte marcha avec celte division, comme la veille et l'avant-veille.

Page 1