‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 128 sur 261 · CHAPITRE DOUZIÈME. 2S · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. 2S

donc sur l'aile gauche que devait être dirigée l'attaque principale.

D'ailleurs, par un heureux hasard, celte aile était la partie la plus faible de la position. On pouvait l'aborder en se bornant à masquer les petites fermes de Papelotte et de la Haie; et, sur le plateau, elle était complètement en l'air.

Wellington avait une excellente raison, pour ne pas trop redouter de la placer ainsi. Mais, cette raison, Napoléon ne la soupçonnait même pas.

Au moment où il avait dicté l'ordre que nous venons de reproduire, il s'était arrêté, tout porte à le croire, au projet de faire effort sur l'aile gauche ennemie, de la déborder et de frapper simultanément le coup le plus vigoureux au point de jonction de cette aile et du centre, au-dessus de la Haie-Sainte.

D'Erlon devait commencer celte opération, Lobau et une partie des réserves de cavalerie, le soutenir immédiatement à droite et à gauche de la chaussée, et le reste de ces réserves, toute la garde, l'appuyer au besoin. Reille attaquerait la partie delà ligne qui lui était opposée et y appellerait, le plus possible, l'attention et les forces de l'ennemi.

Si rien ne venait déranger les calculs du chef de l'armée française, ce plan très-beau de conception, très-puissant de développement, devait conduire au succès.

Le maréchal Ney fut chargé de le mettre à exécution sous l'œil du maître, et il disposa, d'abord, pour cela, des corps de d'Erlon et de Reille.

Après avoir parcouru les lignes de l'armée, Napoléon vint se placer au point le plus élevé des hauteurs de Rossomme, un peu a droite de la ferme de ce nom et de la chaussée de Bruxelles, sur la berge d'un chemin qui conduit au village de Plancenoit.

De là, il découvrait tout le terrain, jusqu'au front de l'armée anglo-hollandaise.

On lui apporta, de la ferme voisine, une table, une chaise

grossières qui furent placées sur un lit de paille; il descendit de cheval et s'assit, la carte du pays déployée devant lui.

Sa confiance dans le résultat de la journée était la même. Il voyait toujours Wellington isolé des Prussiens, et victime prochaine de la défaite la plus signalée.

Il était onze heures et demie (1).

Le canon et la fusillade éclatèrent à l'extrême gauche de l'armée française. Reille faisait aborder la position de Goumont par la division Guilleminot.

Cette attaque, nous l'avons fait observer, avait pour but d'appeler sur ce point l'attention du général anglais, de l'y inquiéter et de favoriser ainsi l'opération principale, qui devait se faire contre son aile gauche. C'était une diversion; mais, pour obtenir l'effet désiré, il n'était pas indispensable qu'elle fût poussée jusqu'à la prise de la position.

Cette position était forte.

Situé, nous l'avons dit, au sommet de la pente qui encaisse, du côté du sud, le vallon couvrant le centre de la ligne anglohollandaise, le château de Goumont, était dominé, à moins de trois cents mètres en arrière, par la crête du plateau de Mont-Saint- Jean.

Il comprenait une vaste maison d'habitation, un logement de fermier, une chapelle et des bâtiments d'exploitation, rangés sur les quatre côtés d'un rectangle fermé par les murs mêmes de ces constructions. Deux grandes portes y donnaient accès : l'une au sud, l'autre au nord.

A l'est du château, et y attenant, se trouvait un grand jardin clos, du côté du nord, par une haie et des deux autres côtés par des murs de briques épais, hauts de plus de deux mètres. A l'est encore de ce jardin, s'étendait un verger beaucoup plus

(1) Ce moment est indiqué ainsi par les rapports hollandais. Des généraux, anglais, avec cet esprit de précision et ce sang-froid qui caractérisent leur nation, regardèrent, ont-ils assuré, leur montre, au premier coup de canon, et constatèrent qu'il était alors onze heures trente-cinq minutes.

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