‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 129 sur 261 · CHAPITRE DOUZIEME. 2S · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME. 2S

grand, qui n'en était séparé que par l'un de ces murs et qu'entouraient, sur les trois autres côtés, des haies très-élevées, mêlées d'arbres et généralement très-fourrées, en arrière desquelles était creusé un fossé de quelque profondeur.

Un bois taillis (1) sous une futaie très-claire, long de trois cents mètres au plus et un peu moins large, couvrait, au sud le verger, le jardin et le château, s'en approchant à une trentaine de mètres. Planté sur une pente doucement inclinée vers la ligne française, ce bois allait aboutir au fond du vallon de Merbe-Braine,qui, là, n'est encore qu'un pli de terrain. Il était limité, à l'est, par une prairie bordée de haies; à l'ouest, par un verger pourvu d'une bordure pareille et Rallongeant dans le vallon même, jusqu'à la chaussée de Nivelles.

Tous ces abords étaient occupés par un bataillon de Nassau détaché de la division Perponcher, et fort d'environ sept cents hommes, et deux compagnies hanovriennes, dont une armée de carabines.

Quatre compagnies de gardes anglaises (division Cooke) tenaient le château, le jardin et le verger qui l'avoisine.

Tous les murs avaient été crénelés; et contre ceux du jardin, on avait élevé un échafaudage pour tirer par-dessus.

Guilleminot porta, d'abord, contre le bois, les cinq bataillons de la brigade Bauduin. en échelons, la gauche en tête, précédés par une forte chaîne de tirailleurs, et protégés par le feu de sa batterie et de celle de Pire. Ils s'avancèrent avec le plus grand élan, et, malgré le fourré, malgré une résistance opiniâtre et la mort du brave Bauduin , tué dès le commencement de l'action, ils gagnèrent du terrain. Bientôt, cependant, il fallut les renforcer. Guilleminot fit entrer en ligne son autre brigade, à droite de celle de Bauduin; et Napoléon envoya l'ordre à Kellermann de détacher ses deux batteries pour augmenter le feu sur Goumont. Une assez vive canonnade s'en-

(1) Ce bois a été défriché.

gagea alors entre notre artillerie et celle du centre droit ennemi.

L'attaque prit, dès ce moment, un ascendant marqué sur la défense.

Wellington, à cheval, près de la chaussée de Nivelles, sur le plateau, en suivait la marche. Voyant les progrès de Guilleminot, le bois sur le point d'être enlevé aux siens, il y fit diriger un bataillon de Brunswick. Mais, avant que ce secours fût arrivé, les soldats de Guilleminot avaient balayé le terrain. Déjà, ils atteignaient la limite nord du bois et se croyaient maîtres de la position, quand un feu épouvantable éclata sur eux et renversa les plus avancés.

Abritées par les haies , les murs crénelés et garnis d'échafaudages, les gardes anglaises révélaient ainsi leur présence et les difficultés nouvelles qui attendaient les assaillants.

Les murs et les haies avaient plus de deux mètres de haut ; on ne s'était pourvu d'aucun moyen d'escalade; l'artillerie ne pouvait être amenée à travers le bois pour ouvrir une brèche; on n'avait pas même un pétard, quelques sacs de poudre pour renverser un pan de mur; la porte méridionale du château était dans un rentrant flanqué à bout portant par un coin du jardin. L'assaut, de ce côté, était donc impossible. Officiers et soldats ne voulurent pourtant pas reculer. Ils se mirent et s'acharnèrent à se fusiller avec les défenseurs du verger, du jardin et du château.

Dans leur héroïque et stérile courage, ils restaient en butte à des coups assurés et n'y pouvaient répondre que par des coups incertains. Les plus intrépides, les plus audacieux pénétrèrent, par quelques ouvertures des haies, dans le verger, allèrent même, s'aidant les uns les autres pour l'escalade, jusqu'à franchir le mur du jardin. Mais la mort fui le seul prix de leur tentative. Jamais hommes si braves ne furent si vainement sacrifiés.

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