‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 146 sur 261 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

cette réponse brutale : « De l'infanterie ! où voulez-vous que j'en prenne ? Voulez-vous que j'en fasse (1) ? »

Le chef de l'armée française subissait, en effet, dans ce moment, la loi de la position qu'il s'était faite en persistant à livrer et à recevoir simultanément bataille, à lutter sur son front contre les Anglo-Hollandais, sur son flanc droit contre Bùlow.

Pendant l'attaque de Ney, le combat avait continué sur Goumont sans plus de succès qu'auparavant, bien que la division Bachelu eût, nous l'avons dit, appuyé vers Foy et Guilleminot.Le grand verger avait été pris, perdu et repris plusieurs fois; on avait lutté avec acharnement dans le vallon en arrière; et Wellington avait dû y faire prendre position à la brigade Duplat (légion allemande), de la division Clinton, qui avait énormément souffert. Duplat avait été tué, un grand nombre de ses officiers mis hors de combat. Mais, en dernier terme, la position même de Goumont était restée à l'ennemi.

Quiot à la tête de la division Allix, et Donzelot à sa droite n'avaient pas franchi le chemin d'Ohain. Deux ou trois pièces mises en batterie sur le relèvement de la pente au-dessus de la Haie-Sainte n'avaient pu y tenir sous le feu de mousqueterie venant de la droite de la chaussée.

Marcognet s'était battu en tirailleur avec des chances diverses contre Pack, Kempt et Bylandt, qui occupaient toujours la crête du plateau. La brigade Lambert s'était avancée, de la ferme de Mont-Saint-Jean, et les soutenait.

Durutte, avec l'une de ses brigades, faisait face aux Prussiens, et avec l'autre avait contenu Best et enlevé la ferme de Papelotte, où il se maintenait; mais la Haie, Smohain, le château de Frichemont continuaient à résister. Le prince Bernhard de Saxe-Weimar y était appuyé par trois bataillons de Bùlow.

(1) Relation de la campagne de 1815, par le colonel Heymès. Heymès ajoute : « Le prince Jérôme et le général Drouot ont. entendu celte réponse. Elle fut rapportée, sans y rien changer, au maréchal, qui vil bien dès lors que la bataille était loin d'être gagnée. »

Du côté de Plancenoit, les circonstances avaient été, un moment, bien périlleuses.

Vers cinq heures, on l'a vu, Lobau, disposant seulement des faibles divisions de Simmer et de Jannin, de Domon et de Subervie, était aux prises avec la moitié du corps de Bùlow et en arrêtait la marche. Mais, à moins d'une demi-heure de là, Biilow avait été rejoint par les divisions Hacke et Ryssel ; et toute sa cavalerie (près de deux mille chevaux) (1), toute son artillerie (86 bouches à feu) étaient entrées en ligne : vingtneuf mille hommes en attaquaient dix mille.

Devant une telle supériorité numérique, Lobau avait dû reculer jusqu'à hauteur de Plancenoit et était venu y appuyer sa droite. Il avait opéré cette retraite en échiquier, avec le sangfroid, la fermeté qui le caractérisaient; mais il s'était rapproché ainsi de la chaussée de Bruxelles, à ce point que des boulets prussiens frappaient dans les rangs de l'infanterie de la garde, en position près de la Belle-Alliance.

Cette chaussée était la ligne d'opérations de l'armée. Il fallait la préserver de pareilles atteintes. On devait même craindre que Lobau ne fût obligé bientôt d'évacuer Plancenoit et de rétrograder encore. Sur sa droite, il était débordé par le mouvement de Bulow, qui étendait incessamment sa ligne de ce côté.

La division de jeune garde sous Duhesme reçut l'ordre de se porter immédiatement sur Plancenoit avec trois batteries. L'arrivée de cette troupe d'élite, le feu de ces vingt-quatre pièces arrêtèrent d'abord le progrès de l'ennemi. Ce ne fut pas pour longtemps.

La ligne française occupa alors par sa droite, que forma la jeune garde, le village, les jardins et les vergers de Plancenoit jusque vers le sentier qui conduit à la ferme du Caillou; et sa gauche, composée du corps de Lobau, se trouva sur l'ali-

(t) Un millier de chevaux ne rejoignirent qu'après la bataille; on le verra plus loin.

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