CHAPITRE DOUZIEME
l'ennemi, le tiers de ses hommes et de ses chevaux; et ceux qu'il ramenait étaient peu capables, maintenant, de nouveaux efforts. Parmi les cavaliers revenus , beaucoup étaient démontés. Les généraux de division Lhéritier, Delort, Colbert, les généraux de brigade Travers, Dnop, Blancard, d'autres encore étaient blessés ou avaient été froissés, contusionnés dans la chute de leur monture; plusieurs colonels étaient tués. Tel régiment ne formait plus qu'un escadron.
Mais aussi, de la chaussée de Bruxelles à celle de Nivelles, la terre était couverte des débris de l'armée ennemie.
« L'infanterie, la cavalerie, l'artillerie avaient subi des pertes terribles.. Des bataillons étaient devenus des poignées d'hommes et n'étaient plus commandés que par des capitaines ou des subalternes. Un grand nombre de canons, sur toute l'étendue de la ligne, avaient étédémontés. Les brigades de cavalerie anglaises et allemandes, à l'exception de celles de Vivian et de Vandeleur à la gauche de la ligne de bataille, étaient réduites, chacune, à une force moindre que celle d'un régiment ordinaire; les brigades de Somerset et de Ponsonby réunies ne présentaient pas deux escadrons (1). » Tel est le tableau que trace du centre de l'armée de Wellington, à ce moment de la journée, le plus accrédité, en Angleterre, des historiens anglais de la campagne de i815 et le moins suspect d'exagération en pareille circonstance ; et ce tableau est fidèle, sauf l'oubli qu'on y remarque de la cavalerie hollando-beige, qui, elle aussi, avait beaucoup souffert. Un autre historien anglais (2) dit que toute l'armée anglo-hollandaise était diminuée,
(1) Siborne. — History of thc war in France and lielgium in 1815. — London, 1848. — 1 vol.
(2) John-W. Pringle. — Remarks on the campaign of 18\5. Pringle «lit que l'armée de Wellington était réduite à moins de
34,000 hommes ; mais, comme il en estime (inexactement) la force, au commencement de la bataille, à 51,000 nommes seulement, la perte, à son compte, était donc de vingt mille, après les charges de Ney.
alors, de plus de vingt mille hommes : dix mille tués, blessés; dix mille en fuite ou occupés au transport des blessés.
Le général de division Alten était hors de combat, un de ses chefs de brigade, le colonel Ompteda tué, le général Van Merlen tué, le quartier-maître général de l'armée, le colonel Delancey tué, l'adjudant général Barne blessé, la plupart des officiers de l'état-major de Wellington blessés, tués, et une foule d'autres encore de toutes armes.
Les hussards de Cumberland (régiment hanovrien de nouvelle levée), saisis d'épouvante a l'aspect de la scène de carnage, ont refusé d'y entrer et se sont enfuis au galop, leur colonel en tête, vers Bruxelles, semant sur la route le bruit de la défaite de l'armée anglo-hollandaise (1).
Pour réparer les ravages faits dans ses deux premières lignes, Wellington avait dû y faire avancer, durant la mêlée, toute la division Clinton, au-dessus de Goumont et la brigade Vincke, au-dessus de la Haie-Sainte; et ces troupes avaient beaucoup souffert. Il ne restait plus d'autre infanterie en réserve que la division Chassé.
La lutte héroïque de Ney avait donc eu de grands résultats. Malheureusement, si grands qu'ils fussent, ils compensaient mal la destruction d'une grande partie de notre cavalerie de réserve et l'épuisement momentané du reste. Bien autres ils auraient été sans doute, si Napoléon eût lancé les bataillons de la garde sur le plateau disputé avec tant d'acharnement. Ce plateau était conquis, a-t-il écrit. Hélas! on voit ce qu'était la conquête.
Ney avait bien senti que ses seuls escadrons ne suffiraient pas à la faire, quelle que fût leur vaillance. Au plus fort du combat, il avait envoyé Heymès, son aide de camp, demander à Napoléon l'appui de l'infanterie. Mais Heymès avait reçu
(1) Le régiment de Cumberland était commandé par le colonel Hacke. Jugé par une cour martiale générale, Hacke fut destitué, peu après Waterloo.