‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 148 sur 261 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

pu lui laisser l'espoir que le maréchal eût occupé beaucoup cette armée.

Deux divisions et la cavalerie du corps de Pirch I (i) et le corps de Zieten avaient quitté Wavre à midi.

Pirch I, ayant suivi le chemin de Chapelle-Saint-Lambert et de Lasne, montrait maintenant la tête de sa colonne en avant du bois de Paris.

Zieten avait pris sa route par Fromont, Genval et la lisière nord des bois d'Ohain. Le gros de son corps était déjà à hauteur de ces bois, et son avant-garde dépassait celui de la Grande-Huissière.

Sans le mauvais état des chemins, ces deux généraux auraient déjà été en ligne depuis longtemps. Ils amenaient trente mille hommes.

Thielmann, qui s'était ébranlé pour les suivre, avait dû rester à Wavre et s'y défendre contre une vive attaque. La nouvelle venait d'en parvenir à Blûcher; mais elle ne l'avait pas ému. Le destin de la guerre était en avant, non en arrière de lui; l'audacieux vieillard avait fait dire àThielmann de résister de son mieux, de battre en retraite au besoin; et il avait continué de hâter la marche de Pirch I et de Zieten.

La crise suprême approchait.

Livrée à ses propres forces, la cavalerie de Ney, nous l'avons dit, avait été forcée d'abandonner le plateau. Mais elle avait suspendu, sur la pente,- son mouvement rétrograde ; et, là, sous la protection de notre artillerie et de nos tirailleurs, mais en butte aux coups des canonniers ennemis, revenus à leurs pièces, elle s'efforçait de reformer ses escadrons rompus, affreusement mutilés. En ce moment, il était de bien grave importance qu'elle ne reculât pas davantage : une retraite

Grouchy arriva, vers deux heures, sur le champ de bataille; mais il ne le nomme pas. (Mémoires, t. IX.)

(1) Les deux autres divisions d'infanterie de Pirch I ne partirent de Wavre qu'à quatre heures; on le verra dans un prochain chapitre,

plus prolongée pouvait ébranler toute la partie de l'armée opposée à Wellington et inquiète du canon qui retentissait toujours vers Plancenoit. Ney avait vu le péril. C'était pour cela qu'il retenait ses cavaliers intrépides sous un feu meurtrier. Cependant, on ne pouvait espérer qu'il garderait longtemps une pareille position.

Il fallait le soutenir, le dégager (1). Napoléon s'y résolut et voulut bien autre chose.

Persuadé que l'armée anglo-hollandaise était non-seulement très-affaiblie, mais encore désorganisée ; qu'elle n'avait plus de réserve; rassuré du côté de Biilow, qui reculait; sans la moindre prévoyance de l'intervention de nouveaux corps prussiens; croyant l'heure venue, il résolut de frapper un grand coup qui lui donnerait la victoire. Les résultats matériels ne pourraient en être bien importants, avec une cavalerie épuisée dans des luttes si sanglantes, si prolongées; mais le résultat moral en serait, sans doute, considérable.

Ney est prévenu de la volonté du chef, et reçoit l'ordre de masser, à droite de Goumont, tout ce qu'il pourra réunir du corps de Reille, les divisions Quiot et Donzelot sur la Haie- Sainte, et de préparer quelque effort de sa cavalerie.

En même temps, Napoléon conduit tous les bataillons disponibles de la garde entre la Belle-Alliance et la Haie-Sainte. Il y en a dix. Tous appartiennent aux grenadiers et aux chasseurs (2).

Six de ces bataillons sont ployés en autant de colonnes d'attaque échelonnées à courte distance l'une de l'autre. Ils marcheront au plateau. Deux batteries d'artillerie à cheval de la garde viennent se placer sur leur flanc gauche. Elles sui-

(1) Bulletin du 18 juin.

(2) La division de jeune garde élait sur Plancenoit. Les divisions de grenadiers et de chasseurs étaient, chacune, de huit bataillons ; mais elles en avaient détaché trois à Plancenoit, deux sur le chemin de ce village à la Maison-du-Roi, un à la ferme du Chantelet.

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