‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 149 sur 261 · CHAPITRE D0UZIE3IE · texte numérisé non relu

CHAPITRE D0UZIE3IE

vront ce mouvement. Les quatre derniers bataillons resteront en réserve.

Le feu de notre artillerie s'est ralenti par suite de l'épuisement des caissons de plusieurs batteries. Une batterie, la dernière de la réserve, entre en action. Ordre est donné d'activer les décharges sur toute la ligne.

Napoléoo, en personne, préside à ces dispositions. 11 en presse l'exécution; la circonstance est urgente. Il s'adresse aux officiers, aux soldats, les excite, les exalte, leur promet la victoire et, pour mieux les en assurer, leur annonce l'arrivée de Grouchy, qui va prendre l'ennemi à revers pendant qu'ils l'attaqueront de front.

Ney reçoit le commandement de ces trois mille vétérans des batailles (1), au bras chevronné, au corps cicatrisé. Sous ses ordres marchent les lieutenants généraux Friant, Roguet, Michel, les maréchaux de camp Poret de Morvan, Harlet, Mallet : un général par bataillon.

Ney doit laisser la Haie-Sainte à droite et se diriger sur le contre-fort par où il a conduit ses attaques de cavalerie.

Quand tout est prêt, la cliarge bat; la redoutable phalange s'ébranle et défile, exubérante d'ardeur, d'enthousiasme, devant Napoléon, qui, du geste, lui indique le point où doivent porter ses coups. Elle sort du vallon ; elle gravit la hauteur.

Près de Goumont, près de la Haie-Sainte, la charge bat aussi. Quelques bataillons cruellement diminués par le fer, le feu, la fatigue, se sont massés et montent à la position ennemie. Dans leurs rangs reviennent prendre place nombre d'hommes qui s'en étaient retirés, blessés, harassés, défi) D'après la lellre, déjà citée, de Ney à Fouché, quatre régiments de vieille garde ou huit bataillons auraient marché au plateau, sous ses ordres. D'après les Mémoires de Sainte-Hélène, ce mouvement aurait été opéré par quatre bataillons seulement, et quatre autres seraient restés provisoirement en réserve. Nous suivons, dans notre récit, la version d'une note digne de confiance. Au reste, les différences sont ici peu importantes.

courages, et qu'anime, maintenant, une énergie nouvelle.

Quelques centaines de cuirassiers, dedragons, de grenadiers, de lanciers, de chasseurs de la garde, se fiant encore à leurs forces, à leurs montures, sesont apprêtés pour seconder l'infanterie.

La trompeuse assurance de l'arrivée de Grouchy a couru partout, portée par les gendarmes d'élite à travers les lignes. Reille, d'Erlon, les généraux sous leurs ordres, l'ont. reçue de Labédoyère, aide de camp de Napoléon. Elle a ranimé les faibles, enivré les braves. A tous, la victoire paraît certaine.

Sur le plateau, cependant, tout s'est disposé aussi pour une nouvelle lutte, pour le combat à outrance. Là, on sait que les bataillons, les escadrons de Prusse sont proches; qu'il ne s'agit plus que d'user la mort et le jour quelques instants encore pour avoir bataille gagnée. La puissance du nombre habilement préparée ne saurait manquer de faire pencher la balance.

Les rangs éclaircis par la mort, par la fuite, se sont serrés et restent fermes. C'est le nerf, le robur de l'armée, c'est l'élite des braves survivant à six heures de combat acharné, qui les forme maintenant. Wellington, le prince d'Orange, Hill vont d'un bataillon à l'autre, encourageant, excitant au devoir. A ses Anglais, comme Nelson à Trafalgar, Wellington rappelle la patrie : « Tenez ferme, mes garçons ! que dirait-on de nous, en Angleterre, si nous quittons d'ici? » Aux soldats de Néerlande, de Nassau, de Brunswick, le jeune et vaillant prince d'Orange demande s'ils veulent revoir la ruine, le déshonneur de leur pays, la tyrannie impériale. Et de longs hourras répondent à ces, énergiques allocutions jetées au milieu des boulets, des obus ricochant, éclatant de toutes parts.

Néanmoins, la situation des Anglo-Hollandais était bien critique (1). Wellington le voyait, mais n'en était pas ébranlé. Il aurait fait retraite, s'il l'eût pu, a dit Napoléon. Triste ven-

(i) « A sept heures environ, la perle extraordinaire d'hommes et la nécessité de porter les réserves en ligne rendirent la situation du duc de

Page 1