‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 161 sur 261 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

difficultés à la retraite que celle qu'occupait Napoléon; même elle en présentait moins. La large chaussée de Bruxelles, la route, presque tout entière pavée, d'Alsemberg, qui conduit aussi de Mont-Saint-Jean à la capitale de la Belgique, trois traverses ouvertes dans cette même direction, traverses rendues difficiles mais non impraticables par les pluies, devaient suffire pour faire retirer au moins la plus grande partie de l'artillerie; et la forêt de Soignes, haute futaie sans taillis, qu'il était impossible de tourner avec promptitude, qui était praticable en tous sens aux hommes à pied et à cheval , offrait un excellent couvert à l'infanterie, à la cavalerie contre une poursuite, un moyen prompt et facile de retraite, au cas même où elles auraient été débandées.

L'armée française, beaucoup plus forte en artillerie que les Anglo-Hollandais, ayant derrière elle le défilé de Genappe, était dans de moins bonnes conditions de retraite; et, dans son désastre, elle aurait tenu à grand bonheur de rencontrer, en deçà de Genappe, une forêt pareille à celle de Soignes (1).

Il n'est malheureusement pas vrai que « le général anglais ne sut pas tirer parti de sa nombreuse cavalerie. » Dans la première période de la bataille, l'échec du corps de d'Erlon fut déterminé par cette arme et nous coûta près de cinq mille hommes. Dans la seconde, les charges répétées, héroïques des escadrons de Milhaud, de Kellermann, de la garde, échouèrent, non-seulement par la résistance des bataillons anglo-hollandais, mais encore par l'emploi opportun, habile, que Wellington fit de sa cavalerie.

Enfin, dans la catastrophe, cette même cavalerie joua un rôle très-puissant, surtout par les deux brigades, fortes de 2,500 chevaux, tenues en réserve jusque-là.

(1) On a dit que Napoléon avait deux chaussées pour opérer sa retraite : celles de Nivelles et de Charleroi. C'est une erreur; car la retraite par Nivelles aurait donné à l'armée une direction trop divergente pour ne pas compromettre à l'excès le détachement de Grouchy.

La disposition des troupes de Wellington montre qu'il s'attendait à une attaque, non sur sa droite, comme le dit Napoléon, mais sur son centre plutôt que sur sa gauche. Cependant, ce qui prouve qu'il n'avait pas trop mal prévu l'événement, c'est qu'attaqué sur cette dernière partie de sa ligne, il s'y trouva suffisamment préparé pour y faire subir à d'Erlon une défaite signalée; cequile prouve encore, c'estqu'après cette défaite Napoléon dirigea son principal effort contre le centre anglo-hollandais.

« En prenant la résolution de recevoir la bataille à Waterloo, Wellington ne la fondait que sur la coopération des Prussiens. » Gela est incontesté et incontestable. Mais il est inexact de dire que « cette coopération ne pouvait avoir lieu qu'à cinq heures du soir. »

En effet, si Bùlow n'eût pas été attardé par l'incendie de Wavre, ou s'il eût passé la Dyleen amont de cette ville, et s'il eût marché sur deux colonnes, ce qui était possible, il serait intervenu sur le champ de bataille vers une heure après midi et non à quatre heures et demie, comme il y intervint.

Mais il y a plus, c'est que Blùcher aurait pu donner de huit à neuf heures du matin aux Anglo-Hollandais l'aide attendue; car rien ne l'empêchait de mettre en marche, deux heures avant le jour, Zieten et Pirch I; et ces deux généraux, campés, il ne faut pas l'oublier, depuis la veille à midi, tout près de Wavre, plus rapprochés que Bùlow du champ de bataille, n'auraient certainement pas employé plus de sept à huit heures pour y parvenir.

« Pendant toute la nuit du 17 au 18, le temps a été horrible, ce qui a rendu les terres impraticables jusqu'à neuf heures du matin. Cette perte de temps de six heures a été tout à l'avantage de l'ennemi. » Pour écrire une pareille assertion, pour y croire, il faut avoir oublié qu'il avait plu entre Wavre et Mont-Saint-Jean comme à Mont-Saint-Jean même; que les traverses reliant ces deux points étaient défoncées, les champs très-fangeux; et qu'il en résulta de

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