‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 162 sur 261 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

de très-grands retards pour les corps prussiens envoyés au secours des Anglo-Hollandais. Sans la pluie, ces corps n'auraient pas eu besoin de plus de quatre heures et demie pour franchir les distances de Wavre àPlancenoit et Smohain. Cela ne saurait faire l'objet d'un doute.

La coopération des Prussiens, sur laquelle se fondait la résolution de recevoir la bataille, « loin d'être illusoire, >» n'était donc que trop possible.

Chose étrange! dans les critiques injustes et acerbes qu'il fait du plan de ses deux adversaires, des manœuvres de Wellington, Napoléon oublie précisément la grande, l'incontestable faute commise par le général anglais : le détachement d'un corps de dix-sept mille hommes sur Hal, à trois lieues de la position où il attendait la bataille, où il la reçut (1).

En faisant ce détachement, Wellington avait pour but, luimême l'a écrit (2), de couvrir Bruxelles contre un mouvement qui l'aurait tourné par sa droite. Il supposait donc que Na-

(1) Voici tout ce que dit Napoléon à ce sujet : « Un corps de deux mille chevaux fut dirigé sur Hal (le 17, à la nuit), menaçant de tourner la droite de la forêt de Soignes et de se porter sur Bruxelles; le duc de Wellington, alarmé, y porta sa 4e division (celle de Colville); dans la nuit, la cavalerie française rentra au camp ; la division anglaise resta en observation et se trouva paralysée pendant la bataille. » (Mémoires, t. IX.) Le mouvement de ce corps de deux mille chevaux, qu'on ne désigne pas; ce mouvement dont il n'est question nulle part ailleurs que dans les Mémoires de Sainte-Hélène, est plus que douteux. Mais ce qui peut être regardé comme certain, c'est que Napoléon a su, par les écrits du temps, la force du détachement de Hal : division Stedmann, brigade indienne, cavalerie d'Estorff, deux brigades de la division Colville. Cependant, il ne parle que de celle-ci. Il faut penser qu'il a préféré donner à croire que les autres troupes du détachement ont combattu à Waterloo.

(2) « Il se peut que l'ennemi nous tourne par Hal, quoique le temps soit terrible et les chemins détestables, et que j'aie le corps du prince Frédéric en position entre Hal et Enghien. Si cela arrive, je prie Votre Altesse Royale... et Sa Majesté (Louis XVIII) de se rendre à Anvers, non sur de faux bruits, mais sur l'avis certain que l'ennemi est entré à Bruxelles, malgré moi, en me tournant par Hal. » (Lettre au duc de Berry, déjà citée.)

poléon voudrait exécuter une marche de flanc de trois ou quatre lieues, complètement à découvert, en présence de toutes les forces anglo-hollandaises, ou qu'il avait distrait ou allait distraire, au moment de livrer bataille à Mont-Saint-Jean, une forte partie de son armée pour la jeter sur la route de Hal à Bruxelles. Or, la première supposition était rationnellement inadmissible., la seconde absolument contraire aux principes les plus certains de la stratégie et aux habitudes de Napoléon. On ne s'affaiblit pas ainsi sur le point principal, sur le point où doit se décider le sort des armées, pour aller chercher ailleurs des succès hypothétiques et secondaires. A grande peine, on concevrait la préoccupation de Wellington dans la journée du 17, dans une partie même de la matinée du 18, mais on ne la conçoit plus, il faut la lui imputer comme une faute bien caractérisée, quand il persiste après que l'armée de Napoléon a été vue, reconnue en position, prête à engager la lutte. Rappelant, vers huit heures du matin, son détachement de Hal, le général anglais l'aurait eu sur le champ de bataille, de bonne heure dans l'après-midi, malgré le mauvais état des chemins. Il ne voulut pas le rappeler ; et il en résulta que l'armée anglo-hollandaise subit des pertes bien plus considérables que celles qu'elle aurait dû subir, se trouva même un moment compromise.

La coopération des Prussiens, regardée comme certaine, attendue beaucoup plus tôt qu'elle n'eut lieu, la victoire même, si complète qu'elle fût, peuvent atténuer cette faute, mais non la justifier. On est surpris de la rencontrer chez Wellington.

En dépit d'allégations aussi passionnées que dénuées de justesse, il faut reconnaître que c'est la seule qui puisse lui être reprochée dans ce terrible jour. Malheureusement pour la France, il mena très-bien la bataille malgré le retard des Prussiens : il n'engagea ses troupes qu'au fur et à mesure des besoins de la lutte; les engagea toujours judicieusement, et sut garder une forte réserve jusqu'au moment décisif. Il eut

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