CHAPITRE QUINZIÈME
Examen des opérations de Grouchy dans la journée du 18 juin. — En quoi elles furent fautives. — Grouchy ne pouvait empêcher la catastrophe de Waterloo. — Fausses assertions des Mémoires de Sainte- Hélène. — Leur objet.
Nous venons de dire les opérations du maréchal Grouchy, dans la funeste journée du 18 juin.
De Sainte-Hélène, Napoléon, on l'a vu, lésa signalées comme la cause décisive du désastre de Waterloo; et presque tous les écrivains français, certains écrivains étrangers ont partagé son opinion.
Cette opinion est erronée. Elle est basée sur une confusion complète de temps, sur des faits supposés, des inexactitudes de tout genre.
Grouchy l'a combattue énergiquement ; mais il n'a pas toujours été bien exact ni bien sincère.
Nous avons rétabli la vérité sur la journée du 17 juin.
Au dire même de Gérard, un des critiques les plus opiniâtres et les plus rigoureux du maréchal, la marche de Saint- Amand et de Ligny sur Gembloux fut aussi prompte que les circonstances le permettaient. Cependant, il était nuit quand les troupes de Vandamme et de Gérard y parvinrent, n'ayant parcouru que trois lieues et demie et trois lieues.
Grouchy les fit bivaquer là pour leur donner quelque repos et, surtout, pour attendre les renseignements que devaient lui
transmettre les détachements de dragons portés, par son ordre, sur Sart-Iez-Walhain et Perwez. Alors, en effet, il était dans une complète incertitude sur la direction prise par la masse de l'armée prussienne : il ne savait si elle se retirait sur Wavre ou sur Liège. Cela résulte clairement de la dépêche, qu'à dix heures du soir, il expédia a Napoléon (i), et des deux lettres que, peu après, il adressa à Vandamme (2).
A deux heures du matin, le lendemain, Grouchy était encore dans l'incertitude. Les reconnaissances envoyées sur Sart-lez- Walhain et Perwez ne lui avaient rien appris. Il écrivit à Napoléon et lui annonça qu'il était décidé à marcher sur le premier de ces points.
Ce fut le premier fait de la journée du 18.
On ignore le texte de cette dépêche, datée de Gembloux, à deux heures du matin ; mais l'esprit en est suffisamment connu par un passage de la réponse tardive qu'y fit Napoléon : Grouchy n'indiquait pas sur quel point, dans quelle direction il marcherait, une fois arrivé à Sart-lez-Walhain. Napoléon conclut, néanmoins, du mouvement sur ce village, à la marche du maréchal sur Corbais ou sur Wavre; et il l'approuva (3). Mais
(1) « Il parait, d'après tous les rapports, qu'arrivés à Sauvenière,
les Prussiens se sont divisés en deux colonnes : l'une a dû prendre la route de Wavre par Sart-lez-Walhain ; l'autre paraît s'être dirigée sur Perwez. On peut peut-être en inférer qu'une portion va rejoindre Wellington et que le centre, qui est l'armée de Blûcher, se retire sur Liège, une autre colonne, avec de l'artillerie, ayant fait son mouvement de retraite sur Namur. Le général Excelmans a ordre de pousser, ce soir, six escadrons sur Sart-lez-Walhain et trois sur Perwez. D'après leur rapport, si la masse des Prussiens se relire sur Wavre, je la suivrai dans cette direction... Si, au contraire, mes renseignements prouvent que la principale force prussienne a marché par Perwez, je me dirigerai par cette ville, à la poursuite de l'ennemi. » (Voir cette lettre, p. 221-222.)
(2) Voir pages 344 et 545
(3) « Vous avez écrit, ce matin à deux heures, à l'empereur, que vous marcheriez sur Sart-lez-Walhain-, donc, votre projet était de vous porter à Corbais ou à Wavre. Ce mouvement est conforme aux ordres de l'ein-