‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 182 sur 261 · CHAPITRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEME

cette conclusion était aventurée; les événements seuls la firent juste. Si Groucby eût été décidé, en effet, à gagner Corbais ou Wavre, il aurait dit explicitement qu'il s'y porterait; et il s'y serait porté par le chemin direct, et non en faisant, par Sartlez-Walhain, un détour qui allongeait sa route d'une lieue.

La direction de Gembloux à ce village est intermédiaire au chemin direct de Gembloux à Wavre et à la voie romaine qui conduit vers Liège. Voilà, sans aucun doute, pourquoi Grouchy marcha sur Sart-lez-Walhain. Il espérait recevoir, avant d'y arriver ou en y arrivant, des informations qui lui apprendraient, enfin, par où se retirait la masse de l'armée prussienne ; et il différait, jusqu'au moment où des renseignements précis lui parviendraient, le soin de décider s'il prolongerait son mouvement au delà de Sart-lez-Walhain et d'en déterminer la direction nouvelle, s'il le prolongeait. Voilà pourquoi encore il se borna à prévenir Napoléon qu'il se porterait sur ce village.

Réduit à de vagues nouvelles, irrésolu, il prit un moyen terme.

Cette irrésolution fut cause du retard de la mise en marche de ses troupes, retard qui a été l'objet de vives et justes critiques.

Vandamme ne partit de Gembloux qu'à sept heures, au lieu d'en partir à six, ainsi que le lui avait ordonné Grouchy. Cela est vrai. Mais cet ordre même reculait beaucoup trop le moment du départ. Grouchy aurait dû faire comme Bùlow, lever ses bivacs dès la pointe du jour (1), dès trois heures du matin.

Le mouvement sur Sart-lez-Walhain à été fortement blâmé. Grouchy, a-t-on dit, aurait dû marcher, non sur ce point, mais sur Mousty. A Gembloux, où l'avait envoyé Napoléon, il était

pereur, qui vous ont été communiqués. » (Lettre du major général, datée du champ de bataille de Waterloo, le 18 juin, à une heure après midi, et reproduite page 262.)

(1) Le 18 juin, à l'observatoire de Bruxelles , le soleil se lève à trois heures quarante-huit minutes.

déjà trop éloigné de la ligne d'opérations de celui-ci, et il s'en éloignait davantagne en se portant à Sart-lez-Walhain. De plus, si les Prussiens étaient à Wavre, ce mouvement le conduisait à aller les y attaquer de front, tandis qu'en gagnant Mousty, il pouvait manœuvrer, tout de suite, par la rive gauche de la Dyle et éviter cette grande difficulté.

Grouchy a cru répondre victorieusement à la critique, en alléguant ses instructions et son incertitude sur la direction prise par Blucher.

Il avait reçu de Napoléon l'ordre de poursuivre les Prussiens ; et cet ordre n'était nullement subordonné à la condition de se tenir toujours en mesure de coopérer promptement avec l'armée qui suivait les Anglo-Hollandais par la chaussée de Charleroi à Bruxelles. Cette coopération même ne devenait-elle pas impossible, si les Prussiens se retiraient sur Liège? D'ailleurs, Napoléon paraissait en avoir si peu besoin, qu'il ne faisait seulement pas connaître à son lieutenant sa position dans la nuit du 17 au 18.

Grouchy, ignorant la direction de la retraite des Prussiens, devait craindre d'ouvrir la voie à un retour offensif sur la ligne d'opérations de notre armée, s'il se portait à Wavre avant d'avoir acquis la certitude que Blucher ne s'était pas retiré vers Liège.

Telle a été, en résumé, la défense de Grouchy. Elle est mal fondée.

Ses instructions étaient incomplètes, trop vagues; Napoléon aurait dû lui prescrire nettement de manœuvrer de manière à ne pas cesser de se trouver en rapport d'opérations avec lui, à même de lui venir en aide au besoin; cela est vrai. Napoléon eut grand tort de ne pas faire connaître au maréchal sa position dans la nuit du 17 au 18, et même de ne pas lui indiquer ses projets pour le lendemain; cela est encore vrai.

Un retour offensif de Blucher sur la ligne d'opérations de notre armée n'était nullement impossible; il n'y a pas à le contester.

Page 1