CHAPITRE PREMIER
Le congrès réuni à Vienne apprend l'arrivée de Napoléon en France. — Déclaration du 13 mars. — Traité de coalition. — Préparatifs de guerre. — Fiat de l'opinion publique en Allemagne, en Angleterre. — F$ces et positions des armées de la coalition dans les premiers jours de juin 1815. — Plan de campagne des coalisés.
La nouvelle du débarquement de Napoléon au golfe Juan fut connue à Vienne, le 8 mars. Le Congrès n'hésita pas. Le 15, il signa et publia la fameuse déclaration qui mettait hors la loi des nations, qui livrait à la vindicte publique l'évadé de l'île d'Elbe ; et, le 25, la Grande-Bretagne, la Russie, la Prusse et l'Autriche s'engageaient par un traité à consacrer tous leurs moyens à la guerre contre la France, ou, pour parler le langage de leurs plénipotentiaires, « à mettre Bonaparte absolument dans l'impossibilité d'exciter des troubles et de renouveler ses tentatives pour s'emparer du suprême pouvoir en France. »
Un article de ce traité portait que tous les États de l'Europe seraient invités à y accéder. Ils y accédèrent. La Suède et le Portugal refusèrent seuls de fournir un contingent.
Bernadotte avait gagné la Norwége, mais avait rêvé de la couronne de France. Le rêve s'était évanoui. 11 élait mécontent et s'isolait.
Le Portugal, épuisé de sa longue lutte contre la domination de Napoléon, avait besoin de repos.
Limitrophe de la France sur une longue frontière, mais rejetée par sa position hors du champ des grandes opérations militaires, l'Espagne prit l'engagement d'agir séparément. Impuissante, elle ne devait pas même tenter une diversion.
Le roi Louis XVIII, déjà fugitif, invité aussi à donner son adhésion au traité, y devint partie contractante.
Le contingent minimum assigné, d'un commun accord, à chacune des quatre grandes puissances , fut fixé à cent cinquante mille hommes, « y compris, pour le moins, un dixième de cavalerie et une juste proportion d'artillerie, sans compter les garnisons. » Mais, par un acte postérieur, le choix firyaissé à l'Angleterre de fournir son contingent en hommes ou d'y suppléer par une somme convenue pour chaque fantassin et cavalier manquant pour le compléter.
Depuis le traité de Paris, les puissances étrangères avaient successivement réduit leurs armées; mais elles ne les avaient pas encore mises sur le pied de paix. La nouvelle carte de l'Europe, la répartition des peuples n'étaient pas terminées. Les questions à résoudre et plus encore les questions résolues avaient excité des défiances mutuelles, des jalousies, des mécontentements, des irritations. On s'observait, la main à la garde de l'épée; et les choses en étaient venues à ce point, que la distribution des dépouilles de la victoire allait peut-être amener la guerre entre les vainqueurs. C'eût été, sans doute, une chance heureuse pour la France, même sous le règne des Bourbons.
Mais la tentative de Napoléon la fit disparaître aussitôt. En face du péril commun, l'accord se fit comme par enchantement.
Alexandre, Frédéric-Guillaume et les souverains de la plupart des autres États se trouvaient à Vienne. Les ordres en partirent immédiatement, dans toutes les directions, pour mettre les armées sur le plus grand pied de guerre.
Ainsi les dissensions du Congrès, qui allaient peut-être