CHAPITRE PREMIER
fournir à la France le moyen de réparer une partie des désastres causés par l'Empire; ces dissensions, qui avaient fait maintenir les armées étrangères à un effectif considérable, lui devenaient funestes par le fait même de Napoléon.
En guerre avec les États-Unis, l'Angleterre avait détaché en Amérique un corps d'armée assez nombreux. Un traité de paix, signé à Gand et ratifié dans les derniers jours de février, rendait ces troupes disponibles ; ordre leur fut expédié de s'embarquer en toute hâte pour les ports de la Grande-Bretagne.
Le 5 avril, Wellington arriva de Vienne à Bruxelles; et des navires chargés de soldats anglais, de chevaux, de matériel de guerre, d'approvisionnements, abordèrent sans cesse à Anvers et à Ostende.
Devenu roi de Hollande et de Belgique par un coup hardi, digne de sa race et qu'avait sanctionné la coalition victorieuse, Guillaume d'Orange précipita la prise de possession de ses nouvelles provinces, l'organisation, la mise sur le pied de guerre de son armée.
Nieuport, Ostende, Anvers furent armés, approvisionnés; d'autres places de Belgique dont les fortifications avaient été démolies ou tombaient en ruine depuis vingt cinq ans, furent mises à l'abri d'un coup de main. Les écluses pour l'inondations des Flandres furent couvertes par des retranchements. Vingt mille ouvriers requis pour ces travaux les poussèrent avec une extrême activité.
Guillaume, selon toute apparence, était le premier menacé.
Les corps russes, encore en marche pour retourner dans l'intérieur de l'empire, firent demi-tour et revinrent sur leurs pas. Alexandre fut, le 5 avril, au milieu de ceux qui étaient restés sur la Vistule et le Niémen. Par un ordre du jour éclatant de haine contre Napoléon, « le fléau du genre humain, » il leur annonça qu'il venait se placer à leur tête, prit toutes les dispositions nécessaires, et, peu après, dirigea son armée sur le Rhin.
i WATERLOO.
Deux jours plus lard, Frédéric-Guillaume parlait à la sienne en termes non moins violents; il y joignait des insultes pour les soldats de la France.
Déjà, il avait ordonné un armement général dans tous ses États. L'armée permanente allait se compléter rapidement, la landwehr se réunir, des divisions de chasseurs volontaires se former.
L'empereur d'Autriche ne montra pas moins d'ardeur. Inopinément attaqué par Murât, il réunit, en Italie, une armée qui devait faire prompte justice du présomptueux roi d'aventure; et, simultanément, il organisa, pour les porter sur le Rhin, deux corps d'armée considérables.
Les peuples réservèrent leurs griefs, et le rappel des constitutions promises, des libertés vainement attendues depuis un an.
Dans tous les États de la confédération germanique, le cri de guerre retentit; les contingents se levèrent avec rapidité.
Les arsenaux étaient pleins; la plus grande partie des soldats de la guerre de l'indépendance étaient sous les drapeaux; les autres venaient seulement de rentrer dans leurs foyers; le cabinet de Saint-James promettait de riches subsides; le patriotisme était exalté; le souvenir de la victoire datait de la veille; il effaçait celui des grandes défaites; tout était facile.
L'Allemagne alors fut saisie d'enthousiasme et de fureur comme en 1813.
La chaire religieuse et la chaire universitaire furent de nouveau changées en tribunes d'où éclatait, à chaque instant, l'appel aux armes pour le salut de la patrie. Les professeurs quittèrent encore la robe pour l'uniforme. Leurs élèves reprirent le mousquet. Les chants d'Arndt, de Korner, des ïyrtées populaires de la Germanie, réveillèrent partout les échos été villes et des campagnes. Les journaux, les pamphlets, les proclamations se pressèrent, se succédèrent sans relâche, excitant la mémoire des injures subies, du sang versé, des fortunes ruinées, attisant tous les foyers de haine, lauvant