‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 204 sur 261 · CHAPITRE SEIZIEME. 40o · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME. 40o

arrivée à son paroxysme, conjurer une résolution décisive et imminente.

A six heures, Davoust, Caulaincourt, Carnot, Fouché entraient dans la chambre. Ils étaient précédés de Lucien Bonaparte. Napoléon, peu sûr de la fermeté, de l'habileté, du dévouement de ses ministres, l'avait nommé commissaire général en lui confiant le soin de lire le message et d'en soutenir la discussion. Ce choix seul indiquait le trouble de son âme. L' ancien président du conseil des Cinq-Cents, le complice principal de l'attentat de brumaire, ne pouvait qu'exciter des répulsions, aviver des haines légitimes dans l'enceinte où il avait pour mission de ramener, de gagner les esprits, d'apaiser des craintes, de persuader.

Sur sa demande, la chambre se forma en comité secret; et il lut le message. C'était un exposé très-rapide et plus ou moins erroné du désastre de Waterloo, l'indication des mesures prises, des mesures projetées pour réorganiser l'armée, un appel à l'union des pouvoirs politiques, de toutes les classes de la nation ; et cela se terminait par la proposition adressée aux deux chambres de nommer, chacune cinq commissaires choisis dans leur sein pour concerter avec les ministres les mesures de défense nationale et les moyens de négocier la paix (1).

Écoutée en silence, cette lecture fut suivie d'une extrême agitation, d'un débat violent, tumulteux, où la pensée dominante de la chambre fut nettement exprimée par les applaudissements donnés aux orateurs déclarant que Napoléon sur le trône était un obstacle invincible à toute négociation,

(1) Nous suivons, dans celle analyse, la version donnée par Lallemant, Fleury de Chaboulon, Thibaudeau, Vaulabelle, elc. Lucien Bonaparte, dans une brochure intitulée : la Vérité sur les cent-jours, a publié, à ce qu'il a assuré, le texte même du message. Si ce texte est authentique, la communication faite aux chambres aurait été encore plus insignifiante que nous ne le disons.

m WATERLOO.

que la première condition du salut de la patrie était son abdication, et insinuant, à défaut d'abdication, la nécessité de la déchéance.

Pour le moment, néanmoins, la chambre n'alla pas plus loin que cette première sommation assez directe. Elle en attendit l'effet en adoptant la proposition du message, en nommant les cinq commissaires qui, par le fait, allaient prendre pied dans le pouvoir exécutif. Elle approchait de la solution, but de sa volonté passionnée.

Lucien Bonaparte et les quatre ministres se rendirent ensuite à la chambre des pairs. Le message y reçut l'accueil le plus froid, et excita à peine une apparence de discussion que termina bien vite la nomination des cinq commissaires demandés aux pairs comme aux représentants.

Au retour de sa mission, Lucien ne laissa ignorer à son frère ni l'exaspération de ceux-ci, ni la froideur de ceux-là ; et, reprenant son thème de la journée, il le pressa encore de frapper la chambre des représentants d'un décret de dissolution. « Que craignez-vous? lui disait-il ; ce décret serait dans les limites de votre droit constitutionnel. — Mais les représentants résisteront, répondait Napoléon; il faudra employer la force contre eux; ce sera le signal, le commencement de la guerre civile; et je ne veux pas attirer un pareil malheur sur la France. » Parole peu sincère, à coup sûr, et destinée seulement à dissimuler son découragement et son impuissance. La guerre civile! il n'avait pas reculé à l'idée de l'allumer au 18 brumaire, et au départ de l'île d'Elbe. Elle avait éclaté dans la vallée du Rhône; elle ensanglantait encore la Vendée (1).

Sans se lasser des refus de son frère, Lucien continua à insister sur la nécessité de la dissolution. Reculer devant cette

(1) Le 20 juin, à la Roche-Servière , Lamarque se battait contre dixhuit ou vingt mille insurgés royalistes et leur tuait ou blessait douze ou quinze cents hommes. (Rapport du général Lamarque, lu à la chambre des représentants, dans la séance du 24 juin.)

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