‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 205 sur 261 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

cette mesure, temporiser encore, c'était, à ses yeux, une impardonnable faiblesse. Les représentants étaieut bruyants; mais ils n'étaient pas forts. Le moindre coup devait les abattre.

Cet avis fut repoussé par la plupart des ministres. Napoléon, cependant, ne s'arrêtait à aucune décision. 11 sentait le pouvoir lui échapper, et il n'avait ni le courage de le remettre, ni l'audace de le retenir. Ce caractère si prompt, si résolu, si orgueilleux dans la prospérité, fléchissait facilement devant la fortune adverse.

Pendant lu nuit, les ministres, les commissaires nommés par les deux chambres et Lucien se réunirent aux Tuileries sous la présidence de Cambacérès.

« Les premiers, a dit un témoin (1), proposèrent tranquillement une levée d'hommes, une loi de haute police et des mesures de finances, à peu près comme on demandait autrefois au sénat des conscrits, au corps législatif de l'argent; et ils passèrent sous silence les désastres de Waterloo, leurs causes, leur étendue, la situation de l'armée, les ressources, la question agitée à la chambre des représentants sur les obstacles que pourrait apporter à la paix la personne de Napoléon. »

Sur ces propositions, l'accord fut unanime. Un des représentants, la Fayette, déclara même qu'il souscrivait, par avance, à tout autre sacrifice, à toute autre mesure qui pourraient être demandés, « regardant comme le premier devoir de repousser l'invasion et l'influence étrangères (1). » Mais les dissentiments éclatèrent quand le vieil amant de la liberté aborda la question des négociations omise par les ministres, comme si cette omission, puérilement recommandée par Napoléon, eût dû suffire pour l'écarter du débat.

« Il est nécessaire, dit-il, de faire marcher de front la défense

(\) Thibaudeau. — Le Consulat et V Empire. — Thibaudeau était un des commissaires nommés par la chambre des pairs. (2) Mémoires du général la Fayette.

du pays et la diplomatie, le message même lu aux deux chambres l'a reconnu ; et, comme l'ennemi ne veut absolument pas traiter avec l'empereur, il faut lui envoyer des négociateurs nommés par les deux chambres, et autorisés à stipuler au nom de celles-ci, au nom du peuple. »

L'adoption de cette opinion aurait été le commencement de la déchéance. Lucien, les ministres, à l'exception de Fouché, la combattirent. La majorité du conseil la repoussa.

Rappelant, alors, les débats soulevés à la chambre des représentants par le message, et la conviction évidente de cette assemblée, la Fayette représenta la nécessité de l'abdication et finit par proposer au conseil de se rendre à l'Elysée pour presser Napoléon de renoncer à la couronne dans l'intérêt de la patrie.

Mais, quoiqu'elle fût vivement appuyée par plusieurs, le cauteleux Cambacérès refusa de mettre aux voix cette nouvelle motion.

Cependant, il était déjà grand jour ; on ne pouvait se dispenser de fournir aux commissaires des deux chambres les éléments d'un rapport où il serait au moins question des moyens d'obtenir la paix. Le frère de Napoléon et les ministres le comprirent. Ils ouvrirent l'avis que des plénipotentiaires nommés par l'empereur fussent chargés d'entamer, tout de suite, des négociations au nom de la nation. Ce n'était pas même un moyen terme entre les prétentions des partis en présence; c'était à peine un subterfuge. La majorité l'accueillit, néanmoins, malgré les protestations de la Fayette et des représentants ses collègues, assurant que la chambre ne s'en contenterait pas, annonçant leur ferme résolution de le combattre à la tribune, et exprimant la conviction que le mauvais vouloir qui leur était opposé céderait promptement sous le choc de la nécessité.

Sur cette menace, on se sépara.

A quelques heures de là, les chambres s'assemblaient. Celle des représentants, agitée, tumultueuse, réclama bientôt le

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