CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
de Rhisnes n'avait été faite que par une brigade de cavalerie de Thielmann, et une batterie d'artillerie. Chargés par cette cavalerie, deux ou trois bataillons de la division Lefol formant l'arrière-garde avaient été mis, un instant, en désordre; mais ils avaient été promptement dégagés par le colonel Briqueville du 20e dragons et les deux régiments de hussards du général Clary. Après cette échauffourée, la brigade ennemie, n'ayant aucun soutien assez proche, et gênée, d'ailleurs, par les difficultés du terrain, s'était jetée vers la chaussée de Namurpour rejoindre les troupes de Pirch I, dont elle entendait le canon.
Grouchy confia à Vandamme le soin de défendre les abords de Namur et la ville même jusqu'à la nuit, avec ses trois divisions et celle de Teste; puis il alla y passer la Sambre avec le corps de Gérard, prenant la route de Dinant, sur laquelle il avait déjà fait filer la cavalerie de Pajol et deVallin, et son artillerie de réserve.
Les blessés, les équipages, les dragons d'Excelmans avaient été dirigés depuis le matin de bonne heure sur cette dernière ville. La chaussée qui y conduit, tout entière construite sur la rive gauche et sur le bord même de la Meuse, est un étroit défilé de sept ou huit lieues, dominé constamment par des rochers à pic.
Pirch I attaqua avec beaucoup de vigueur; mais il fut reçu avec une extrême fermeté. Vandamme garda sa position jusqu'à huit heures. Il battit alors en retraite, traversa Namur, y laissant la faible division Teste pour continuer la résistance. Homme de grande résolution et parfaitement secondé par ses troupes, Teste remplit très-bien sa mission. Il rendit infructueuses toutes les tentatives faites pour escalader le mur d'enceinte, pour enfoncer les portes de la ville. Quand il l'évacua, il était près de dix heures.
Pirch I comptait seize cent quarante-six hommes hors de combat.
Nos pertes ne furent pas de plus de six ou sept cents hommes. On aurait pu les éviter en marchant plus vite dans la journée.
Le général prussien n'osa pas s'aventurer à la suite de Teste, qui, cependant, avait laissé intact le pont sur la Sambre, faute de moyens assez rapides de destruction.
Il s'établit à Namur. Thielmann, avec son infanterie, n'avait pu dépasser Gembloux.
Malgré les lenteurs de Grouchy, la combinaison de Bliicher avait échoué.
Au moment même où Napoléon descendait de voiture à l'Elysée, au lever du soleil, le 21, la division Teste arrivait à Dinant. Toutes les troupes de Grouchy s'y trouvaient réunies.
Dans la journée, elles se portèrent sur Givet et prirent leurs bivacs sous le canon de celte forteresse. On leur distribua du pain ; elles en manquaient depuis trois jours. Mais on ne put remplacer les cartouches brûlées; tant la place, quoique de première ligne, était mal approvisionnée (1)!
Grouchy était toujours sans instructions sur la direction à donner à sa retraite (2). Après avoir demandé l'avis des chefs de ses corps d'armée, il se décida à marcher sur Reims par Rocroi. Il fut, le surlendemain, près de Rethel, à Aubigny, où il reçut un ordre par lequel le maréchal Soult lui prescrivait de se porter par Reims à Soissons (3).
Pendant qu'il ramenait ainsi sur le territoire français ses colonnes non entamées, l'armée battue à Waterloo reformait ses rangs et se concentrait sur Laon.
(1) Lettre inédite de Grouchy à Vandamme, datée de Givet, le 21 juin (Archives du dépôt de la guerre).
(2) « ... Dès que vous le pourrez, venez, je vous prie, me joindre. Mon intention est de réunir les commandants des corps d'armée, à l'effet de donner leur avis, quant à notre marche ultérieure, qu'aucun ordre de l'empereur ne règle en ce moment. » (Lettre inédite de Grouchy à Vandamme, datée de Givet, le 21 juin. — Archives du dépôt de la guerre.)
(3) Lettre inédile de Grouchy à Vandamme, datée d'Aubigny, le 23 juin (Archives du dépôt de la guerre).
La lettre du maréchal Soult à Grouchy est datée de Laon, le même jour, à huit heures du matin.