‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 225 sur 261 · CHAPITRE DIX-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIEME

rétablissement d'un despotisme dont le souvenir était odieux, qui avait été funeste à la patrie ; elles étaient convaincues de l'impuissance du vaincu de Waterloo, à la défendre; elles espéraient que son abdication permettrait des négociations qui aboutiraient bientôt à l'évacuation du territoire, à une paix honorable, à l'établissement d'un gouvernement choisi par la nation.

Les souverains coalisés avaient solennellement déclaré qu'ils faisaient la guerre à Napoléon, non à la France, et qu'ils ne voulaient imposer à notre pays aucune dynastie. Leur déclaration recevait un formel démenti de la signature apposée par les plénipotentiaires de Louis XVIII au traité de coalition. Mais les chambres ne le remarquaient pas; elles oubliaient que l'histoire des manifestes solennels n'est trop souvent que le récit d'officielles impostures.

Leur espoir, cependant, n'était pas sans réserve, car elles avaient décidé que les préparatifs de défense marcheraient de front avec les négociations. Elles avaient déclaré la guerre nationale, appelé au secours de la patrie tous les citoyens en état de porter les armes, décrété un emprunt et mis toutes les ressources du trésor public à la disposition du gouvernement provisoire, l'autorisant, en outre, à faire toutes les réquisitions en nature nécessaires aux armées et aux transports militaires, à suspendre les lois sur la liberté individuelle, à faire arrêter ou mettre en surveillance les individus prévenus de provoquer des troubles ou d'entretenir des relations avec l'ennemi.

Ces mesures étaient excellentes, justifiées par l'extrême péril de la situation. Elles rappelaient l'énergie de la grande assemblée qui, en un moment de danger extrême aussi, avait assuré le salut de la France; et, déjà, elles ranimaient bien des courages, exaltaient bien des âmes. C'était beaucoup que de les avoir décrétées; mais ce n'était rien, si on ne devait en assurer la très-rapide exécution.

Or, les chambres, confiantes dans le pouvoir exécutif qu'elles avaient élu, lui avaient abandonné le soin d'appliquer leurs

décrets, le laissant sans contrôle, sans excitation; et ce pouvoir trahissait la cause nationale par faiblesse, incapacité, perfidie.

Il se composait de Fouché, Carnot, Quinette, Caulaincourt et Grenier. Les trois premiers, anciens conventionnels, avaient voté la mort de Louis XVI; Caulaincourt avait été l'agent principal du guet-apens d'Ettenheim ; Grenier était un général de mérite que rien ne rattachait aux Bourbons.

Les chambres, par de tels choix, avaient nettement montré qu'elles repoussaient ces princes, qu'elles ne voulaient pas de transaction avec eux. Trois régicides, un complice principal du meurtre du duc d'Enghien devaient tout faire pour empêcher une nouvelle restauration qui ne pourrait manquer de frapper sur leur fortune, peut-être sur leur tête. Les chambres en étaient persuadées.

Mais Fouché était d'une immoralité politique sans bornes; Carnot n'était plus qu'une ombre; Quinette était une médiocrité sans énergie; Caulaincourt était découragé; et Grenier d'une modération qui excluait la force. Les chambres n'y avaient pas pris garde.

Dès sa première réunion, le pouvoir exécutif avait choisi Fouché pour président.

L'ancien conventionnel, le duc de l'Empire était déjà en pleine défection, préparant les voies au retour de la dynastie déchue et proscrite et sa réconciliation avec elle. Il n'avait à compter, maintenant, ni sur la complicité de ses collègues, ni sur l'appui du parlement; mais il connaissait leur faiblesse morale. Ces mêmes hommes hostiles aux Bourbons, les uns par intérêt de fortune, de position, par crainte de représailles violentes, les autres par attachement aux principes de la Révolution, par patriotisme, avaient usé toute leur énergie dans la lutte de deux jours contre Napoléon. Ils redoutaient, avant tout, les commotions populaires ; et il en fallait une très-forte dans les circonstances critiques où se trouvait la France. Ce

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