‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 226 sur 261 · CHAPITRE DIX-HUITIEME. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIEME. U

soulèvement indispensable de toutes les forces du pays, de ses passions, Napoléon, pendant trois mois, n'avait pas voulu, n'avait pas osé l'exciter; la majorité des chambres, les collègues de Fouché ne l'oseraient, ne le voudraient pas non plus. Celui-ci n'en doutait pas; et il avail compris que, s'il ne pouvait leur arracher un assentiment formel, public, à la restauration des Bourbons, il lui serait, néanmoins, facile de les amener à ne pas s'y opposer.

Il s'agissait pour cela de rassurer les plus compromis dans le mouvement du 20 mars, d'allécher les ambitions, d'entretenir, d'aviver les espérances de paix, d'énerver l'opinion publique, d'annuler les moyens de défense, de hâter les événements. Fouché s'était mis à ce travail perfide avec son habituelle astuce, avec une activité inouïe.

Il avait à peine pris possession de la présidence du pouvoir exécutif, qu'il avait fait sortir de prison un des partisans les plus intelligents, les plus résolus des Bourbons, et que, par son entremise, il avait dépêché des émissaires auprès de Wellington pour presser la marche des armées coalisées sur Paris, auprès de Louis XVIII pour l'inviter à les suivre sans retard.

Il avait interdit les réunions populaires, où se réchauffe l'enthousiasme des masses, supprimé , aux étalages des marchands, les dessins, les emblèmes propres à entretenir la haine de la vieille monarchie, répandu partout des affldés, des agents propageant les bruits les plus sinistres, les plus décourageants.

Sous son influence, le pouvoir exécutif avait nommé Masséna commandant en chef de la garde nationale de Paris; Masséna, qui avait sauvé la France à Zurich, mais qui avait jeté ses derniers feux en Portugal, et n'aspirait plus, maintenant, qu'au repos, à la paisible jouissance d'immenses richesses, prises partout et de toutes mains. Et Masséna avait inauguré ses nouvelles fonctions par un ordre du jour où il ne fixait

m WATERLOO.

d'autres devoirs à la garde nationale que celui « de maintenir l'ordre intérieur et de faire respecter les personnes et les propriétés. » Avec un tel chef, Fouché avait mis la main sur un des ressorts de la défense.

Presque en même temps, il l'avait mise aussi sur le plus puissant, sur l'administration de la guerre, sur la direction des affaires militaires, laissée à Davoust.

Ce maréchal, illustre à bon droit dans les campagnes heureuses et dans les campagnes funestes de l'Empire, s'était tenu à l'écart sous la Restauration et ne 'taisait pas ses répugnances pour les Bourbons. Il pensait, il disait que, malgré le désastre de nos armes, on devait, on pouvait résister.

Il expédiait des ordres sévères pour réprimer, arrêter la désertion produite, à la nouvelle de Waterloo, parmi les gardes nationales actives, à moitié armées, à peine habillées, en garnison dans les places; il pressait le ralliement des combattants de Waterloo, ordonnait à Grouchy de se réunir à Soult, et lui faisait donner le commandement en chef de l'armée qui se concentrait; il organisait les forces mobilisables des dépôts, à Paris et aux environs, des envois d'armes, de matériel sur Laon, prescrivait d'activer, de compléter la levée de la conscription de 1815, se préparait à rappeler sur Paris les troupes devenues disponibles par la soumission de la Vendée; il allait armer les tirailleurs de la garde nationale.

En un mot, tout dans sa conduite annonçait un homme déterminé à la lutte patriotique. Mais cette détermination avait faibli instantanément, puis s'était éteinte sous l'action de Fouché.

Davoust, habilement circonvenu, rassuré sur le sort que lui réservaient les Bourbons, s'était livré au traître, lui promettant un concours absolu.

Dès ce moment, sa conduite avait changé; et il avait arrêté les dispositions de défense, à ce point que huit ou dix mille hommes armés, équipés, sinon habillés complètement, et dis-

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