CHAPITRE DIX-HUITIEME. 4M
reculer un peu. C'était l'arrivée d'une dépêche des plénipotentiaires envoyés à Laon pour solliciter des généraux ennemis un armistice, pour essayer des négociations.
Nous avons dit la dure réponse de Blùcher, réponse transmise de vive voix par deux de ses officiers. Celle de Wellington, adressée par lettre, avait été encore plus péremptoirement négative; car il avait déclaré n'être muni d'aucun pouvoir pour traiter d'un armistice, d'une suspension d*armes; et il avait refusé une entrevue qui lui était demandée, ajoutant, cependant, dans ses formes polies, qu'il était prêt à se rencontrer avec les plénipotentiaires, s'ils persistaient dans cette demande qui ne pouvait avoir pour résultat qu'une perte de temps; il les en avertissait.
Mais il est des espérances que rien ne décourage, des illusions qui résistent à l'évidence.
Les plénipotentiaires avaient causé avec les deux officiers de Blùcher, et, de ces causeries, avaient tiré des conclusions rassurantes qu'ils communiquaient au pouvoir exécutif.
La coalition n'avait pas le projet arrêté d'imposer à la France une seconde restauration ; et ils profitaient de cette découverte pour se rendre auprès des souverains, dont la présence leur était indiquée quelque part sur le Rhin, vers Mannheim.
Ce n'était pas tout. Ils espéraient beaucoup d'une entrevue avec les généraux ennemis, de cette entrevue, ils se gardaient de le dire, que Wellington affirmait ne pouvoir aboutir qu'à une perte de temps; et ils demandaient le prompt envoi de négociateurs au camp du général anglais et du général prussien, eux-mêmes ne pouvant s'y rendre, pressés qu'ils étaient d'aller trouver les souverains.
A la lecture de ces nouvelles, le conseil avait repris quelque assurance. On pouvait négocier; la coalition ne tenait pas à imposer les Bourbons au pays; il ne fallait donc pas se hâter de courir au-devant de ces princes. Il n'y avait qu'une chose
m WATERLOO.
urgente, la nomination des négociateurs réclamée par les plénipotentiaires.
Fouché n'avait pas voulu heurter ce singulier retour d'opinion, cette reprise d'espoir, il avait retiré à Cambacérès et à Lanjuinais la mission qu'il leur avait confiée près des chambres; et, continuant à tout diriger, tout ordonner devant ses collègues silencieux, il avait désigné les négociateurs : quatre hommes peu hostiles aux Bourbons et un royaliste avéré.
Les plénipotentiaires, malgré leurs étranges illusions, insistaient, dans leur dépêche, sur la nécessité d'activer les préparatifs de défense, attendu, disaient-ils naïvement, qu'il leur était démontré que les armées ennemies tendaient à se rapprocher le plus possible de Paris, qui paraissait les préocuper essentiellement.
Cette insistance n'avait pas même été l'objet d'une observation; et le conseil s'était séparé, Davoust restant ministre de la guerre, Davoust, qui venait de déclarer toute résistance impossible.
Tout ce qui s'était passé dans cette réunion était arrivé promptement à la connaissance de la plupart des membres des deux chambres. Les plus osés, les plus inquiets aussi étaient allés trouver Fouché, lui demandant des explications sur sa conduite, l'accusant même de trahison; mais, de ces entrevues, il n'était résulté qu'un vain échange de paroles. Aucun pair, aucun représentant n'avait porté à la tribune seulement un soupçon.
Tous, ils craignaient d'inquiéter le pays, et, en l'inquiétant, de causer quelque soulèvement populaire, qu'ils seraient impuissants à maîtriser.
Devant une pusillanimité si bien constatée, Fouché avait vu le champ libre plus que jamais à ses machinations. Il les avait activement continuées. Ses affidés allaient et revenaient, maintenant, ostensiblement et sans cesse de son cabinet au quartier général de Wellington et à la cour de Louis XVIII, qui s'avançait à la suite de l'armée anglaise.