CHAPITRE DIX-HUITIEME
Il avait fait sonder les dispositions de Grouchy à l'égard d'une restauration nouvelle. Le maréchal s'y était montré très-opposé. C'était un grand embarras; mais lui-même l'avait promptement écarté. Se défiant de ses forces, effrayé de la responsabilité du commandement en chef, du désordre de la retraite de Soissons vers Paris, retraite bien mal dirigée d'ailleurs, et cela par sa propre faute, il avait envoyé sa démission au pouvoir exécutif. Fouché, agissant encore avec l'assentiment servile de ses quatre collègues, l'avait remplacé par Davoust.
Général en chef et ministre tout à la fois, Davoust aurait bien mieux le pouvoir de paralyser la défense.
Les chambres ne s'étaient pas plus émues de cette nomination que les collègues de Fouché.
Le pouvoir exécutif leur avait proposé un projet de loi mettant Paris en état de siège ; elles l'avaient voté.
Elles avaient volé aussi une adresse à l'armée; œuvre banale, sans couleur, sans force; et elles avaient choisi, sur leurs bancs, des commissaires chargés d'aller haranguer nos soldats.
Après la parodie de la déchéance de Louis XVI, on avait la parodie des conventionnels en mission aux armées.
A la suite de ces grandes mesures, le pouvoir exécutif, ou plutôt Fouché, l'esprit toujours tendu vers son but, avait publié un arrêté qui était un nouvel acheminement vers l'abandon.
Il avait, en effet, décidé d'une manière absolue que les approches seules de Paris seraient défendues, et qu'elles le seraient par les troupes de ligne, qui resteraient campées hors des murs;que la garde nationale maintiendrait la tranquillité intérieure, et ne serait employée extérieurement que sur la demande qui pourrait en être faite par les légions ou bataillons; que les tirailleurs de cette garde serviraient, conformément à leur offre, comme auxiliaires des troupes de ligne, à la défense des postes les plus rapprochés de la place.
iU WATERLOO.
Prise le 28 juin au soir, cette décision avait reçu, un digne et prompt commentaire dans une proclamation signée du préfet delà Seine et adressée aux habitants de Paris. Cet homme, il faut écrire son nom, s'appelait de Bondy. Il recommandait aux citoyens de songer à la conservation de leurs personnes, de leurs familles, de leurs propriétés, de se tenir dans la sagesse et dans la tranquillité la plus absolue.
Les choses en étaient là; et l'arrêté du pouvoir exécutif, cette lâche proclamation n'avaient pas même suscité une observation dans les chambres, quand l'armée ramenée par Grouchy s'établissait, comme nous l'avons dit, partie au nord, partie au sud de Paris.
C'était le 29 juin.
Mais, pendant que, dans les régions officielles, la faiblesse des uns, la complicité des autres laissaient Fouché et Davoust aplanir la route à Wellington et à Blùcher, au retour de Louis XVIII, la masse de la population parisienne était en proie à d'ardentes anxiétés, à de vives irritations. Le mot de trahison circulait partout dans la cité, dans les faubourgs. Les fédérés faisaient entendre des paroles menaçantes ; les troupes des dépôts s'indignaient; les tirailleurs de la garde nationale réclamaient, à grands cris, des armes; la jeunesse des écoles, du commerce, formée en compagnie de canonniers volontaires, éclatait en impatience; des gardes nationaux en grand nombre se portaient aux états-majors, demandant à marcher à l'ennemi; la foule des bons citoyens cherchait une direction, voulant par tous moyens épargner à la capitale de la France le nouveau déshonneur d'une capitulation devant l'étranger.
L'arrivée des soixante mille hommes que ramenait Grouchy surexcitait ces dispositions généreuses. Cette armée se montrait, maintenant, animée du meilleur esprit. Elle voulait combattre à outrance, laver l'injure de la défaite ; et, appuyée sur elle, de concert avec elle, les patriotes rebelles à la crainte, à l'idée de soumission à l'ennemi, pouvaient, d'un instant à l'autre, briser