CHAPITRE DIX-HUITIEME
pourtant à toutes ces ignominies :1e maréchal Lefebvre soutint qu'on pouvait, qu'on devait se défendre et non rechercher le déshonneur d'une capitulation désarmée. Dupont (de l'Eure), Thibaudeau, le général Gazan parlèrent comme lui; ils furent les seuls.
Le conseil, néanmoins, n'osa assumer la responsabilité d'une résolution formelle.
Lefebvre, en démontrant que les retranchements au nord de Paris étaient susceptibles d'une longue résistance, avait demandé combien de temps il faudrait pour en construire au sud; on trouva là le moyen d'échapper à une décision.
C'était une question spéciale, dit-on, hors de la compétence des membres non militaires qui étaient en grande majorité dans le conseil ; on invita le pouvoir exécutif à la soumettre à un autre conseil composé d'hommes de guerre; et on se sépara.
Pendant celte délibération, Excelmans avait quitté son bivac près de Montrouge et marché sur Versailles, où l'on signalait la présence des Prussiens. Outre son corps de dragons, Vandarnme lui avait donné huit escadrons de chasseurs, trois de hussards commandés par Pire et uu bataillon du 44e de ligne.
Excelmans, bien renseigné, paraît-il, sur le mouvement de l'ennemi, avait fait fder rapidement, sur sa droite, par les bois de Meudon et de Ville-d'Avray, Pire avec les chasseurs et l'infanterie, lui ordonnant d'aller se poster en embuscade en arrière de Versailles, à Rocquencourt, sur la route de Saint- Germain ; et lui-même avait pris sa route, par Plessis-Piquet, avec le reste de sa cavalerie.
Il arrivait près de Vélizy, à une lieue et demie en avant de Versailles, quand il donna sur une colonne prussienne. C'était la brigade de Sohr, forte de sept à huit cents chevaux. Chargée de front et de flanc, elle fut culbutée et rejetée sur Versailles. Elle essaya, mais en vain, d'y tenir. Fusillée par quelques
braves gardes nationaux accourus individuellement sur la scène de la lutte, abordée de nouveau par Excelmans, elle se replia en toute hâte vers Saint-Germain. Mais, arrivée à Rocquencourt, elle tomba dans l'embuscade tendue; et, après une énergique résistance, elle y laissa son chef avec les trois quarts de ses hommes et de ses chevaux.
Un demi-bataillon de tirailleurs de la garde nationale qui s'était joint spontanément à Pire, au moment de son départ de Montrouge, se comporta fort bien dans cette affaire.
Excelmans, continuant son mouvement, parvint, vers sept heures du soir, en vue de Marly. Une division du corps de Thielmann, celle de Borcke, en sortait. Excelmans, n'ayant pas assez d'infanterie, évita le combat, et se replia, par Versailles, sur Montrouge, où il n'arriva que fort avant dans la nuit.
Il avait dû être soutenu, nous l'avons dit, par tous les corps aux ordres de Vandamme; il ne l'avait pas été: au moment même où ceux-ci s'ébranlaient, un contre-ordre de Davoust avait arrêté leur mouvement. Ce contre-ordre, Davoust l'avait expédié des Tuileries après avoir causé quelques instants avec Fouché.D'Erlon, la garde, qui devaient opérer avec Vandamme, avaient été laissés immobiles dans leurs bivacs.
Dans tous les camps au sud, au nord de Paris, officiers et soldats, indignés, exaspérés de l'inaction où on les retenait, de la perte d'une nouvelle journée, crièrent à la trahison ; elle était flagrante.
Ce fut, pour ainsi dire, au bruit des colères de l'armée que se tint le conseil de guerre auquel était renvoyé l'examen de la question posée, par le maréchal Lefebvre, dans la réunion des Tuileries.
Il s'assembla, au quartier général de la Villette, sous la présidence de Davoust, a neuf heures du soir.
La question de Lefebvre avait engendré tout un programme d'autres questions sur lesquelles un arrêté du pouvoir exécutif