CHAPITRE DIX-HUITIEME
qu'Anglais et Prussiens se réunissent où l'indiquait Carnot; car il aurait fallu, pour cela, qu'ils renonçassent complètement à leurs lignes d'opérations, sans pouvoir en prendre une autre qui leur offrît la moindre sécurité.
Il n'était pas à craindre davantage que les Prussiens vinssent s'établir sur les hauteurs entre Meudon et Saint-Cloud, car on avait tout le temps de les y prévenir; et puis cette position même, si on les laissait bénévolement l'occuper, pouvait être tournée par Suresnes et Neuilly.
Le 50 mars 1814, il y avait quinze mois seulement de cela, et Carnot l'oubliait, vingt mille hommes, n'ayant pas une redoute, pas un fossé pour se couvrir, avaient défendu le nord de Paris, toute la journée, contre une armée combinée deux fois plus forte que celle de Wellington.
Aujourd'hui, les abords de ce côté étaient garnis de retranchements, pourvus d'une nombreuse artillerie. En y laissant douze mille hommes de troupes de ligne, en y envoyant six mille tirailleurs de la garde nationale, chiffre qui, avec une simple distribution de fusils, serait porté à quinze mille, on pouvait assurer la défense de Paris au nord contre les Anglais, pendant quavec soixante mille hommes on marcherait aux Prussiens qui viendraient l'attaquer au midi.
L'armée anglaise, mutilée à Waterloo, avait bien diminué de valeur (1).
(1) Wellington écrivait, le 25 juin, au ministre Bathurst: « Nous sommes en bien mauvaise position; nous n'avons pas le quart des munitions que nous devrions avoir; et je crois vraiment qu'à l'exception de ma vieille infanterie d'Espagne, j'ai non-seulement la plus mauvaise armée, mais encore la plus mal équipée et le plus mauvais état-major qu'on ait jamais réunis. » (The dispatches, etc., t. XII.)
En faisant une large part à l'exagération du général qui voulait stimuler le zèle du ministre, presser l'arrivée des renforts, des approvisionnements, il reste là «ne preuve suffisante de la diminution de valeur de l'armée anglo-hollandaise.
Quant aux autres armées de la coalition, on n'aurait pas à compter avec elles sous Paris, avant le 10 juillet; et, à cette époque même, elles ne pourraient y porter que le corps bavarois et l'avant-garde russe, qui maintenant étaient encore à quatre marches de Châlons-sur-Marne. Ce serait, il est vrai, plus de soixante mille hommes, que viendraient appuyer successivement, à peu de jours de distance, plus de deux cent mille Russes, Wurtembergeois, Autrichiens, etc., suivis euxmêmes de fortes réserves. Mais, d'ici là, si l'on battait, comme cela était très-possible, certain même, les Prussiens et les Anglais, l'effet moral de la victoire serait assez puissant pour soulever la nation, pour la pousser aux résolutions extrêmes; et, devant un pareil mouvement, les souverains alliés hésiteraient sans doute à poursuivre la guerre à outrance. Ils consentiraient à une transaction non indigne d'une grande nation. C'est une œuvre terrible, même avec les forces les plus considérables, que de soumettre un peuple de vingt-cinq ou trente millions d'âmes, luttant pour son indépendance.
En tout cas, lors même qu'on voudrait capituler, mieux valait une capitulation après une victoire, que sous le coup d'une défaite comme celle de Waterloo.
Voilà ce qu'on aurait pu répondre à Carnol, à l'ancien rapporteur militaire du comité de salut public, aujourd'hui si déchu, à ses calculs, à ses découragements.
Mais Masséna les appuya de sa faiblesse actuelle et de l'autorité de son énergie d'autrefois. Soult les exagéra, affirmant que la rive gauche n'était pas tenable; que les ouvrages même de la rive droite pouvaient être facilement forcés entre Saint-Denis et la Villette, et que l'ennemi pénétrerait, alors, pêle-mêle dans Paris avec nos troupes.
De tous ces avis bien prévus, et donnés par des militaires de grand renom, Fouché conclut comme toujours à la nécessité d'une soumission immédiate.
Le patriotisme, la fierté d'un vieux soldat se révoltèrent