‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 237 sur 261 · CHAPITRE DIX-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIEME

bons, à son intérêt même, qui exigeait l'oubli des récentes injures.

Puis, sur les contradictions qu'ils rencontrèrent, ils en vinrent à soutenir qu'une victoire sur les Anglo-Prussiens aurait pour résultat d'accroître les exigences des coalisés, de réduire la France à une soumission sans conditions.

Enfin, le débat s'échauffant de plus en plus, Davoust alla jusqu'à prétendre que la victoire dont on parlait avec tant d'assurance était fort douteuse, ajoutant, d'ailleurs, que toujours le destin des batailles était incertain ; et que, si l'on éprouvait un revers, on risquerait d'être refoulé dans Paris et d'attirer ainsi sur la capitale de la France un irréparable désastre. Le centre de la fortune du pays, des arts, des lumières, de la civilisation, ne devait pas être livré au hasard de la guerre.

Des généraux de troupes, Vandamme, tout le premier, Vandamme, retrouvant une énergie qui devait lui faire défaut le lendemain, répliquèrent avec une généreuse exaltation. La victoire sur les Anglo-Prussiens était certaine; mais, puisqu'on voulait en douter, ils acceptaient ces doutes, la possibilité d'une défaite amenant le combat dans Paris même, et ne voyaient pas là un motif suffisant de soumission , ce n'était pas œuvre facile à l'ennemi que de pénétrer dans une ville de sept cent mille âmes, où l'armée vaincue trouverait l'appui de la foule des patriotes, un retranchement à chaque coin de rue; on pouvait prédire même qu'il y rencontrerait une défaite éclatante.

Paris n'était qu'une partie de la France. En 1814, vingtcinq ou trente départements avaient cruellement et bravement souffert des malheurs, des horreurs de la guerre; ils en souffraient ou allaient en souffrir encore ; Paris devait, au besoin, ne pas montrer moins de patriotisme. Tous ses monuments, toutes les merveilles des sciences, des arts, qui y étaient réunies, en supposant même qu'ils dussent courir de grands

risques, ne valaient pas le sacrifice de l'honneur de l'armée, de la nation.

Ils avaient raison, ceux qui parlaient ainsi. Il faudrait maudire la civilisation, ses arts, ses prodiges, si elle devait avoir pour conséquence inévitable de pousser les peuples au mépris de leur dignité, aux lâchetés des plus honteuses capitulations.

Ils s'inquiétaient peu du sort des grandes toiles de Murillo, de Vélasquez, etc., suspendues dans les couvents, dans les temples enflammés, écrasés par nos bombes, par nos obus, les glorieux moines, les intrépides habitants de Saragosse* ils n'avaient en vue que le salut de leur patrie. Les Russes, dévastant leur pays, brûlant la sainte Moscou, écrivaient une des plus grandes pages de l'histoire moderne et assuraient la perte de leur puissant ennemi.

Au reste, cette anxiété que les maréchaux affichaient pour les chefs-d'œuvre de l'esprit humain n'était nullement sincère; la plupart en avaient fait bon marché bien souvent. Un d'eux laissa échapper, dans un mouvement d'impatience, le mot de son opinion. « On voit bien, dit-il s'adressant à Vandamme, un des plus emportés, on voit bien que vous n'avez pas une brique dans Paris. — Si vous en avez, repartit celui-ci, nous savons, comme vous, qu'elles ne vous ont coûté que des bassesses. »

Après ces violences de paroles, la discussion n'était plus possible. Elle durait depuis près de six heures. Les opposants, lassés, se retirèrent, et Davoust profita de leur retraite pour écrire les réponses aux questions posées par le pouvoir exécutif.

En voici la propre expression :

« Ve question. (État des fortifications.) — Réponse. L'état des fortifications et de leur armement sur la rive droite de la Seine, quoique incomplet, est, en général, assez satisfaisant. Sur la rive gauche, les retranchements pcuventêtre considérés comme nuls.

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