CHAPITRE DIX-HUITIEME. (K
par les fautes de l'Empire comme la première, ce palais avait été le témoin de l'attentat de brumaire, origine du règne de Napoléon, et, selon tant d'apologistes, le salut de la France.
Ratifiée immédiatement par Wellington et Blùcher, cette capitulation le fut, à deux heures de là, par Davoust, auquel Fouché, dans sa prudence, réserva cet honneur et cette responsabilité.
A onze heures du soir, il en fut donné communication, par un message du pouvoir exécutif, aux deux chambres réunies en comités secrets.
Jusque-là, ces deux assemblées avaient évité avec un soin extrême d'intervenir dans la conduite des affaires. « Fouché absorbeenluile pouvoir exécutif; il trahit! » disait-on, de tous côtés, sur leurs bancs; et on se résignait, néanmoins, à attendre le résultat de ses manœuvres. Ce qu'on n'aurait pas osé faire soi-même, on lui laissait toute latitude pour l'accomplir. Chez les uns, l'espérance d'une transaction libérale avec les Bourbons, seul empêchement aujourd'hui, à leurs yeux, d'un démembrement de la France; chez les autres, la lassitude; chez plusieurs, la conviction de l'impossibilité de la résistance; chez tous, l'effroi d'un soulèvement populaire; telles étaient les causes de cette résignation dont on ne trouve pas un autre exemple dans l'histoire.
La chambre des pairs, réunie, chaque jour, pendant de courts instants, avait écouté d'oiseuses récriminations sur les incidents de la campagne, et les communications que le pouvoir exécutif avait bien voulu lui faire.
La chambre des représentants avait reçu aussi ces communications, petits bulletins où Fouché rendait compte des mouvements militaires; elle avait applaudi à la lecture de quelques adresses patriotiques envoyées par les fédérés de Paris et des départements, par les écoles, etc., aux rapports verbaux de ceux de ses membres qu'elle avait délégués, mais sans les munir d'aucun pouvoir, auprès de l'armée campée sous Paris;
puis elle s'était plongée dans la discussion d'un pacte constitutionnel dont elle prétendait doter la France.
Cette discussion lui a été durement reprochée. C'est à tort ; ce n'est pas pour cela que les représentants furent coupables, dignes de blâme, de haine, de mépris; c'est pour avoir négligé, oublié systématiquement la défense nationale. La Convention, elle aussi, discutait, votait des constitutions, au milieu des périls, des alarmes de la patrie; et nul n'y a trouvé sujet à blâme; car elle savait mêler à ce travail l'énergique organisation de la guerre, de la victoire.
La capitulation de Saint-Cloud, prévue, attendue par la plupart, dans les termes mêmes où elle se formulait, n'excita, au sein des deux chambres, que des débats humiliés. Fouché avait eu l'habileté de la leur envoyer accompagnée de deux proclamations de Louis XVIII, datées de Cambrai le 25 et le 28 juin. La seconde, très-explicite, accordait par avance amnistie complète à tous les faits postérieurs au 23 mars, jour où le roi avait passé sur le sol étranger, ne réservait de rigueurs que pour les chefs du mouvement du 20 mars, rappelait les garanties libérales de la Charte avec promesse d'y ajouter encore, et rassurait les propriétaires de biens nationaux, le pays inquiet du rétablissement des dîmes et des droits féodaux.
La lecture de ces pièces était un arrêt d'exil, de mort pour plusieurs qui l'écoutaient. Mais les malheurs d'autrui n'émeuvent que les cœurs généreux. Les engagements solennels du roi furent accueillis par l'immense majorité avec une satisfaction mal dissimulée. On le savait, d'ailleurs, le roi, arrivé depuis deux jours au château d'Arnouville, tout près de Paris, les avait confirmés aux nombreux visiteurs empressés de lui porter l'hommage de leur dévouement plus ou moins intéressé.
Cela sufût pour faire passer sur le déshonneur infligé, par la capitulation, à l'armée, à Paris, à la France.
On convint, néanmoins, que, dans la séance publique qui