‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 243 sur 261 · CHAPITRE DIX-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIEME

allait se tenir, à quelques heures de là, on se tairait sur les proclamations royales; qu'on lirait seulement la capitulation. Dire l'effet sans la cause était un acte de prudence exigé par l'irritation populaire.

Au lever du soleil, comme on se séparait, nos troupes se retirèrent des postes avancés, et les Anglais et les Prussiens les y remplacèrent.

Les chambres, publiquement réunies, se montrèrent ce qu'elles avaient été dans leurs comités secrets. Pas une protestation ne se fit entendre. En revanche, les représentants votèrent à l'armée une adresse que plusieurs d'entre eux furent chargés de porter. Ils lui décernaient des remercîments, et l'assuraient « qu'ils ne se séparaient pas d'elle. »

Cela fait, ils s'étaient remis gravement à discuter leur projet de constitution.

Cependant, tout se préparait pour l'évacuation de Paris. On désarmait les retranchements, et l'artillerie en était acheminée sur les routes de la Loire; des convois de munitions la suivaient; les différents corps recevaient des ordres de départ.

Dans tous les rangs, ces mesures furent accueillies par des explosions de colère. Des officiers, des soldats brisèrent épées et fusils, déchirèrent leurs uniformes, et abandonnèrent le drapeau trahi; des rassemblements se formèrent dans différents camps, injuriant les généraux qui cherchaient à ramener le calme, menaçant d'entrer dans Paris et d'y faire justice des traîtres. Sur plusieurs points, des officiers se réunirent pour se concerter, pour protester contre la capitulation, pour voir s'il ne se rencontrerait pas un général de quelque renom qui voulût prendre .le commandement de l'armée et la mener à l'ennemi.

La nouvelle de ces tumultes, portée dans certains quartiers de la ville par les déserteurs, y jeta une grande exaltation et ameuta la foule. Des troupes de fédérés, formées dans les faubourgs, se dirigèrent vers le centre de Paris en criant : A bas

m WATERLOO.

les traîtres! Des tirailleurs de la garde nationale, des soldats sortis armés des casernes, se répandirent dans les rues, tirant des coups de fusil, augmentant le trouble. Un moment, on put croire que gouvernement, chambres et capitulation allaient disparaître sous les colères de l'armée et du peuple.

Mais ces colères n'étaient que des convulsions, les derniers battements de l'artère épuisée.

Aucun chef ne se présenta pour conduire le mouvement militaire; les troupes s'affaissèrent dans leur propre exaspération; les tirailleurs de la garde nationale se laissèrent licencier; et les douze légions de cette garde vinrent dissiper elles-mêmes les rassemblements populaires. On lui avait dit, elle s'était laissé persuader que cette masse de citoyens, recrutée pourtant dans toutes les classes, si ardente à venger les injures de la patrie, en voulait aux magasins, aux hôtels, aux richesses de la bourgeoisie. C'était la calomnie deBliicher, propagée par des Français; calomnie qui avait reçu déjà, qui devait recevoir encore les démentisde l'histoire, qui servait alors d'auxiliaire à la trahison, comme on l'a vu servir depuis aux faiblesses, aux lâchetés, aux ambitions contre le dévouement, le patriotisme le plus sincère, le plus intelligent.

Le 6 juillet, au matin, les Anglais et les Prussiens prirent possession de toutes les barrières de Paris ; et les dernières colonnes de l'armée française se mirent en marche vers la Loire.

Elle était forte encore, il faut le répéter, de soixante et onze mille hommes, dont quinze mille de cavalerie, et son artillerie de campagne comptait près de deux cents bouches à feu attelées.

En ce moment, le corps de Rapp était rejeté sous le canon de Strasbourg, Lecourbe sous les murs de Béfort. Ni l'un ni l'autre n'avaient reçu les ordres qui, de Philippeville, le 19 juin, au dire de Napoléon, les avaient appelés à Paris et à Lyon ; d'ailleurs, ils les auraient reçus, qu'il leur eût été bien difficile de

Page 1