‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 245 sur 261 · CHAPITRE DIX-HUITIEME. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIEME. m

ritoire bien douloureuses; mais elles furent peu de chose, comparées à ces autres conséquences de la victoire de l'étranger : les drapeaux de la France abaissés; sa puissance morale, déjà bien amoindrie en 1814, annulée pour longtemps; sa gloire militaire obscurcie; une réaction sanguinaire déchirant tout le Midi; des lois tyranniques promulguées, appliquées cruellement; la terreur planant sur tout le pays, deux années durant, jusqu'au jour où le chef des Bourbons, lui-môme, recula devant tant d'excès.

Ainsi, cette aventure du 20 mars, aussi prodigieuse par la rapidité du succès que par la promptitude de la chute, avait attiré sur la France les plus horribles calamités.

Celui qui venait d'en être le héros, ne devait pas échapper à sa part d'expiation.

Après s'êtrelaissé arracher uneabdicalion pénible, il était resté retiré au fond du palais de l'Ëlysée-Bourbon, écoutant, dans les angoisses de son ambition tour à tour vivace et défaillante, si les soldats, si les masses populaires, subitement ramenés à la confiance, à l'enthousiasme, ne venaient pas lui rendre la couronne à regret déposée; mais il n'avait rien entendu, que les clameurs de quelques milliers de personnes réunies, de temps à autre, devant sa demeure, bien plus par la curiosité du spectacle d'une grandeur déchue, que par aucun fanatisme de dévouement pour lui.

Après trois jours de vaine attente, il avait dû céder aux injonctions, à peine atténuées dans la forme, de Fouché, exprimant la volonté des chambres; et il avait gagné la Malmaison, cette ancienne résidence du premier consul, du vainqueur de Marengo. Là, il s'était trouvé surveillé, gardé à vue, réellement prisonnier; mais, sans paraître s'en apercevoir, dès la nouvelle du passage de l'Oise par les Prussiens, de leur approche de Paris, il avait demandé au pouvoir exécutif de lui permettre de reprendre le commandement de l'armée, de la mener au combat, de servir comme simple général, assurant qu'il n'as-

pirait plus à aucun autre rôle. Fouché, bien instruit sur la valeur de ces assurances, comme ses collègues, engagé d'ailleurs dans la voie où il ne voulait pas s'arrêter, Fouché avait rudement rejeté l'offre du souverain déchu , et l'avait poussé de toute son habileté et de toutes ses forces sur la route de Rochefort.

Alors, il restait à Napoléon une chance presque assurée de salut. Mais l'indécision de son esprit, qui n'avait pas cessé un moment, l'indécision de la veille, du jour et du lendemain de Waterloo la lui fit perdre; et, bientôt, pour ne pas tomber aux mains des Bourbons, ulcérés du meurtre d'un des leurs, il fut réduit à aller prendre asile à bord d'une escadre anglaise.

Au prince régent d'Angleterre, à la nation qu'il avait cent fois couverte de publiques insultes, il demanda la vie libre sous la protection de la loi. Elle lui fut refusée. Le conseil des souverains alliés avait, par avance, prononcé sur son sort. La vie sauve, mais la vie dans un espace de terrain limité, gardé comme les abords d'une prison, la vie séquestrée, sans la famille, presque sans amis, la vie sous un climat meurtrier; tel avait été l'arrêt. L'Angleterre se chargea de l'exécuter.

Cette terrible fin d'un pareil homme et d'un pareil règne a excité des récriminations bien violentes, des lamentations bien amères, bien éplorées. L'histoire, la poésie, le théâtre, le pamphlet, la littérature, tous les arts y ont trouvé une source intarissable d'inspirations.

Oubliant que l'homme n'avait eu qu'un but : sa propre élévation; que le règne avait, par deux fois, abouti à la ruine de la France; négligeant les fautes, les folies, les crimes, ils ont créé une légende à la place de la vérité, montré le martyre, là où fut l'expiation ; et, grâce à ces imaginations plus ou moins sincères, il est advenu, un jour, que celui qui avait dévasté l'Europe, foulé les peuples, épuisé la France, excité des haines

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