CHAPITRE DIX-HUITIEME
les exécuter, les alliés ayant passé le Rhin et la Moselle, à la nouvelle des premiers coups de canon tirés sur la Sambre. Suchet, après une suspension d'armes de trois jours, non renouvelée, était en pleine retraite sur le Rhône. Lamarque avait pacifié la Vendée et n'avait pas marché vers Paris; comme Rapp et Lecourbe, il n'avait reçu aucun ordre.
Brune, pressé de front par un corps piémontais, harcelé de flanc par quatre à cinq mille insurgés royalistes, Dauphinois et Provençaux, se repliait sur Toulon.
Marseille, arborant le drapeau blanc à la nouvelle de Waterloo, avait chassé la garnison, les fonctionnaires de l'Empire; et d'affreux massacres, préludes de bien d'autres scènes non moins atroces, avaient déshonoré son royalisme. Decaen, Clausel, vers les Pyrénées, n'avaient eu encore aucune attaque à subir; mais l'insurrection royaliste s'organisait de tous côtés, dans le Midi.
Le 7 juillet, Bliicher et Wellington occupèrent Paris.
Pour la seconde fois en quinze mois, et presque jour pour jour, la capitale de la France subissait l'invasion étrangère. La vieille monarchie avait su la préserver de cette humiliation, pendant des siècles, même lorsque notre frontière n'était pas à quarante lieues de Montmartre; la République, dans les plus terribles circonstances, l'avait protégée aussi par la victoire, refoulant au loin la coalition des rois. L'Empire seul, par ses ambitieuses folies, soulevant contre nous et les peuples, et les aristocraties, et les souverains de l'Europe, devait apprendre au monde que Paris n'était pas inviolable.
Dans la nuit du 7 au 8 juillet, Blùcher envoya un détachement s'établir aux Tuileries et chasser les collègues de Fouché au pouvoir exécutif. A quelques heures de là, le palais de la chambre élective était fermé sous la protection de la force armée ; et, quand les représentants y arrivèrent pour continuer leur discussion de théorie constitutionnelle, on leur fit
savoir que cette pitoyable comédie de l'aveuglement, de la peur, de la trahison, avait trouvé son terme. Malheureusement, ce terme n'était pas le châtiment mérité.
Le ministre de l'intérieur venait d'envoyer aux préfets une circulaire où il disait : « Les chefs des armées alliées ont pris rengagement solennel de respecter... nos institutions, nos intérêts, nos couleurs nationales. »
Dans la journée, le drapeau blanc flottait sur les Tuileries; Louis XVIII fit son entrée dans Paris, et revint s'asseoir sur le trône qu'il avait quitté depuis trois mois et demi.
Pour arriver jusqu'à son palais, il dut traverser les bivacs prussiens établis sur la place même du Carrousel et dans les jardins des Tuileries.
Fouché était son ministre.
L'étranger et le régicide apostat, ministre anobli et doté de l'Empire; tels étaient les ouvriers de la seconde restauration.
Fouché allait recevoir bientôt le dernier prix de son labeur : la mort dans un honteux exil. L'étranger s'apprêtait à demander son salaire.
C'était la rançon de la France. Elle la paya cher.
Un million de soldats de tous les pays de l'Europe répandus sur notre territoire pendant quatre mois, vivant aux dépens de soixante départements et du trésor public; dix-huit places et forts occupés pendant trois années par cent cinquante mille Anglais, Prussiens, Allemands de la confédération entretenus par nos finances; une contribution de guerre de sept cents millions, portée à un milliard par le payement d'indemnités réclamées pardivers États et une foule d'individus étrangers ; notre frontièrede89 entamée ; un demi-million de Français retranchésde la patrie; tels furent les sacrifices imposés par la coalition ; et bien peu s'en fallut qu'à l'exemple de Napoléon aux jours de ses folles conquêtes, elle n'y ajoutât le démembrement de plusieurs de nos provinces.
Ces pertes d'argent furent bien grandes, ces pertes de 1er-