CHAPITRE SEPTIEME
porter son quartier général de Braine-le-Comte à Nivelles, replier sa cavalerie sur Arquennes, près de cette dernière ville, presser le mouvement des divisions Cooke et Alten vers les points de rassemblement précédemment assignés ; le corps de Hill dut s'avancer vers Braine-le-Comte; le corps de cavalerie prolonger sa marche vers le même point; la réserve quitter Vilvorde, Bruxelles, Hal, au point du jour, et s'avancer sur la chaussée de Bruxelles à Charleroi.
Cet ordre, on le voit, portait toute l'armée anglo-hollandaise sur sa gauche.
Il était bien tardif, et il fallait encore trois, quatre, cinq et six heures avant qu'il parvînt à destination.
Des écrivains anglais ont imaginé des explications justificatives, ils l'ont pensé du moins, de ce long retard.
Wellington avait reçu de France, ont-ils dit, des avis, et il y avait cru, qui lui donnaient l'assurance que l'attaque de Napoléon se ferait, en venant de Valenciennes ou de Maubeuge, sur sa gauche, vers Braine-le-Comte. Cela est très-possible; et on peut même trouver la trace de cette croyance dans le soin mis à fortifier la frontière de Mons à la mer, tandis que le cours de la Sambre et de la Meuse restait sans fortifications. Mais, s'il en fut ainsi, le général anglais montra une imprudence bien grande, d'autant plus grande que Napoléon, non plus que lui-même et bien d'autres, n'avait guère l'habitude de dire, à l'avance, comment il comptait exécuter telle ou telle opération.
Les mêmes écrivains ont dit aussi que Wellington avait prudemment agi en différant si longtemps le mouvement de son armée sur la gauche. Il devait attendre, ont-ils assuré, que l'attaque sur la Sambre fût bien dessinée, qu'il fût certain que ce n'était pas une attaque simulée. C'était le seul moyen d'éviter une fausse manoeuvre qui aurait tout compromis.
Mais, d'abord, le délai, si long qu'il fût, n'empêcha pas une fausse manœuvre; car l'ordre qui repliait la division Perpon-
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cher sur Nivelles lut une manœuvre fausse dans toute la force du terme; ensuite, le rassemblement des troupes, au moins par division, ne pouvait rien compromettre, que l'attaque sur Charleroi fût ou non simulée; et il faisait gagner plusieurs heures pour se préparer à tout. Mais il y a plus, c'est qu'il y avait un moyen assuré d'être prêt pour toute éventualité, sans rien compromettre : il suffisait que le général anglais se portât, dès le matin, à Braine-le-Comte ou à Nivelles, afin d'être plus rapproché des événements, et massât son armée dans une position centrale en se tenant fortement lié aux Prussiens.
Ce moyen, il ne le prit pas, et on ne saurait l'en justifier.
Dans cette journée du 15 juin, si mal employée, on ne reconnaît ni sa perspicacité si profonde, ni son coup d'œil si sûr, ni son activité habituelle.
S'il avait eu devant lui le Napoléon d'Italie et de Ratisbonne, il aurait pu payer bien cher, le lendemain, ses lenteurs prolongées.
Au reste, nous le verrons bientôt, même après avoir ordonné le mouvement qui portait son armée sur la gauche, il n'avait pas encore l'absolue conviction que son adversaire ne chercherait pas à pénétrer sur Bruxelles par Nivelles ou Braine-le- Comte; et, jusqu'au dernier jour, il devait se laisser aller à craindre cette manœuvre.
Grande faute qu'il sut réparer!