‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 99 sur 261 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

de Charleroi à Frasnes, vers dix heures et demie, par l'aide de camp Flahaut. Muni de cet ordre, qui lui prescrivait de se rendre à Frasnes, où retentissait le canon de son chef immédiat, d'Erlon s'en éloigna pour aller vers un autre champ de bataille. Mais, ce mouvement, il ne le fit pas spontanément.

11 en a dit ainsi le motif et les circonstances : « Vers onze heures ou midi, M. le maréchal Ney m'envoya l'ordre de faire prendre les armes à mon corps d'armée et de le diriger sur Frasnes et les Quatre-Bras, où je recevrais des ordres ultérieurs. Mon corps d'armée se mit donc en mouvement immédiatement; et, après avoir donné l'ordre au général qui commandait la tête de colonne de faire diligence, je pris l'avance pour voir ce qui se passait aux Quatre-Bras, où le corps du général Reille me paraissait engagé. Au delà de Frasnes, je m'arrêtai avec des généraux de la garde, où je fus joint par le général Labédoyère, qui me fit voir une note au crayon qu'il portait au maréchal Ney et qui enjoignait à ce maréchal de diriger mon corps d'armée sur Ligny. Le général Labédoyère me prévint qu'il avait déjà donné l'ordre pour ce mouvement, en faisant changer de direction à ma colonne et m'indiqua où je pourrais la rejoindre. Je pris aussitôt cette route... Le général Labédoyère avait-il la mission de faire changer de direction à ma colonne avant que d'avoir vu M. le maréchal ? Je ne le pense pas (1). »

Ce récit est confirmé par le témoignage du colonel Heymès, tout à la fois aide de camp et chef d'état-major de Ney; seulement, Heymès varie sur le nom de l'officier qui fit changer de direction au 1er corps et alla en prévenir le maréchal: il dit que ce fut le colonel Laurent (2).

(1) Documents inédits, etc.

(2) Dans une brochure publiée en 1818, et écrite, on le sait, avec le concours du général Foy,M. Gamot, beau-frère du maréchal Ney, avait attribué, avant Heymès, cette mission au colonel d'artillerie Laurent, attaché à l'élatmajor général {Réfutation, en ce qui concerne le maréchal Ney, de Voxivrage

Selon toute probabilité, nous dirions presque selon toute certitude, il y eut donc un ordre qui détourna le corps de d'Erlon de sa route et le dirigea vers Saint-Amand; et cet ordre ne fut pas donné par Napoléon (1); il fut le résultat d'une erreur, du zèle mal entendu d'un officier d'ordonnance.

Maintenant, pourquoi le 1er corps, une fois arrivé, par suite de cette erreur, près de Saint-Amand, revint-il sur Frasnes?

Le maréchal Ney a assuré « qu'il lui fut renvoyé par le général en chef (2); » Napoléon, que « Ney l'envoya chercher (3) ; » d'Erlon, « qu'il obéit aux prescriptions impératives du maréchal transmises parle général Delcambre (4). »

Contradictoires en apparence, ces assertions ne le sont pas en réalité; car elles n'excluent la possibilité ni d'un consentement, ni d'un ordre donné par l'empereur et concordant avec « les prescriptions impératives du maréchal. »

Cet ordre, ce consentement tout au moins, on doit même admettre qu'il fut donné, quand on se rappelle que l'empereur fut en communication avec d'Erlon par l'intermédiaire de l'aide de camp expédié de Fleurus pour reconnaître le 1er corps, signalé comme ennemi par Vandamme. On ne sau-

ayant pour titre : Campagne de 1815, etc., par le général Gourgaud) ; et, le 21 septembre de la même année, revenant sur ce sujet, dans une lettre adressée au Journal général, il fixait à trois heures l'arrivée du colonel Laurent près de Ney et ajoutait: a Cet officier existe; il peut attester qu'il a apporté l'ordre (de diriger le corps de d'Erlon sur Saint-Amand). »

(1) Le duc d'Elchingen rapporte ainsi une anecdote qui lui est personnelle, et qui vient à l'appui de cette conclusion : a Quelque temps après son retour de Sainte-Hélène, M. le général Bertrand, qui avait les impressions de l'empereur, et devait être pénétré de ses idées, me dit dans une conversation sur l'affaire des Quatre-Bras : Pourquoi le maréchal nous a-t-il envoyé d'Erlon sur Saint-Amand ? »

(2) Lettre du maréchal Ney à Fouché, déjà citée.

(3) Mémoires, t. IX, p. 91.

(4) Lettre de d'Erlon déjà citée (Documents inédits, etc.)

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