I. IMine, traduction Littn
nommé Gryllus, qu'on suppose, d'après le texte, d'apparence ridicule, il n'attacha pas ce nom à toutes sortes de figures plaisantes.
Voici le texte exact : « Idem (Antiphile) jocoso nomine Grylliim dericUculi habitus pinxil. Unde hoc genus jnchirœ gri/lli rocanlur. » La version de M. Littré, de même que celle de M.Quicherat, m'eut suffi, lorsque le hasard fit tomber sous mes yeux un article du Magasin pittoresque sur les curiosités du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale. L'auteur anonyme de l'article discutait le passage de Pline et donnait de si bonnes raisons à l'appui de son interprétation c^u'il faut le citer tout entier ' .
Voici la traduction que je proposerais, dit M. Chabouillet, si j'avais autorité dans l'école : « Le même peignit en caricature Gryllus au nom burlesque; d'où vient le nom de gyylles à ces sortes de peintures. » Si je ne me trompe, les traducteurs de Pline n'ont pas arrêté leur attention sur ce passage, qui n'est important que pour celui qu'intéresse sérieusement ce petit point d'archéologie. Aussi se sont-ils contentés du premier sens que les mots de l'écrivain pré-
1. J'ai su plus tard son véritable nom, et je dois d'autant momsle cacher qu'une petite révélation bibliographique rendra à Tauteur d'un livre plein d'Iiumour la part de publicité qu'il n'a jamais cherchée. L'article est de M. Anatole Chabouillet, conservateur du Cabinet des médailles, le même qui, sous un pseudonyme, prit pari, avec un historien [M. Alfred Main,û'uel], à l'adaptation française du meilleur des livres pour dérider l'homme à ses heures de marasme : Polichinelle, drame en trois actes, publié par Olivier et Tanneguy de Pcrihoét, et illustré par George Cruishanck. Paris, 1836.
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sentent à l'esprit ; ils n'ont pas songé à demander pourquoi Antiphile, ayant fait une figure grotesque, lui aurait donné le nom de Gryllus plutôt que tel autre; c'est qu'aucun d'eux, au moins de ceux que je connais, n'a songé, en traduisant ce passage, qu'il existât un Gryllus dans l'histoire. Selon moi, au contraire, il est évident qu'Antiphile fit, non. pas une figure grotesque qu'il nomma Gryllus, mais bien la caricature de Gryllus, nom célèbre dans l'antiquité, oublié aujourd'hui même des érudits ; car enfin la caricature ne prend pas d'habitude ses types dans son cerveau, elle les choisit dans le monde créé, et se contente de leur donner l'aspect ridicule, ridiculiim liabitum. Surtout la caricature, pour plaire à la multitude, s'attache volontiers aux noms célèbres et honorés, particulièrement lorsque ces noms prêtent au ridicule. Or, est-il rien de plus burlesque qu'un nom propre qui en grec, sous la forme Gryllos, est à la fois celui de deux animaux, le cochon et le congre, et qui, en latin, sous la forme Gryllus, est celui du cricri ou grillon? D'un autre côté, quoi de plus glorieux que le nom de Gryllus au temps d'Antiphile, alors que chacun savait que c'était celui du père de Xénophon, et surtout celui de son lîls? Ge second Gryllus fut, en effet, un des plus illustres guerriers de la Grèce; nonseulement il accompagna son père dans sa célèbre expédition de Perse, mais encore, au dire des Athéniens et des Thébains, c'est lui qui eut l'honneur, payé de sa vie, de porter le coup mortel à Épaminondas dans la journée de Mantinée (362 ans avant J.-C.). Ses hauts faits lui valurent une telle renommée que Diogène Laërce nous apprend qu'il fut célébré par d'innombrables panégyriques en prose et en vers. On sait, lie plus, que les Mantinéens déclarèrent que des trois mieux faisants de la journée, Gryllos, Céphisodore de Marathon et Podarès, c'était Gryllos qui devait avoir le premier rang; aussi lui avaient-ils fait rendre les derniers devoirs aux frais du trésor public; et, non contenis de cet honneur si haut prisé dans l'antiquité, ils lui avaient élevé une statue é(|uestie
non loin du théâtre. Les Athéniens n'avaient pas non plus ouhlié de rendre hommage à ce héros ; ils avaient fait peindre par Euphranor la bataille de Mantinée dans le Céramique; et, dans celte peinture, (iryllus était représenté dans l'action de tuer Épaminondas. Les Mantinéens, à tous ces honneurs que je viens de rappeler, ajoutèrent encore celui de faire placer, dans un de leurs temples, une copie de la peinture d'Euphrauor ; et pourtant, s'ils lui accordaient le prix de la valeur, ils lui contestaient la mort d'Épaminondas, qu'ils attribuaient à un certain Machœrion. Certes voilà un homme dont le nom est à la fois assez ridicule pour prêter à rire aux sots, et assez illustre pour tenter la veine comique d'un caricaturiste. Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on ose faire la chaj'ge des noms et des choses les plus dignes de respect. 11 y aura bientôt deux mille ans qu'Horace disait que les peintres et les poètes avaient également le pouvoir de tout faire entendre :
Pictoribus atque poctis
Quidlibet audendi semperfuit œqua potestas.
Ils osaient tout parodier en effet, les dieux comme les héros, la vertu comme le vice : ne voit-on pas, sur des vases ou des pierres gravées, des caricatures qui ridiculisent aussi bien la piété filiale d'Énée que l'adultère meurtrier de Clylemnestre, la naissance de Minerve et la mort du Sphinx? Je crois donc, pour revenir à notre texte de Pline, qu'Antiphile, ce célèbre rival d'Apelle, n'a pas peint, comme l'ont cru les traducteurs de l'encyclopédiste romain, grâce à la brièveté obscure de sa phrase, une figure qu'il nomma Gryllus ; mais il a peint Gryllus, dont il fut le contemporain, et dont la représentation dans le Céramique d'Athènes était encore dans tout l'éclat de la nouveauté lorsqu'il se divertit à en faire une caricature, et il le peignit sous une forme grotesque, ridicull habitus. Cette forme grotesque, on peut la deviner; sans doute il en avait fait un monstre composé des trois animaux
DE LA (.AlUCATURK ANTIQUK 73
que ijnjUos et gryUas désignaient on grec et en latin. De là le nom de grylles donné à ces peintures, dit Pline. En effet, dans la série des pierres gravées nommées grylles par les antiquaires, on remarque surtout des figures composées de t'Hes et de corps d'animau.v divers, capricieusement réunis, de manière à former des êtres monstrueux ou chimériques.
On voit au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque une vitrine qui, malheureusement, ne contient pas assez de spécimens de ces grylles, et cependant renferme la cornaline ci-dessus qui repré-
senie deux chiens et un dromadaire, le premier chien avec un bâton, laisant roffice décocher, et le dromadaire traîné par un chien penaud.
Ces sortes de caprices, dans lesquels les animaux jouent un rôle, étaient fréquents dans l'antiquité. On en rencontre peints à fresque sur les murs, gravés en creux sur des gemmes, ou en relief sur des médailles.
Une peinture trouvée, en 1745, dans les fouilles d'Herculanum, est le type de ces fantaisies encore inexpliquées. Les commentateurs n'ont pu découvrir le sens de cette allusion. « Je pense, dit le ré- *hiU;uv i][i\\\vQ Pittore antiche d' Ercolano (Nùp\cs.
1757), que cela peut être une satire parlante, faisant allusion à quelque signe particulier, exprimant dans la figure du grillon et du perroquet le • aractére de deux personnages, dont le premier avait de l'empire sur l'esprit du second. Cette satire a peut-être aussi quelque rapport h leurs noms. » Explications qui me semblent tomber devant la multiplicité de ces sujets.
Quelquefois c'était un animal fabuleux, énorme et portant des ailes aux flancs, qui traînait une toute petite sauterelle placée sur le haut d'un char (cette peinture se trouve au musée de Xaples). Un érudit a voulu voir ici Sénèque dirigeant l'empereur Néron. Je laisse le champ libre aux défricheurs d'hypothèses, préférant donner deux petites pierres gravées, plus claires que toutes les interprétations.
Comme caricature iVanimaux de la mijtholoyie héroiqiie, ilit à ce sujet Panotlva, nous trouvons au musée royal de Derlin une pâte jaune qui représente sans doute une caricature de Vassassinat (V Arjamcmnon par Clytenuwstre, laquelle est coiffée d'une lèle de chèvre par allusion à Égistlie. M. I ol-
ken, qui ignora le st mis el l'iniporlanci' de ce document, te décrit de celle manière : « In liibou, qui a une étrange ligure
H IS TOIIIE
et deux bras Jlioniiiie, élève une hache à double tranchanl pour couper la lèle d'un coq dont il a piis la crête dans une de ses griffes. »
Au premier abord, trompé par les représentalion^ (raniinaux qui se voient fréquemment sur les pierres précieuses, on est tenté de ranger dans la famille des ffrvlles la ffemme suivante :
Mais la face de cette pierre, dont il existe un moulage au Cabinet des Médailles, les inscriptions qui se trouvent desaus et dessous, enlèvent toute idée de satire ^
Une pierre gravée, du musée de Berlin, représente une souris dansant devant un rbat qui joue de
la flûte à double tuyau; sur une autre se voit une ourse foisant danser un écureuil.