IV NOTICE
remords de conscience, pour regagner quelques minutes, après avoir passé une heure à voir défiler une procession ou un régiment, — à chercher des yeux un singe ou un perroquet égarés sur les gouttières, — à écouter deux poissardes ou deux cochers de fiacre échangeant ces injures dans lesquelles s'épuise si souvent leur bravoure, — à regarder Polichinelle battant le commissaire sur son théâtre portatif, ou un escamoteur faisant sauter la muscade, — à suivre même, comme curieux, malgré les paternelles ordonnances du préfet de police, l'émeute que je contribuerai peut-être un autre jour à disperser comme soldat citoyen, — à lire les affiches sur les murailles, — enfin le plus souvent à m'extasicr devant les vitres de Martinon, d’Aubert, de Giraldon et de leurs confrères les marchands d'estampes.
D'autres ne conçoivent pas leur Paris sans l'Opéra, sans les Jlüliens, sans le Théûtre-Français et sans les galeries du Louvre. Mon Paris, à moi, serait incomplet sans ces spectacles gratis dont je viens d'énumérer quelques-uns, sans ces musées en plein air, où exposent Gavarni, Daumier, Charlet, Henri Monnier, Pigale, Grandville, Decamps, Philipon, Traviès, etc., artistes du peuple et les miens à moi aussi, profane qui, ne prétendant pas m’honorer du titre de connaisseur, ne suis pas du moins blasé encore sur aucune des sensations qu'on peut demander aux arts. Ce goût suspect a présidé au choix et à l'arrangement de mes tableaux et de mes estampes dans mon cabinet. Au-dessus du Petit Samuel de Reynolds, pieusement agenouillé, pendent les Petits Joueurs de Charlet ; en face d'une belle tête de Vierge de Sassoferrato est une piquante Cauchoise; à côté d'Ugolin exprimant toutes les angoisses de la faim, le Tam O’Shanter de Burnet chatouille le menton de l'hôtesse, pendant que son compère le savetier fait rire son hôte aux éclats ; sous Napoléon disant adieu à ses aigles, un Cocher de fiacre anglais demande son pourboire, et un Watchman agite sa crécelle; enfin un Ivrogne hollandais se balance dans son vieux cadre, sans craindre de manquer de respect à une tête angélique, peinte au pastel par Giraud, et pour laquelle je