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sculptures du moyen âge. Le masque comique était, en effet, un objet très-populaire chez les Romains, et paraît avoir été pris pour symbole de tout ce qui était plaisant et burlesque. Des scènes
comiques du théâtre, auxquelles il fut d'abord approprié, il passa dans les fêtes populaires, telles que les Lupercales, avec lesquelles, sans aucun doute, il s’introduisit dans le carnaval du moyen àge
el dans nos mascarades modernes. Chez les Romains encore, l'usage du masque fut bientôt transporté des fêtes publiques dans les soupers particuliers. L'emploi en était si commun, qu’il passa à l’état de jouet pour les enfants et qu’on s’en servait quelquefois comme d’un épouvantail pour leur faire peur. Notre figure 16, copite d’une peinture de Résina, représente deux Amours jouant avec un masque dont ils font l'usage que je viens d'indiquer en dernier lieu, c'està-dire qu’ils s'en servent pour se faire peur tour à tour; ct c'est une chose curieuse qu’au moyen âge le commentaire d'Usulio explique le mot larva, masque, en disant que c’est une image « qu'on se met sur le visage pour effrayer les enfants !. » Le masque devint ainsi un ornement en vogue, surtout pour les lampes, les sculptures d’auvents (antefira) et les gargouilles des maisons romaines, auxquelles on donnait souvent la forme de masques yrotesques, de visages monstrueux, avec d'énormes bouches, toutes grandes ouvertes, et d'autres figures, comme celles des gargouilles des architectes du moyen âge.
En même temps que le masque comique était d'un usage général dans les divertissements burlesques, il devint aussi l'accessoire distinctif de personnages particuliers. De ce nombre était le sannio ou bouffon, dont le nom venait du mot grec oavwvæs, fou, et dont le rôle consistait à exécuter des danses burlesques, à faire des grimaces ct autres gestes propres à exciter la gaieté des spectateurs. C'est un sannio que représente notre figure 17, empruntée à l’ouvrage intitulé : Dissertatio de larvis scenicis, de l’antiquaire italien Ficoroni, qui lui-même l’a donnée d’après une pierre gravée. Le sannio tient à la main qu'on voit un objet qu’on suppose être une baguctte de cuivre, et il en a probablement une autre dans Ja main qu'on ne voit pas, de manière à pouvoir les frapger l’une sur l'autre. Il porte le soccus ou soulier bas de forme, particulier aux acteurs comiques. Ce bouffon était un personnage favori chez les Romains, qui l'introduisaient constamment dans leurs fêtes et à leurs soupers. Le manducus était un autre personnage du même genre, représenté avec un masque grotesque, une large bouche et la langue pendante; il figurait spécialement, paraît-il, dans les pièces atellanes. Un personnage d’unc comédie de Plaute (Rud.,
‘« Simulacrum... quod apponitur faciei ad terrendcs parvos...» (Ugutio, ap. Ducange, v. Masca.)
IL, 6, 51) parle de se louer pour jouer comme manducus dans les comédies : ;
Quid si aliquo ad ludos me pro manduco locem ?
Les gloses du mayen âge traduisent le mot manducus par joculator (farceur, bouffon), et elles ajoutent que le trait caractéristique auquel ce personnage devait son nom, c'était la coutume adoptée par lui de faire des grimaces, comme un homme avalant sa nourriture avec gloutonnerie et des manières vulgaires.
Ficoroni donne, d’après un onyx gravé, l’image d'un autre acteur burlesque, de laquelle notre figure 18 est une copie. Il compare cet autre bouffon au danseur catanien de son temps (son livre fut publié en 1354), qu’on appelait un giangurgolo. Il passe pour représenter le mimus romain, catégorie d’acteurs qui figuraient par des grimaces et des gestes des srènes empruntées à la vie ordinaire, et plus particulièrement des anecdotes scandaleuses, indécentes, comme les baladins et les Fig. 17.
acteurs des farces du moyen age. Les Romains affectionnaient tellement ce genre de spectacle, qu'ils faisaient intervenir les mimes même dans les cortéges funèbres et les cérémonies des funérailles. Dans notre gravure le mime est représenté nu, masqué (avec un nez exagéré), et portant une coiffure qui, peut-être, est une caricature du bonnet phrygien. Il tient de la main droite un sac ou une bourse pleine d’objets qui résonnent quand il les secoue, tandis que, dans l’autre main, il a le crotalum, espèce de castagnette de métal, d’un usage commun chez
es anciens. Une statue du palais Barberini représente un jeune homme coiffé d'un bonnet phrygien et jouant du crotalum. Les écrivains de l'antiquité nous apprennent que cet instrument était employé spécialement dans les danses satyriques et burlesques, si populaires chez les Romains.
Comme je l'ai fait observer plus haut, les Romains nevaient point de goût pour le drame régulier; mais ils conservèrent jusqu’au dernier moment leur passion pour le spectacle des mimes populaires ou des comœdi (comme on les appelait souvent), des joueurs de farces et des danseurs.
Cette classe d'acteurs jouaient sur le théâtre et dans les rues, aux fêtes publiques, et ils étaient ordinairement
Fig. 18. admis dans les parties
privées 1. Suétone ra-
-conte qu'un jour l’empereur Caligula fit brûler au milieu de l’am-
phithéôtre, pour un jeu de mots, un poëête qui avait la spécialité .des Atellanes (Afellanæ poetam).
Cependant, une comédie plus régulière florissait jusqu'à un cer- Cain degré à la même époque que ces compositions plus popu- Jaires. Des ouvrages des plus anciens auteurs comiques romains, Livius Andronicus et Nævius, on ne connaît qu’un ou deux titres et quelques fragments cités dans les œuvres des écrivains romains plus rapprochés de nous. Ils furent suivis par Plaute, qui mourut 484 ans av. J.-C., et dont nous possédons dix-neuf comédies bien connues ; par plusieurs autres écrivains, dont les noms sont presque oubliés et les comédies toutes perdues ; et par Térence, dont -nous avons six comédies. Térence mourut vers l'an 159 av. J.-C.
1 Voir, pour allusions à l’usage privé de ces divertissements, Pline, Lettres I, 15, et 1X, 36.
À peu près en même temps que Térence vivaient Lucius Afranius et Quintius Atlañ qui paraissaient avoir clos la liste des auteurs comiques romains.
Mais de la satire des fêtes religieuses était née une autre branche de littérature comique. Un an après que Livius Andronicus faisait jouer la première pièce de théâtre à Rome, en l’année239avantÿ.-C., le poëte Ennius naissait à Rudies, dans la Grande-Grèce. Le vers satirique, saturnin ou fescennin, s'était peu à peu perfectionné sous le rapport de la forme, quoiqu'il füt encore bien grossier ; mais Ennius, dit-on, lui donna au moins un nouveau poli et sans doute un nouveau mètre. Le vers continua à être encore irrégulier ; toutefois il ne fut plus fait désormais, paraît-il, pour être récité avec accompagnement de flûte.
Les Romains regardaient Ennius non-seulement comme leur plus ancien poète épique, mais comme le père de la satire, genre de composition littéraire qui semble avoir pris naissance chez eux, et qu'ils revendiquaient comme leur création !, Ennius eut un imitateur dans M. Terrentius Varron. Les satires de ces premiers auteurs passent pour avoir été des compositions très-irrégulières, où la prose était mêlée aux vers, et quelquefois même le grec au latin, et pour avoir eu un but plutôt général que personnel. Mais bientôt après cette période, et un peu plus d’un siècle avant Jésus- Christ, vint Caius Lucilius, qui fit faire un pas immense à la littérature satirique romaine. Lucilius, dit-on, fut le premier qui écrivit des satires en vers héroïques ou hexamètres, auxquels il mêlait par-ci par-là, mais rarement, un vers jambique ou trochaïque. Lucilius fut plus châtié, plus piquant et plus personnel que ses prédécesseurs ; il avait en quelque sorte sauvé la salire des mains du bateleur, pour en faire un genre littéraire destiné à être lu par les personnes d'éducation, et non pas simplement écouté par le vulgaire. On dit que Lucilius écrivit trente livres de satires; il n'en reste malheureusement que quelques vers épars.
Lucilius eut des imitateurs, dont, pour la plupart, les noms sont aujourd’hui oubliés ; mais environ quarante ans après sa mort et soixante-cinq avant la venue du Christ, naquit Quintus Horatius Flaccus, le plus ancien des auteurs satiriques dont nous
1 Quintilien dit: « Satira quidem tota nostra est.» De instit. orator., liv. X, c. 1.
possédions maintenant les œuvres, et le plus élégant des poëtes romains. Au temps d'Horace, la satire romairfe avait atteint son plus haut degré de perfection. Nous avons également les œuvres de deux autres grands saliristes : Juvénal, né vers l’an 40 de l'ère chrétienne, et Perse, en l’an 45. Dans la période pendant laquelle ces poètes florissaient, Rome vit un nombre considérable d'autres auteurs satiriques du même genre ; mais leurs ouvrages ont été perdus.
Du temps de Juvénal, on signalait déjà une autre veritté du même genre littéraire, variété plus déguisée et un peu plus indirecte que l’autre, le roman satirique en prose. Trois écrivains célèbres représentent cette école. Pétrone, né vers le commencement de notre ère et mort l'an 65, est le plus remarquable. Il a composé un roman qui est la satire des vices du siècle de Néron. L’auteur v attaque des personnes réelles sous des noms supposés, ct l'œuvre égale en licence au moins tout ce qui aurait pu être dit dans les Atellanes ou dans les autres farces Ces mimes. Lucien, de Samosate, qui mourut dans un âge avancé en l'an 200, et qui, bien qu’il ait écrit en grec, peut être considéré comme appartenant à l'école romaine, a composé plusieurs satires de ce genre ; dans une des plus remarquables, intitulée Lucius ou l’Ane, l’auteur se représente comme métamorphosé en bête par un sortilége, et sous celte forme il passe par une série d'aventures qui font connaître les vices et les faiblesses de la société de ceite époque. Apulée, qui était beaucoup plus jeune que Lucien, a fait de ce roman le canevas de son Are d'or, œuvre bien plus considérable et bien plus soignée, écrite en latin. L'ouvrage d Apulée a été très-populaire dans les siècles suivants.
Revenons à la caricature romaine, dont une forme surtout semble avoir joui d’une vogue toute particulière parmi le peuple. Îl est difficile de se figurer comment a pris naissance l'histoire des Pygmées et de leurs guerres avec les grucs ; mais cette histoire remonte certainement à une haute antiquité, car ilen est fait mention dans Homère, et c'était une légende très-populaire chez les Romains, qui cherchaient avidement tous les moyens de se procurer des nains pour en faire des favoris domestiques. On trouve fréquemment les Pygmées et les grues dans les peintures d'ornementation des maisons de Pompéïe et d'Herculanum. Les peintres de Pompeï non-seulement les représentaient sous leur propre
forme, mais encore ils s’en servaient pour caricaturer les diverses occupations de la vie, scènes d'intérieur, scènes de mœurs, eonférences graves et nombre d’autres sujets, même d’une nature personnelle. Dans cette catégorie de caricatures, on donnaïl aux Pygmées ou aux nains de très-grosses têtes, avec de très-petites jambes et de très-
petits bras. Le groupe de Pygmées de notre première gravure (fig. 19) est emprunté à une peinture murale du temple de Vénus à Pompeï, et représente l’intérieur d’une cour de ferme en traits hurlesques. La construction qu’on remarque au dernier plan figure, sans doute, une meule de | foin. Devant elle, un des garçons de ferme soigne la volaille. Le personnage à l’air important qui tient la houlette sur l'épaule est peut-être l’intendant de Ja ferme, en tournée d'inspection, et sa Pig ane visite est probablement cause du déploiement d'activité des travailleurs. L'homme de droite se sert de l’asilla, joug ou perche de bois qui se portait sur l'épaule, avec le corbis ou panier suspendu à chaque bout. C'était la manière ordinaire de porter les fardeaux, et on la voit assez souvent représentée sur les œuvres d'art des Romains ; nous pourrions en citer divers exemples tirés des antiquités de Pompeï. Notre figure 20, empruntée à une pierre du Musée florentin, nous fait connaître un autre genre de caricature, l'usage d'attribuer à des animaux les actions et les travaux des hommes : elle représente une sauterelle portant l'assilla et les corbes.
Une maison privée de Pompéiïe nous offre un autre spécimen de ce type de caricature (fig. 21). La scène représentée est l'inté-
rieur de l’ate'icr d’un peintre : cette composition est surtout curicuse par les détails qu’elle nous fournit de la manière d'opérer de l'artiste. Le peintre, peu vêtu, comme la plupart des Pygmées qui
Fig. 21.
forment ordinairement ces caricatures, est occupé à faire le portrait d'un individu qui, à la façon un peu exagérée dont il s’est enveloppé dans sa toge, est évidemment un patricien à la mode, quoiqu'il soit assis nu-jambes et sans culotte, comme l'artiste luimême. L'un et l’autre se distinguent par l’ample volume de leur nez. Le chevalet employé par le peintre a beaucoup de ressemblance avec ceux dont on se sert de nos jours, et pourrait faire partie de l'atelier d’un peintre moderne. Devant le chevalet, une petite table, probablement formée d'une plaque de pierre, sert de palette à l'artiste pour étaler et mélanger ses couleurs.
A droite, un serviteur qui remplit la charge de broyeur de couleurs es! assis près d’un vase posé sur des charbons ardents, et paraît occupé à préparer des couleurs, mélangées de cire punique et d'huile, suivant la formule qu'on trouve dans les auteurs anciens. Au fond de la pièce est un élève, dont l'attention est détournée de son dessin par l'arrivée de deux petits personnages,
qui ont l'air d’être des amateurs et de s’entretenir du portrait. Derrière ces nouveaux venus se tient un oiseau; il y en avait deux, quand pour la première fois cette peinture fut exhumée. Mazois, qui la copia avant les dégradations qu’elle subit {et c’est d’après