‹ Histoire de la caricature et du grotesque dans la littérature et dans l'artChapitre 34 sur 102 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Origine du théâtre à Rome. — Usages domestiques chez les Romains. — Scènes tirées de la comédie romaine. — Le sannio et le mime. — Le drame romain. — Les auteurs satiriques romains.—La caricature. — Introduction des animaux pour personnilier des hommes.—Les pygmées et leur introduction dans la caricature: la Cour de ferme; l'Atelier du peintro; le Cortege triomphal. — La caricature politique à Pompeï: les Grafliti.

Les Romains paraissent n'avoir jamais eu de goût réel pour le drame véritable; ils l'ont simplement copié des Grecs; et dès l'époque la plus reculée de leur histoire, nous les voyons emprunter à leurs voisins tous leurs arts s’y rattachant.En Italie, commeen Grèce, on peut faire remonter l’origine des premiers essais de littérature comique aux fêtes religieuses, mélange de cérémonies sacrées et de réjouissances désordonnées. Les danses et le chant y jouaient un grand rôle; et à mesure que danseurs et chanteurs étaient exaltés par le vin, ils se lançaient réciproquement des reproches et des injures. La plus ancienne poésie des Romains, qui se composaitde vers d’un mètreirrégulier,est représentée par les versus Saturnini, qu'on dit avoir été appelés ainsi à cause de leur antiquité (car les choses d'une antiquité reculée passaient pour appartenir au temps de Saturne). Nævius, un des plus anciens poûtes latins, employait, dit-on, ce mètre. Ensuite, par ordre de date, sont venus les vers Fescennins, distingués surtout pour leur licence, et importés, comme Jeur nom l'indique, deFescennia, ville d'Étrurie où se célébraient les grandes fêtes de Cérès et de Bacchus. En l’année 391 de Rome et 361 avant J.-C., la ville fut désolée par une épidémie terrible, et les habitants eurent recours à un expédient qui nous semblerait passablement étrange, celui d'envoyer chercher en Étrurie des acteurs (ludiones), par le jeu desquels ils espéraient apaiser la colère des dieux. Îl parait qu'avant cette époque les Romains connaissaient si peu ce genre d’acteurs, que le nom servant à les désigner n'existait même pas dans leur langue, et qu'ils furent obli-

gés d'adopter le mot spécial toscan et de les appeler hisfrions (hisler, en toscan, signifiait un joueur ou un pantomime). Ce mot, on le sait, est resté dans la langue latine. Ces premicrs artistes étruriens paraissent, en effet, avoir été de simples pantomimes, qui exécutaient aux sons deleurflûte toutes sortesde tours de saltimbanque, de danses, de poses, de gestes, et autres drôieries analogues, mêlés de chants satiriques, et quelquefois de représentations de farces grossières. Les Romains avaient aussi un genre de spectacle d’un caractère un peu plus théâtral : il consistait à représenter des scènes appelées Fabulæ Atellanæ, parce que ceux qui les jouaient venaient d'Atella, ville du pays des Osques.

L’art dramatique, à Rome, fit de grands progrès, vers le milieu du troisième siècle av. J.-C. L’honneur en revient à un affranchi du nom de Livius Andronicus, Grec de naissance, qui, dit-on, fit paraître, en l’an 240 av. J.-C., la première véritable comédie qui eût jamais été jouée à Rome. C’est directement aux Grecs ou aux colonies grecques de l'Italie qu'il faut faire remonter l’origine, nonseulement de la comédie romaine, mais même des premiers éléments de l’art dramatique à Rome.

Chez les Romains comme chez les Grecs, le théâtre était une institution populaire. L’Etat ou un individu riche payait les frais des représentations publiques ; par conséquent, l'édifice où ces représentations avaient lieu était nécessairement de très-grande dimension, et, dans les deux pays, à ciel ouvert. Les Romains, toutefois, curent la précaution de le faire couvrir d'un velum. Comme la comédie romaine était copiée de la comédie nouvelle des Grecs, et comme dès lors elle n’admettait pas l'introduction de la caricature et du burlesque sur la scène, ces derniers divertissements demeurèrent spécialement du domaine de la pantomine et de la farce, que les Romains, ainsi qu'il a été dit, connaissaient déjà depuis un temps plus éloigné.

Les Romains empruntèrent-ils ou non aux Grecs l’usage du masque ? C’est ce qu’on ne saurait affirmer. Dans tous les cas, on se servait généralement du masque sur les théâtres romains, soit dans la comédie, soit dans la tragédie, comme chez les Grecs. Les acteurs grecs jouaient montés sur des échasses pour se grandir, attendu que, la scène occupant un espace considérable et le théâtre n'étant pas couvert, on les aurait moins bien vus de loin sans cette précaution. Les masques, de leur côté, avaient cela d’utile qu'ils

donnaient à la tête une grosseur proportionnée aux dimensions de la taille artifieielle du corps. On peut remarquer que le masque semble en général avoir été fait pour couvrir toute la tête, en représentant les cheveux aussi bien que le visage, de sorte qu'on pouvait reproduire complétement l'âge ou le teint des personnages.

Fig. 13.

Chez les Romains, les échasses n'étaient certainement pas d'un usage général; mais on suppose que le masque, outre son emploi dans la comédie ou dans la tragédie, servait encore à d’autres fins utiles. Le premier perfectionnement apporté à sa confection primitive consista, dit-on, à le faire de cuivre ou de quelque autre mé-

tal sonore, ou à en garnir au moins la bouche, de manière que le métal pût renvoyer le son de la voix et lui prêter de la force; on donnait aussi à la bouche du masque quelque chose de la forme d’un porte-voix !. Tous ces accessoires ne pouvaient manquer de diminuer beaucoup l'effet du jeu scénique, qui, réduit à une simple affaire de forme, devait, en général, être très-borné et tirer la majeure partie de son importance du mérite de la poésie et du talent de déclamation des acteurs. Nous avons des dessins et des peintures représentant exactement des scènes jouées sur le théâtre ro nain. Îl existe des manuscrits assez anciens de Térence, ornés

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Fig. 14.

de dessins représentant les scènes telles qu’elles se jouaient sur le théâtre ; et ces dessins, bien qu’ils appartiennent à une époque de beaucoup postérieure au temps où le théâtre romain existait avec son caractère primitif, sont indubitablement des copies de dessins d’une date plus éloignée. Un antiquaire allemand du siècle dernier, Henri Berger, a publié en un volume in-4° une série de dessins semblables tirés d’un manuscrit de Térence conservé à la bibliothèque du Vatican, à Rome. Nous en choisissons deux, afin de faire voir le type ordinaire du jeu scénique des Romains et l’usage

1 C'est de cette circonstance, dit-on, que le masque reçut son nom latin: persona, a personando. Voir Aulu-Gelle, Nuits attiques, liv. V, c. vu.

qu'ils faisaient du masque. Le premier de ces dessins (fig. 13) représente la scène d'ouverture de l'Andria. À droite, deux serviteurs ont apporté des provisions, et à gauche paraît Simon, maître de la maison, et son affranchi Sosie, à qui semble être confié le soin des affaires domestiques de Simon. Celui-ci commande à ses serviteurs de se retirer avec les provisions, tandis qu'il fait signe de la main à Sosic de rester pour conférer avec lui en particulier :

Simox. — Vosistæc intro auferte; abite. Sosia, Adesdum; paucis te volo.

SosiE. — Dictum puta Nempe ut curentur recte h:rc.

SIMON. — Îmo aliud.

(TÉRENCE, Andria, act. [, sc. 11.)

Quand on compare ces mots avec l'illustration, on ne peuts’empêcher de remarquer qu'il v a dans la pose des personnages une exagération inutile; ce qui est peut-être moins le cas dans l’autre dessin fig. 44), reproduction de la cinquième scène du cinquième acte des Adelphes de Térence. Il représente la rencontre de Géta, serviteur passablement bavard et suffisant, avec Dernée, vieillard rustique et grossier, l’une de ses connaissances, et naturellement son supérieur. Au salut que lui fait Géta, Demée répond en lui demandant durement, comme si tout d'abord il ne le reconnaissait pas : « Qui êtes-vous? » Mais quand il s'aperçoit que c'est Géta, il change tout à coup de ton et devient presque affable :

G. — … Sed eccum Demeam. Salvus fies.

D. — Oh, qui vocare ?..

G. — Geta…

D. — Geta, hominem maximi Pretii esse Le hodic judicavi animo meo.

Les scènes représentées par les peintures murales de Pompeïe ne nous laissent plus lieu de douter de la fidélité de ces dessins. Notre figure 45 reproduit une de ces scènes, prise sans doute d'une comédie maintenant perdue, et nous isnorons quels personnages représentent les acteurs. La pose donnteaux deux figures comiques, comparée à celle des personnages du dessin emprunté à Berger, nous porterait à supposer que l’exagération dans les gestes était considérée comme une des règles du jeu scénique.

L'étude des masques romains est d’autant plus intéressante, qu’à ces masques on doit probablement attribuer l'origine de plus d'une de ces farces grotesques qu’on rencontre si souvent dans les

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