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Fig. 22.
qui évidemment avait pour objet une caricature, et probablement une parodie. Tous les Pygmées y sont couronnés de lauriers , comme si le peintre avait voulu tourner en ridicule un triomphe: où avait eu lieu un déploiement de pompe exagérée, ou bien unecérémonie publique, peut-être une cérémonie religieuse. Les deux personnages de gauche, vêtus d’habillements jaunes et verts, paraissent se disputer la possession d’un vase contenant un liquide. L'un d'eux a un cerceau passé par- dessus l'épaule, ainsi que les deux personnages de droite, dont le premier, vêtu de violet, tient à la main droite un bâton et à la main gruche une Stituette, probablement celle d'une divinité, mais dont onne peut distinguer les attributs. Le dernier personnage de droite a une robe ou fun manteau de deux couleurs, rouge et vert, et tient à la main une
1 'Eri roy xarniwv, Problem. Arislolelic., sec. X, 7.
branche de lis ou d'une plante analogue ; le reste de la composition est perdu. Au centre , et sur le second plan, un cinquième personnage, qui paraît plus jeune et d'une mise plus recherchée que les autres, semble les commander ou les diriger. Son vêtement est roue.
On ne saurait douter que la caricature politique et personnelle ait fleuri chez les Romains; les œuvres d’artde l'époque en offrent des exemples nombreux, principalement les pierres gravées ; mais celles-ci sont pour la plupart d’un genre que nous ne pourrions
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Fig. 23.
convenablement reproduire ici. Toutefois Pompeï, cette mine féconde, nous fournit un échantillon de ce qu’on peut, à proprement parler, considérer comme une caricature politique. L’an 59 de l'ère chrétienne, à un combat de gladiateurs donné dans l’amphithéâtre de Pompeï, et auquel assistaient les habitants de Nucérie, ceux-ci s'exprimèrent en termes si méprisants sur le compte des Pompeïens, qu’il s'en suivit une querelle violente, qui dégénéra en une rixe générale des habitants des deux villes. Les Nucériens , qui avaient eu le dessous, portèrent leur plainte devant l’empereur alors régnant, Néron, lequel leur donna gain de cause, et con= damna le peuple de Pompeï à s'abstenir de tout divertissement héâtral durant dix ans. Les sentiments qui animèrent les Pom-
peiens à cette occasion sont traduits dans l’ébauche grossière dont notre figure 23 donne le fac-simile, et qui a été griffonnée sur le plâtre du mur extérieur d'une maison située dans la rue à laquelle les antiquaires italiens ont donné le nom de rue de Mercure. Un personnage, armé de pied en cap, la tête couverte de ce qu'on pourrait prendre pour un casque du moyen âge, desceM les marches d'un amphithéâtre. Il porte à la main une branche de palmier, emblème de la victoire. À côté de lui est une autre palme toute droite, au-
Fig. 25
dessous de laquelle on lit cette inscription en latin assez rusti-
que : CAMPANI VICTORIA UNA CUM NUCERINIS PERISTIS. « À Campa-
niens, vous avez péri dans la vicloire, ensemble avec les Nucé-
riens. » L'autre coin de la composition est d'un dessin plus grossier
et plus hâté. On a supposé qu'il représentait un des vainqueurs
traînant un prisonnier, les bras liés, et qu'il veut faire monter
par une échelle sur un théâtre ou une plate-forme, où il devait sans doute être exposé aux risées de la populace. Quatre ans après cet événement, Pompeï fut terriblement endommagé par un tremblement de terre, et scize ans plus tard survint la fameuse éruption du Vésuve, qui ensevelit la ville et la laissa dans l’état où on la +etrouve anjourd’hui.
Cette curicuse caricature appartient à un genre de monuments auxquels les archéologues on donné techniquement le nom italien de graffiti, griffonnages, barbouillages, dont un grand nombre, consistant principalement en inscriptions de toute espèce, ont été trouvés sur les murs de Pompeï. On en rencontre aussi dans les ruines d'autres habitations romaines. Un spécimen recueilli à Rome même est surtout digne d'intérêt. Dans le cours des modifications et des agrandissements successivement faits au palais des Césars, on avait jugé nécessaire d'élever une construction au-dessus d’une rue étroite qui coupait le mont Palatin, et, pour donner un point d'appui à la bâtisse supérieure, on avait, au moyen d’un mur, obstrué une portion de la rue. Vers l’année 1857, des fouilles révélèrent cette rue tout à coup, et les murs rendus ainsi à la lumière furent trouvés couverts de ces graffiti. L'un d’eux attira tout particulièrement l'attention. Enlevé avec soin, il fut transporté au Musée du Collegio Romano, où chacun peut le voir aujourd'hui. C’est la caricature d’un chrétien nommé Alexamenos, faite par un adver- Saire de la doctrine chrétienne. Le Sauveur cest représenté sous la forme d’un homme avec une tête d'âne, fixé sur une croix, etle chrétien Alexamenos se tient debout, à côté de la croix, dans l’attitude de l’adoration particulière à l’époque. |
Au-dessous on lit cette inscription : AAEEAMENOS CEBETE (pour ceéetat) OEON. « Alexamenos adore Dieu.» Ce curicux dessin, qu’on peut ranger parmi les témoignages les plus anciens et les plus intéressants de la vérité de l’histoire de l'Évangile, est reproduit par notre figure 24. Il remonte à l'époque où le paganisme était
encore la religion dominante, et où tout chrétien était un objet de anépris.