CHAPITRE III
Période de transition de l'antiquité au moyen âge. — Les mimes romains continuent d'exisiter. — Divertissements des après-diners teutoniques. — Satires cléricales : l'évèque Hériger et le rèveur ; le souper des saints. — Transition de l’art ancien à l'art du moyen âge. — Goùt pour les animaux monstrueux, les dragons, etc. ; l'église de San Fedele à Côme. — L'esprit de la caricature et l'amour du grotesque chez les Anglo-Saxons. — Images grotesques des démons. — Tendance naturelle des premiers artistes du moyen âge à dessiner des caricatures. — Exemples tirés des manuscrits et des sculptures de la première époque.
La transition de l'antiquité à ce qu’on entend ordinairement par Ja dénomination de moyen âge a été lente et s’est longtemps pro- Jongée. Durant cette période, une grande partie de ce qui constituait la société ancienne fut détruite, en même temps que ce qui survivait encore passait à une vie nouvelle. On sait très-peu de chose de la littérature comique de cette époque de transition; les écrits qui nous en restent consistent principalement en lourdes élucubrations théologiques et en Vies des saints. L'art scénique dans sa forme tout à fait dramatique, — théâtre et amphithéâtre, — avait disparu. À vrai dire, et nous en avons déjà fait la remarque, le drame pur paraît n’avoir jamais joui d’une grande vitalité chez les Romains, dont les goûts s'accommodaient beaucoup mieux du jeu vulgaire des mimes et des bouffons, et des scènes sauvages de l’amphithéâtre. Alors que, selon toute probabilité, les comédies représentées, telles que celles de Plaute et de Térence, avaient bientôt passé de mode, et que des tragédies comme celles de Sénèque n'étaient écrites que comme des compositions littéraires, des imitations des œuvres analogues qui occupaient un rang si remarquable dans la littérature grecque, les Romaius de toutes les classes faisaient leurs délices
des poses libres de leurs mimes ou de leurs chants, et de leurs récits non moins libres.
Le théâtre et l’amphithéâtre étaient des institutions entretenues aux frais de l’État, et, comme nous venons de l’exposer, ilsdisparurent avec la chute de l’empire d'Occident. Si l’on continua à utiliser l’amphithéâtre (ce qui fut sans doute le cas dans quelques contrées de l'Europe occidentale), à ses spectacles sanguinaires succédèrent les exhibitions plus innocentes d’ours dansants et d'autres animaux apprivoisés!; car la cruauté réfléchie n'était pas le trait caractéristique de la race teutonique ; mais les mimes, les acteurs qui chantaient des chansons et récitaient des histoires avec accompagnement de danse et de musique, survécurent à la chute de l'empire et furent toujours aussi populaires que jamais. Saint Aus gustin, au quatrième siècle, traite ces divertissements de nefaria, de choses détestables, et dit qu'ils avaient lieu la nuit %. Le Capitulaire de Childebert interdit de passer les nuits à boire, à tenir des propos grossiers, à chanter %. En l’an 589, le Concile de Narbonne publia la même interdiction #. En 313, le concile de Mayence qualifie ces chants d’impurs et de licencicux ({urpia atque luxuriosa), et celui de Paris les taxe d’obscènes et d’impurs (obscæna et turpia) ; tandis que par un autre ils sont déclarés « frivoles et diaboliques. » À en juger par les termes acerbes dans lesquels sont rédigées ces ordonnances ccclésiastiques, il est probable que ces divertissements continuent de conserver de nombreux traits de leur ancien Caractère paien. Ce fait curieux, que ces Capitulaires et ces actes des Conciles en parlent comme étant encore en usage dans les fêtes religicuses, et même dans les églises, montre combien les vieux sentiments de la race étaient restés vivaces dans les classes inférieures, longtemps après la conversion de celles-ci au christianisme.
Ces chansons, comme on les appelle, nan-seulement retinrent
1 À ce sujet, voir History of domestic manners and sentiments, par Th. Wright, p.65. L’ours dansant parait avoir été un acteur favori chez les Germains à une époque très-éloignée.
3 « Per totam noctem santabantur hic nefaria et a cantatoribus saltabatur. » (Augustini Sermon., 331, part. V.)
5 « Noctes pervigiles cum ebrietate, scurrilitate, velcanticis. x Woir le Capi-
tulaire dans les Conciles de Labbe, vol. V.
4 « Ut populi.. saltationibus et turpibus invigilant canticis. »
leur caractère de satire générale, mais encore de satire personnelle; elles racontaicnt des histoires scandaleuses sur des personnes vivantes et bien connues de ceux qui les entendaient. Ün Capitulaire du roi franc Childéric HE, publié en l’année 744, est dirigé contre ceux qui composent et chantent des chansons pour diffamer autrui (in blasphemium allerius, suivant le langage énergique de l'original}, et il est évident que ce genre de délit était très-commun, car il en est fait assez souvent mention dans des documents de cette espè:e, de date moins reculée, et cela dans les mêmes termes ou dans des termes ayant le même sens. Ainsi, un des résultats de la chute de l’empire romain a été de laisser la littérature comique presque dans le même état où l'avaient trouvée Thespis en Grèce et Livius Andronicus à Rome. Cette littérature ne renfermait rien qui fût contraire aux sentiments des races nouvelles qui s'étaient désormais implantées dans les provinces romaines.
Les nations teutoniques et scandinaves avaicnt sans doute leurs fêtes populaires, dans lesquelles dominaient la gaieté et le burlesque, quoique nous Connaissions peu de chose à ce sujet; mais leurs mœurs domestiques présentaient des circonstances qui impliquaient la nécessité de se divertir. Après le repas, qui avait lieu relativement de bonne heure, la salle à manger de l’ancien Teuton était, surtout dans les sombres mois de l'hiver, le théâtre de longues séances autour de la table du banquet, séances où l'on buvait et où l’on jasait beaucoup. Or, de pareilles conversations, on le conçoit, ne pouvaient conserver longtemps un ton bieu sérieux. Dans son histoire du poite Cœdmon, Bède nous apprend qu'au septième siècle c'était l’usage, chez les Anglo-Saxons, que tous les convives d’un festin chantassent, à tour de rôle, en s'accompagnant d’un instrument. La suite de l'histoire nous fait supposer que ces chants étaient des improvisations, ayant probablement pour sujets des légendes fabuleuses, des récits d'aventures personnelles, l'éloge de soi-même ou le dénigrement de ses ennemis. Î y avait ordinairement, paraît-il, dans Ia maison du chef, un individu qui jouait le rôle de satiriste, ou, comme nous dirions peut-être anjourd’hui, de comédien. C'est une position de cette espèce que semble occuper Humferth dans Beowulf, et, dans les romans postéricurs, sir Kay à la cour du roi Arthur.
À une époque plus rapprochée de nous, la place de ces héros fut
remplie par le fou de la cour. Le mime romain a dù être le bienvenu aux festins des Teutons, et il y a tout lieu de penser qu’il y fut cordialement accueilli. Les divertissements de la salle du banquet passèrent bicntôt des hôtes à des acteurs de ce genre loués exprès, et nous les trouvons représentés dans les enluminures des manuscrits anglo-saxons 1,
Parmi les amusements auxquels les Anglo-Saxons des premiers temps se livraient après leurs repas, il faut citer les énigmes qui, sous toutes les formes, présentent quelques-uns des traits qui constituent le comique, et peuvent prêter considérablement au rire. Le pieux Aldhelm condescendit à écrire de ces énigmes en vers latins, destinées naturellement à figurer au dessert du clergé. Dans les réunions des anciens temps, le vers était la forme ordinairement usitée pour rendre les idées. La célèbre collection de poésies anglo-saxonnes connue sous le titre de Exeler Book se compose en grande partie d'énigmes, et ce goût pour les énigmes a continué d'exister jusqu’à notre époque. Mais d’autres formes de divertissements, si tant est qu’elles n’existassent pas déjà, ne tardèrent pas à être introduites. Dans un curieux poëme latin, qui remonte au delà du douzième siècle, dont il ne nous reste que des fragments publiés sous le titre de Ruodlied, et qui paraît être la traduction d’un roman allemand beaucoup plus ancien, on trouve une description intéressante des divertissements donnés à la suite d'un diner d’un grand chef ou roi teuton. D'abord cut lieu, raconte le poëme, une grande distribution de riches présents, ensuite on montra des animaux étranges, et entre autres des ours apprivoisés. Ces ours se tenaient debout sur leurs pattes de derrière et imitaient quelques-uns des gestes de l’homme, et lorsque les ménestrels (mimi) entrèrent et jouèrent de leurs instruments de musique, ces animaux se mirent à danser en mesure et à faire toute sorte de tours merveilleux :
EtPariles PS dune 4 a sé vee nes Qui vas tollebant ut homo, bipedesque gerebant.
1 Pour plus amples informations à ce sujet, voir l'ouvrage déjà cité: History of domestic manners, elc.: « Histoire des mœurs et des sentiments domestiques, » p. 33-37.
Mimi quando fides digitis tangunt modulantes, Ni saltabant, neumas pedibus variabant.
Interdum saliunt seseque super jaciebant, Alterutrum dorso se portabant residendo, Amplexando se, luctando deficiunt se.
Ensuite vinrent les danseuses, auxquelles succédèrent d'autres représentations !.
Quoique ces plaisirs fussent proscrits par les lois écclésiastiques, ils n'étaient pas vus avec défaveur par les prêtres eux-mêmes, qui, au contraire, se divertissaient après leur diner autant que qui que ce füt. Les lois contre les chants profanes sont souvent faites pour atteindre spécialement le clergé, et il est évident que chez les Anglo-Saxons, aussi bien que sur le continent, non-seulement les prêtres et les moines, mais les nonnes aussi, dans leur passion pour ces amusements, dépassaient de beaucoup les bornes de la décence ?. Ces divertissements ont été le berceau de la littérature comique ; mais comme cette littérature, aux premiers âges de son histoire, était rarement confiée à l’écriture, elle a été presque entièrement perdue. Cependant, à la table des ecclésiastiques, ces histoires étaient quelquefois racontées en vers latins, et comme le latin n’était pas aussi facilement retenu par la mémoire que l’idiome du pays, on les écrivait quelquefois dans cette langue, celle de l'Église et de la science, et c'est ainsi qu'heureusement quelques spécimens d’ancienne littérature comique nous ont été conservés. Îls se composent principalement d'histoires populaires qui comptaient parmi les amusements favoris de la société au moyen âge, — histoires dont un grand nombre proviennent de la période la plus ancienne de l'histoire de la race anglo-saxonne, ct que les paysans actuels de la Grande-Bretagne se plaisent encore à raconter. Telles sont les histoires de l'Enfant de la neige et dn Chasseur menteur,
1 Ce curieux poëme latin a été imprimé par Grimm et Schmeller, dans leur Lateinische Gedichte des À und XI jh., p. 1929.
? Sur le caractère des nonnes chez les Anglo-Saxons et, en somme, des ha-— bitants des monastères en général, le lecteur peut consulter l'excellent et intéressant ouvrage de M. John Thrupp: The anglo-saxon Home, elc.: « la Maison anglo-saxonne: histoire des institutions et des coutumes domestiques de l’Angleterre du cinquième au onzième siècle.s Londres, 1862.
conservées dans un manuscrit du onzième siècle !. La première de ces histoires Ctait très-populaire au moyen âge. Selon cette ancierne version, un marchand de Constance, en Suisse, fut retenu à l'étranger durant plusieurs années ; pendant cette longuc absence, sa femme mit au monde un enfant. Au retour de son mari, pour se disculper, elle lui raconta que, par une froide journée d'hiver, elle avait conçu. Le mari, dans le but de se venger, emporta l'enfant et le vendit comme esclave ; revenu au logis, il dit à la mère que l'enfant, qui était né de la neige, avait fondu au soleil par une forte chaleur.
Quelques-nnes de ces histoires étaient tirées de différentes collections de fables qui faisaient partie de la littérature en vogue dans la dernière période romaine. Nous avons encore l'histoire assez risible d’un âne appartenant à deux sœurs, dans un couvent de religieuses, et qui fut dévoré par un loup. Üne chose curieuse, c'est l'empressement que le clergé, au moyen âge, mit à imiter ses prédécesseurs païens en parodiant des sujets ou des actes religieux ; nous en avons un ou deux exemples des plus curieux?. Les visites au purgatoire, à l'enfer et au paradis, en corps ou en esprit, furent à la mode au commencement du moyen âge, et fournirent d'exce!lents matériaux à la satire. Dans une histoire en vers latins, conservée dans un manuscrit du onzième siècle, il est raconté qu'un prophète ou visionnaire alla trouver Hériger , archevêque de Mayence de 912 à 996, et lui dit que, dans un songe qu'il avait eu, il avait été transporté dans les régions inférieures, qu il lui décrivit comme un endroit entouré de bois touffus. C'était l'idée que les Teutons se faisaient de l'enfer et, à la vérité, de tous les endroits où des populations s’établissaient, Hériger répliqua en plaisantant qu'il y enverrait ses pâtres pour y engraisser ses porcs maigres. Chaque mark ou terre appartenant à une famille ou à un clan, dans les anciens établissements teutons, était entourée de bois, où tous les membres du clan avaient le droit de chasser et de faire
1 On les trouvera dans les Poésies populaires lalines antérieures au douzsième siècle, de L, £délestant Duméril, p. 275, 276.
Cette histoire et la suivante en vers, de laquelle je parle immélliatement après, ont été imprimées dans le Alt deutsche Blatter, édité par Moritz Haupt et Heinrich Hoffmann, vol. I, p. 390-392. C’est moi qui les leur ai communiquées d'après un manuscrit de la bibliothèque de l'Université do Cambridge.
paitre leurs porcs pour les engraisser. L'homme au songe ajouta qu’il avait ensuite été enlevé au ciel, où il avait vu le Christ se mettre à table et manger. Jean-Baptiste remplissait les fonctions de sommelier et servait d'’excellent vin à la ronde aux saints qui étaient les hôtes du Seigneur. Saint Pierre était le chef de cuisine, Après quelques observations sur les charges de ces deux enplois. l'archevêque Hériger demanda à son interlocuteur comment il avait été reçu dans le palais céleste, à quelle place il s'était assis, quels mets il avait eus. L'autre répondit qu’il s'était assis dans un coin, avait dérobé aux cuisiniers un morceau de foie qu'il avait mangé, et qu'ensuite il était parti. Hériger, alors, au lieu de récompenser le narrateur de ses informations, le condamna, sur son propre aveu, comme voleur. En conséquence, l’homme fut attaché à un poteau et fouetté de verges :
Heriger illum Jussit ad palum Loris ligari, Scopisque cϾdi, Sermone duro Hunc arguendo.
Ces vers sont un échantillon de la versification latine populaire employée pour ces histoires que débitaient les moines à la suite de leurs dîners.
La plus remarquable de ces anciennes parodies de sujets religieux est celle qu’on peut désigner comme le souper des saints, et qui porte simplement le titre de Cæna (la Cène). On l'a faussement attribuée à saint Cyprien, qui vivait au troisième siècle; c'est au dixième siècle qu’elle appartient. Le professeur Endlicher l'a imprimée d’après un manuscrit de celte époque à Vienne. Elle était si populaire, qu'on a découvert et constaté qu’elle a existé sous différentes formes en vers et en prose. C’est unc espèce de farce, fondée sur les fameuses noces où le Sauveur changea l’eau en vin; le miracle, toutefois, n’y a pas été intercalé. C’est un grand roi de l'Orient, nommé Zoel, qui, à propos de ses noces, donne une fête à Cana en Galilée. Les personnages invités appartienneat tous à l'Écriture, en commencant par Adam. Avant la fête, on se have dans le Jourdain. Le nombre des convives est si grand, qu'on ne peut se procurer assez de siéges et qu’on se place comme on peut.
Adam prend la première place, et s'assied au milieu de l'assemblée, ayant à son côté Éve qui, elle, s’assicd sur des feuilles (super folia) — des feuilles de figuier, probablement ; — Caïn s'assied sur une charrue, Abel sur un seau à lait, Noé sur une arche, Japhet sur un toit de tuiles, Abraham sur un arbre, Isaac sur un autel, Loth près de la porte, et ainsi des autres, dont la liste est longue. Deux invités sont obligés de se tenir debout : Paul, qui en prend patiemment son parti, et Ésaü, qui grogne, tandis que Job se plaint amèrement d’être contraint de s'asseoir sur un tas de fumier. Moïse et d'autres, qui viennent tard, ne trouvent de sitges que dehors. Lorsque le roi voit tous ses hôtes arrivés, il les mène à sa garderobe, et là, conformément à l'esprit de générosité du moyen âge, il leur distribue des vêtements, comportant tous quelque allusion burlesque au caractère particulier de chacun. Avant qu’il soit permis aux convives de prendre place au banquet, ils sont obligés de passer par d’autres cérémonies qui, ainsi que le menu, sont décrites dans le même style caricatural. Les vins, dont la variété est grande, sont servis aux convives avec les mêmes allusions à leur position individuelle; mais d’aucuns se plaignent que les vins sont frelatés, quoique Jonas fût le sommelier. De la même manière sont décrites les cérémonies qui suivent le diner, telles que l’ablution des mains et le dessert, pour lequel Adam donne des pommes et Samson du miel. De son côté, David joue de la harpe, Marie du tambourin, Jubal du psaltérion, tandis qu’Asaël chante des chansons, que Judith mène les rondes, et que Hérodiade se livre à la danse.
Tunc Adam poma ministrat, Samson favi dulcia. David citharam percussit, et Maria tympana.
Judith choreas ducebat, et Jubal psalteria.
Asael metra canebat, saltabat Herodias.
Mambrès divertit la compagnie avec ses tours de magie ; puis viennent les autres incidents d’une fête du moyen Âge; et l’histoire continue ainsi jusqu’au bout sur le même ton burlesque!. A mesure que nous avançons, nous voyons ces formes primitives de
1 Le texte de cette singulière composition, avec la liste complète des différentes formes sous lesquelles elle a été publiée, se trouve dansles Poësies populaires latines antérieures au douzième siècle, de M. Duméril, p. 193.
la littérature comique au moyen âge prendre un grand développement.
La période qui s’écoula entre l’antiquité et le moyen âge fut une époque de destruction si générale, que l’abîme qui sépare l’art ancien de l’art nouveau nous semble plus grand et plus profond qu’il ne le fut réellement. Le manque de monuments nous empêche sans doute de voir le changement graduel qui s'opère de l’un à l'autre; néanmoins, il subsiste assez de faits pour nous convaincre que ce changement ne fut pas subit. En effet, il est généralement admis aujourd'hui que la connaissance et la pratique des arts et des industries des Romains se transmirent de maitre en élève après la chute de l'empire. De la sorte la décadence de la maind'œuvre, qui allait en déclinant sous le rapport du mérite dans les derniers temps de l'empire, ne fit que continuer. Ainsi, les ouvriers employés dans la construction des premiers monuments chrétiens, ou du moins beaucoup d’entre eux, doivent avoir été palens.
Ces artistes suivirent leurs anciens modèles d’ornementation, introduisant dans ces édifices les mèmes figures grotesques, les mêmes masques, les mêmes visages monstrueux, quelquefois jusqu'aux mêmes sujets, tirés de la mythologie antique, auxquels ils étaient accoutumés. Il faut observer aussi que cette espèce d'ornementation iconographique avait empiété de plus en plus sur l’ancienne pureté architecturale pendant les derniers siècles de l’empire, et qu'on en usa avec plus de profusion dans les œuvres qui suivirent, d'où le goût s’en transmit à l'architecture ecclésiastique et à l'architecture domestique du moyen âge. La conversion subséquente des ouvriers eux-mêmes au christianisme n'empêcha pas que, trouvant toujours des figures et des cmblè.nes païens dans leurs modèles, ils continuassent à les imiter, tantôt en se conten= tant de les copier, tantôt en les tournant à la caricature et au burlesque. Cette tendance se maintint si longtemps que, à une époque bien plus rapprochée, où il existait encore des restes d'édifives romains, les architectes du moyen âge les prirent pour modèles, et n’hésitèrent pas à en copier la sculpture, quoique évidemment elle eût un caractère païen. La figure % ci-contre représente une console de l’église du Mont-Majour, en Provence, construite au dixième siècle. Elle a pour sujet une tête mangeant un enfant, et. il n'est guère douteux qu'on n'ait eu pour but de faire la caricature de Saturne dévorant un de ses enfants.
Quelquefois, se méprenant sur les dessins emblématiques des Romains, les sculpteurs du moyen âge en ont fait de fausses applications, et ont donné un sens allégorique à ce qui, dans la pensée du dessinateur primitif, n'avait été ni emblématique ni allégorique. Îl en est résulté que les sujets mêmes finirent par devenir extrèmement confus. Ils usaient volontiers de ce genre de parodie, qui consistait à représenter des animaux faisant les actions des hommes, et ils avaient un goût très-prononcé pour les monstres de toute
espèce, particulièrement pour ceux qui étaient formés de parties d'animaux hétérogènes, réunies ensemble, contrairement au précepte d'Horace :
Humano capiti cervicem pictor equinam Jungere si velit, et varias inducere plumas,
Undique collatis membris, ut turpiter atrum Desinat in piscem mulier formosa superne; Spectatum admissi risum teneatis, amici ?
Les architectes du moyen âge affectionnaient ces ornementations; ils trouvaient moyen de les fourrer partout; nous en avons des preuves multipliées. La ville italienne de Côme possède une église très-ancienne et très-remarquable, dédiée à saint Fidèle ; on fait remonter au cinquième siècle la construction de cet édifice. Les sculptures surtout qui ornent le portäil, dont le sommet est triangulaire, sont fort curieuses. L’une d'elles, reproduite dans notre figure 25, nous montre, dans un compartiment à gauche, un ange tenant d’une main un nain (probablement un enfant) par une mèche de cheveux, et d’un geste de l'autre main appelant l'attention de cet enfant sur un personnage assis dans le compartiment placé au-dessous. Ce dernier paraît avoir une tête de mouton; et, comme la tête est entourée d’un grand nimbe, ct que la main droite est levée dans l'attitude de la bénédiction, peut-être cette figure est-elle destinée à représenter l’Auneau divin. Le personnage en question est assis sur quelque chose qu’il est difficile de décrire, mais qui a quelque ressemblance avec un crabe. L'enfant du compartiment supérieur porte un grand bassin dans ses bras. Le compartiment contigu de droite représente une lutte entre un dragon, un serpent ailé et un renard ailé. Du côté opposé de la porte, figurent deux monstres ailés dévorant une tête d’agneau. de dois le dessin, d’après lequel cette gravure et la précédente ont été faites, à mon ami M. John Robinson, architecte, qui en a pris les esquisses dans le cours du voyage qu’il fit, après avoir obtenu la médaille de l’Académie royale de peinture.
Les représentations de dragons, comme ornements, étaient en grande vogue chez les peuples de race teutonique; ces créatures fantastiques se rattachaient intimement à la mythologie de ces peuples et à leurs légendes nationales ; aussi sur tous leurs monuments retrouve-t-on de ces monstres, formant des groupes grotesques. Quand les Anglo-Saxons commencèrent à enluminer leurs livres, le drayon servait constamment à orner les bordures des pages et à former des lettres initiales. Notre figure 27 donne un spécimen de ces lettres, d'après un manuscrit anglo-saxon du
HISTOIRE DE LA CARICATURE dixième siècle (le fameux manuscrit de Cœdmon, où cette lettre
représente le V majuscule).
La caricature et le burlesque sont naturellement destinés à attirer l'attention du public; aussi les faisait-on figurer sur les > monuments les plus exposés de 5).
aux regards du peuple. Tel a el! cu été surtout le cas dans les G\ ? j g premiers temps du moyen è âge pour les édifices ecclé- CA VAR siastiques ; cela explique | comment ils sont devenus le n) | \ grand réeeptacle de ce genre | d'œuvres d'art. 418
On ne retrouve que peu > y de traces de ce qu'on peut ; Li appeler la littérature comique c chez les Anglo-Saxons: ce EN fait s'explique naturellement par la circonstance qu'il n’a Fig. 27.
été conservé que très-peu de chose de la littérature populaire anglo-saxonne. Dans leurs réunions de plaisir, les Anglo-Saxons paraissent s'être particulièremeut plu à se vanter de lcurs prouesses passées et de celles dont ils étaient capables; ces fanfaronnades prenaient peut-être souvent un caractère burlesque, comme les gabs des romanciers français et anglo-normands d’une époque postérieure, ou bien elles étaient destinées par leurs extravagances à provoquer les rires de l'auditoire. Îl semble aussi que les chefs encourageaient les individus qui se montraient habiles dans l’art de la plaisanterie, de la satire et de Ja caricature ; car la société de ces beaux esprits paraît avoir été recherchée, et on les voit assez souvent figurer dans les contes du moyen âge. L'Humfert, de Beowulf, comme je l'ai déjà fait remarquer, était un personnage de ce genre, ainsi que le sire Kay des romans écrits postérieurement sur le roi Arthur, ct que Île ménestrel normand de l’histoire de Hereward, qui amusait les soldats normands dans leurs fêtes en singeant les manitres des Anglo-Saxons, leurs adversaires. Les satires trop personnelles de ces mauvais plaisants donnaient souvent lieu à des querelles, qui finissaient par des rixes sanglantes.
Le goût des Anglo-Saxons pour la caricature se trahit de reste
dans les noms qu'ils portaient, lesquels, pour la plupart, rappelaient les qualités personnelles dont les parents espéraient voir les enfants doués. On retrouve dans ces noms le penchant qu'avait la race teutonique, aussi bien que les peuples de l'antiquité, à person nifier ces qualités dans les animaux qui étaient supposés les posséder. De ceux-ci, les plus populaires étaient le loup et le renard. Mais naturellement les espérances conçues par les parents en donnant tel ou tel nom, n'étaient pas toujours accomplies, et il n’est pas rare de voir des individus perdre leurs noms primitifs pour recevoir à la place des sobriquets ou des surnoms plus appropriés à leur véritable caractère. Ces surnoms, quoique souvert peu flatteurs et parfois même injurieux, finissent par remplacer tout à fait le nom originel, et par être acceptés par ceux à qui on les applique. À vrai dire, les seconds noms étaient si généralement admis, qu'on s’en servait pour signer des documents légaux. Une abbesse anglo-saxonne de haut rang, dont le vrai nom était Hrodwarn, mais qui était connue partout sous celui de Bugga (la punaise), prenait ce dernier nom lorsqu'elle signait des chartes. Cette appellation avait très-probablement pour objet de lui attribuer des qualités fort peu agréables et bien différentes de celles qu'impliquait son nom originel, qui rappelait peut-être quelque chose de séraphique. Une autre dame avait reçu le surnom de Corneille. On sait que l'usage des surnoms ne s'est répandu que longtemps après l'époque anglo-saxonne; mais certaines dénominations, comme ces sobriquets, s'ajoutaient souvent au nom réel, dans le but d'établir une distinction entre les homonymes, et elles étaient assez fréquemment satiriques. Ainsi, un certain Harold, à cause de sa légèreté à la course, fut appelé Picd-de-Lièvre ; une Édith, célèbre pour la forme gracieuse de son cou, fut surnommée Cou-de-Cygne; un Thurcyl dut à la forme de sa tête, qui eût eu de la peine à passer pour belie, le sobriquet de Tête-de-Jument. Parmi beaucoup d’autres noms, tout aussi satiriques que ceux que je viens de citer, on trouve Nez-Piet, Nez-Crochu, Laideron, Louchon, etc.
Il reste peu de monuments de la sculpture anglo-saxonne; mais on à quelques manuscrits enluminés, dans lesquels on trouve parfois des essais de caricature. Quoi qu’il en soit, les deux sujets favoris de la caricature chez les Anglo-Saxons paraissent avoir été le clergé et le diable. Îl ressort de preuves abondantes qu’à partir
du huitième siècle, ni le clergé anglo-saxon ni les religieuses anglo-saxonnes n ont été en général l’objet d’un grand respect de la part du peuple; ce que, d'ailleurs, justifiaient suffisamment leur réputation ct leur manière de vivre. Peut-être aussi cet état de choses s’aggrava-t-il par suite de l'hostilité qui régnait entre le clergé ancien et les nouveaux réformateurs du parti de Dunstan, dont les uns et les autres se caricaturaient réciproquement. Un psautier manuscrit, de la bibliothèque de l'Université de Cambridge (f°” 4, 23), appartenant à l'époque anglosaxonne (du dixième siècle selon toute apparence), et qui est orné de majuscules assez grotesques, nous donne le portrait chargé d'un moine anglo-saxon, à l'humeur joviale, que nous reproduisons ici (fig. 28): cette image représente la lettre Q. A mesure que nous allons avancer, nous verrons le clergé continuer d'être Fig. 28.
le point de mire des traits
décochés par la satire pendant toute la durée du moyen âge.
Le penchant qu’on avait alors pour donner aux démons (le moyen âge en supposa toujours une foule innombrable) des formes monstrueuses, qui tournaient aisément au grotesque, était naturel. Le peintre, en effet, prenait à cœur de représenter ces êtres trèslaids; maïs en les caricaturant ainsi d’une manière si générale, il subissait une certaine influence. Cette idée se mêlait dans son esprit à celles que lui fournissaient les superstitions de la race teutonique. Celles-ci admettaient l'existence de multitudes d’esprits, analogues aux anciens satyres, et qui, doués d'une rare malignité, jouaieut aux humains toute sorte de méchants tours, et leur anparaissaient quelquefois sous les formes les plus burlesques. C'étaient les Pucks et les Robin good fellows bretons d’époques postérieures. Les missionnaires chrétiens de l'Occident apprirent à leurs convertis à croire, comme probablement ils le croyaient eux-mêmes,
que tous ces êtres imaginaires étaient de vrais démons qui erraient sur la terre, pour le tourment et la perte du genre humain. Les grotesques créations imaginaires des convertis pénétrèrent ainsi dans le système de la démonologie chrétienne.
Nous reviendrons sur ce sujet dans le chapitre qui va suivre; mais nous allons, en attendant, donner ici deux spécimens des
démons anglo-saxons. Pour bien faire comprendre le premier, il est nécessaire d'expliquer que, dans les idées du moyen âge, Satan, le chef des démons, précipité du ciel à cause de sa révolte contre le Tout-Puissant, n’était pas un agent libre pouvant, selon son bon plaisir, aller partout tenter les hommes. Lui-même était plongé dans les abfmes, et y était tenu enchaîné et en butte à la malignité des démons qui peuplaient les régions infernales, d’où ils sortaient de temps à autre pour aller chercher leur proie sur la nouvelle création de Dieu, la terre. L'histoire de la chute de Satan et la description de sa position (fig. 29) forment le sujet de la première parlie du poëme anglo-saxon attribué à Cœdmon, et c'est une des enluminures du manuscrit de Cœdmon (conservé aujourd'hui à Oxford) qui nous a fourni notre gravure de Satan dans les fers.
Le diable y est représenté attaché à des poteaux, sur quelque chose qui semble être un gril, tandis qu'un des démons, surgissant d’une fournaise ardente et tenant à la main un instrument de chàtiment, paraît se réjouir de le voir ainsi, et en même temps exciter une troupe de diablotins grotesques qui voltigent autour de leur victime pour la torturer.
La gravure suivante (fig. 30), est aussi tirée d’un manuscrit anglo-saxon, conservé au Musée Britannique (ms.Cotton, Tiberius, C. vi), qui appartient à la première partie du onzième siècle, et contient la copie d’un psauticr. Elle nous transmet la notion anglo-saxonne du démon sous une autre forme, également caractéristique. Le diable, dans cette gravure, ne porte qu'une ceinture de flammes; mais la particularité du dessin, ce sont les yeux qui sont sur les ailes du malin esprit.
Une autre circonstance exerça sans doute de l'influence sur le goût professé par le
moyen âge pour le grotesque et la carica- [) ture : c'est la grossièreté naturelle de \ :
l'art au commencement du moyen âge. Fig. 30.
Les écrivains de l'antiquité nous parlent
d'une époque reculée de l’art: grec, où il était nécessaire d'écrire sous chaque objet représenté le nom de cet objet même, afin de rendre le tout intelligible : « Ceci est nn cheval, cela est un homme, cela un arbre. » — Sans être tout à fait aussi primitifs, les artistes des premiers temps du moyen àge, par ignorance de la perspective et des proportions, et faute d’habileté de main, trouvaient une grande difficulté à représenter une scène comprenant plusieurs personnages, et dans laquelle il était néeessaire d'établir une distinction entre ceux-ci. [ls cherchaient continuellement à y remédier en adoptant des formes ou des poses de convention, et aussi quelquefois en ajoutant des symboles qui néanmoins ne traduisaient pas toujours exactement l’idée qu'ils avaient conçue. L’exagération de la forme consistait principale-
ment à donner une prédominance anormale à quelque trait caractéristique. Îls arrivaient ainsi au but que le sobriquet était destiné à atteindre, et c’est là, par le fait, un des premiers principes de toute caricature. Les poses de convention participaient beaucoup du caractère des formes de convention, mais elles prêtaient encore plus au développement du grotesque. Ainsi, les éléments primitifs caractéristiques de l’art au moyen üge impli-
AS
Fig. 31.
quaient l'existence de la caricalure et engendrèrent sans doute le goût pour le grotesque.
L'effet de cette influence est partout manifeste, et, dans un grand nombre de cas, des tableaux sérieux, peignant les sujets les plus graves et les plus importants, sont simplement et absolument des caricatures. L'art anglo-saxon affecta beaucoup ce genre et est souvent d’un caractère fort grotesque. Le premier exemple que nous donnons est pris d'une des nombreuses illustrations qui ornent le manuscrit enluminé de la version anglo-saxonne du Pentateuque d'Alfric conservé au Musée Britannique (ms. Cotton, Claudius, B., 1v), et écrit à la fin du dixième ou au commencement du onzième siècle. Ce dessin représente la tentation el la chute de l'homme, et le sujet est, comme on peut le voir, traité d'une façon assez burlesque. Évidemment, Êve conseille son mari, qui lui obéit avec un empressement mêlé d'une certaine crainte. Îl n’est pas
mcins évident qu'Adam va avaler la pomme tout entière, ce qui est sans doute conforme à la légende du moyen âge, d’après laquelle le fruit s’est arrêté dans son gosier. L'arbre est tout à fait un arbre de convention, et il serait difficile d'imaginer comment il viendrait à produire la moindre pomme. Les artistes du moyen âze étaient extrêmement maladroits à dessiner des arbres; ils leur donnaient ordinairement la forme de choux ou de quelque autre plante d’une forme simple, ou souvent encore celle d'un paquet de feuilles.
Le spécimen qui vient ensuite (fig. 32) est aussi d'origine anglo-saxonne ; il est emprunté à un manuscrit du Musée Britannique déjà mentionné (ms. Cotton, Tiberius, C., vi). Il représente probablement le jeune David tuant le lion, et est remarquable nonseulement par la posture
étrange et les proportions = défectueuses de l'homme, D mais encore par la tran- Ÿ À
quillité de l'animal com- CS parée aux gestes violents ES et exagérés de son meur- > 7 trier. Ce défaut est très- | commun dans les dessins etles sculptures du moyen âge. Les artistes, paraît-il, étaient moins habiles à exprimer l’action chez un animal que chez l'homme; aussi l’essayaient-ils plus rarement.
Ces exemples sont tirés de manuscrits enluminés.
Les deux qui suivent sont empruntés à des sculptu- Fig. 32.
res et sont d’une date plus rapprochée. L'abbaye de Saint-(eorges de Boscherville, en Normandie, fut fondée par Rodolphe de Tancarville, un des ministres de Guillaume le Conquérant, et par conséquent dans la dernière moitié du onzième siècle. Une histoire de cette maison religieuse a été publiée par un savant antiquaire de l'endroit, M. Achille
Deville, à l'ouvrage de qui nous empruntons notre figure 33, reproduction d’une des sculptures grossières de l’église abbatiale, appartenant sans doute à la construction primitive. [l n’est pas difficile de reconnaître que le sujet est Joseph emmenant la Vierge Marie avec son enfant en Égypte ; mais il ÿ a quelque chose d’excessivement plaisant dans la caricature involontaire des visages, ainsi que dans le dessin tout entier. La Vierge Marie est représentée sans nimbe, tandis que le nünbe de l'Enfant Jésus a tout l’air d'un bour-
relet. Une chose à observer, c’est que ce sujet de la fuite en Égypte est très-commun dans les œuvres d'art du moyen âge ; et un dessin représentant le mème sujct, et reproduit dans mon Histoire des mœurs et des sentiments domestiques (p. 115), offre un témoignage remarquable du constraste du talent d’un sculpteur normand avec celui d’un enlumineur anglo-saxon presque contemporain. Notre gravure nous fournit aussi la preuve que l'ancienne opinion, que les dames au moyen âge montaient à cheval à califourchon, était erronée. L'artiste n’est évidemment ici qu’un obscur sculpteur sur pierre qui n'a jamais quitté sa localité : eh bien, ayant à représenter une femme à cheval, il l’a placée dans la position qui a
toujours été considérée comme celle qui convient le mieux au beau sexe.
Je suis redevable à M. Robinson du dessin de l’autre sculpture à laquelle je fais allusion; c'est un des sujets de la façade de l’église Saint- -Gilles, près de Nimes. Cette œuvre date du douzième siècle.
Elle représente le jeune David égorgeant le géant Goliath : celui-ci est entièrement revêtu d’une cotte de mailles et armé d’un bouclier et d’une lance comme un chevalier normand, tandis qu'à David l'artiste a prêté des formesféminines.
Par l’objet que, de prime-abord,on pourrait prendre pour une corbeille de pommes, l'artiste semble avoir voulu figurer une provision de pierres pour la fronde quele eune héros porte suspendue au cou. Da-
vid a abattu le géant avec une de ces pierres, et il va lui trancher la tête avec son propre glaive.
Fig. 39.