‹ Histoire de la caricature moderneChapitre 13 sur 42 · Vuir rAppeadice · texte numérisé non relu

Vuir rAppeadice

DE LA GAIUGATURK M < i J) i; H N ]•:

jeunesse, des étudiants, des amours laeiles, des Mirai Pinson, à la suite de Musset il fait pressentir Mûrger.

L ame en peine de ce groupe fut Traviès, l'inventeur de Mayeux.

A la recherche d'une individualité qu'il ne put imposer au public, préoccupée du grand et du beau (une uialadie commune à beaucoup d'esprits satiriques), cette pauvre nature, écrasée entre deux

forces nouvelles, Uinlôt s'appuyait sur Daumier, tantôt se penchait vers Gavarni.

Souffreteux et mélancolique, Traviès, qui avait l'instinct des laideurs populaires, les abandonna, attiré tour à tour par l'élégance de l'un et la puissance de l'autre. Je l'ai surpris plus d'une ibis mau-

dissant la lithographie, son gagne-pain quotidien, et demandant au ciel des inspirations qui n'en descendaient pas pour l'achèvement de grandes toiles religieuses, où, dans un coin obscur, quelque symbole vague était caché.

Tels étaient les principaux chefs de cette petite armée, à la suite de laquelle se pressaient divers braves gens, un IMgal ' (qu'on s'imagine Paulde

i. Voir l'Appeadice.

\)E l.A CARU.AirUE MdDllRXK

Kock dorrière uiicban'icadc), cl ciiliii, puurn'oiiKHtre personne, le lilhographe Ramelel, qui prôlail à Daumicr, en prison, l'assistance de son crayon.

Tous vaillants combattants qui eurent Itesoiu pourtant d être stimulés dans cette guerre d'escarmouches par les incessantes excitations de Philipon.

A l'époque où Daumier rencontra Philipon l'initiateur, déjà l'artiste cherchait sa voie, publiant chez les marchands d'estampes quelques lithographies timides qui ne font pas pressentir le satirique de 1833. Ce sont des dessins politiques minces et sans portée, des imitations de caricatures en vogue, une main de seconde main.

J'ai sous les yeux des croquis militaires inspirés de Gharlet, que le jeune homme publiait dans des journaux ', où toujours il se rencontrait avec Balzac, qui, lui aussi, écrivait sans arriver à donner la me-

1. La Silhouette. Avec quelques titres de romances et quelques pierres commandées par Ricourt, alors éditeur d'estampes, on sui a les premiers pas dans l'art de l'es-commis libraire.

IIlSTolRI-: DE l-A CARICATrKK .MODKRM.; :} ;

sure de sa force intérieure. Ni l'un ni rantic de ce? deux hommes ne pouvaient être devinés par leurs essais; mais l'ardenle nature du compatriote de Puget allait éclater vivement, associée aux derniers efforts de la démocratie.

On crut voir d'abord dans Uaumier un dessinateur de portraits; en cette qualité, Philipon lui confia le soin de reproduire les traits de quelquesuns des pairs de France contre lesquels la lutte allait commencer.

Le premier qui fut atteint était le vieux Lameth* . 11 avait traversé les orages de la Révolution; il n'avait pas entrevu de pareils dessins. Le pouce du (li'ssinateur est entré dans ses chairs comme dans une vieille pomme cuite : ce ne sont plus des rides qui sillonnent la face ni des bosses qui la déforment, c'en est l'idéal. L'exagération de la laideur par un crayon brutal comme un coup de poing, fait penser aux croquis de Delacroix d'après des médailles antiques.

, A cette époque, l'art avait inscrit la violence sur son drapeau : le mouvement était opposé au calme.

1. Chui'les de Lameth avait fait en 1789 une rude guerre à la royauté et à la noblesse, qu'il confondait sous la dénomination d'attirail aristocratique.

Lameth, en 1832, est un ennemi acharné des institutions républicaines, qui hurlent de se trouver accouplées au mot royauté. Il défend avec emportement les prérogatives monarchiques. attaque la liberté de la presse et se constitue le champion de;dotations de pairs.

le passionné an froid, le laid an bean. Tel est le propre des révolnlions d'agir à la fois snr l'art et snr la politiqne.

Ce portrait du vieux Lametli fut une révélation. Dès lors, Daumier passa en revue les principaux pairs de France, en faisant des reliefs qui semblent détachés d'une colonne Trajane de la royauté constitutionnelle. Ce n'est plus un crayon, non plus un cbauchoir, c'est un stigmate sarcastique qui marque profondément la pairie. En effet, il serait difficile de se rendre compte de l'étrange ftiçon de procéder dn caricaturiste, si je ne disais que Daumier assistait aux séances de la Chambre des pairs, un morceau de terre glaise en main, modelant sur nature de petits bustes, d'après lesquels il lithographiait ses planches * .

Daumier craignait sans doute que son crayon ue fût impuissant à suivre les ravins creusés sur ces figures par les passions politiques; mais le modelé du crayon, plus étrange, s'il est possible, que le modelé de la terre glaise, montre la haine profonde que les jeunes républicains portaient aux défenseurs de la royauté.

Tous les amis et familiers du château y passèrent; les ministres, les députés, les procureurs généraux, les présidents de chambre, ceux qui votaient les do-

1. Ces bustes curieux, coloriés par le maître, ont été heureusement conservés par la veuve de M. Eugène Philipon.

ci '"

lY

yj

DE LA CARICATURM .M( ) I) i: RN K .",7

talions, les l'unds socrols, ceux qui xoiilaiciiL arrêter los insurrections i\o<. rues, oon\ (|ui craignaient pour la vie du roi exposé à tant d'atlentats, ceux qui soufflaient sur la flamme des journaux démagogiques pour rélein(lr<\ Tous uni été marqués d'épithéles violentes : crn/riers, r/ras , membres de la chambre pi'ost.itiiéc Ils sont tous

i dans cette galerie ouverte aux figures noyées dans la graisse, aux gros ventres, aux articulations an-.

I kylosécs.

j C'était l'époque des gras. La bourgeoisie avait du ventre, et la jeunesse ne trouvait pas de railleries assez aiguës pour pénétrer cette graisse, amie de la prudence.

On est étonné aujourd'hui de la violence des journalistes du temps, qui ne se préoccupaient ni

; de finesse ni de distinction. L'insulte est en permanence depuis le titre du journal jusqu'à la signa-

1 ture de l'imprimeur; et les passions injustes ne s'apaisaient pas quand Louis-Philippe échappait aux balles d'un pistolet ou d'un fusil à vent : c'était l'accusé qu'on plaignait et non la famille alarmée de l'honnête roi.

Il est difficile de juger froidement ces époques de

: lutte. 1789 appela la bourgeoisie aux affaires, et la jeunesse démocratique, qui avait sans cesse sous les yeux la Déclaration des droits de l'homme et en regard les portraits des grandes figures de la Révolulion, trouvait que les fils des acteurs du grand

drame avaient remplacé les lèvres minces et les profils aigus du tiers-élat par des bouffissures de graisse, de même qu'aux hymnes guerriers des batailles de la République succédaient les bavardages constitutionnels.

Chaque jeune homme, en 1830, lui touché d'une dernière étincelle de la Révolution; les médiocrités elles-mêmes, les timides et les brebis. Quelle force ajouta-1-elle aux natures vraiment fortes! Plus qu'un autre, le génie de Daumier s'y développa; aussi, de 1831 à 1834, le rôle fut considérable de l'artiste attaché à trois publications importantes : la Caricature, le Charivari et l'Association meusiielle Htho(jrapliiciue.

Dans le premier de ces journaux, d'abord la plume prit le dessus, et le premier caricaturiste fut Balzac; mais sa plume était mince à côté des crayons qui bientôt envahirent le terrain. Après un an d'escarmouches contre la cour citoyenne, Balzac se retira, sans oublier la Revue qui l'avcdt aidé à vivre ' .

Daumier et Balzac se connurent au journal. — Si vous voulez avoir du génie, disait l'écrivain au jeune artiste, laites des dettes.

1. Ou retrouve son nom et son offrande dans une liste de souscriptions en faveur du journal condamné. Balzac pauvre, donnant viugt francs ])our aider Pliilipon à j)ayer son amende, est un Balzac nouveau, car le rLUiancier savait le i>rix d'un louis, et tout ce que contient d'indépendance un louis au fond d'un gilet.

Page 1