‹ Histoire de la caricature moderneChapitre 35 sur 42 · LA BOURGEOISE · texte numérisé non relu

LA BOURGEOISE

Combien voulez-vous vendre ces trois ])ièces-là?

Voilà un dialogue qui ressemble à s'y méprendre à quelques-uns de ceux d'Henry Monnier. Même absence apparente de composition ; mômes détails vulgaires de la conversation habituelle. Et pourtant je diffère de mon ami Baudelaire qui, dans sa notice sur les caricaturistes, a montré quelque dureté pour Henry Monnier. Sans doute ses dialogues n'ont pas été inspirés par l'amour de l'idéalité. Qu'importe? Ces peintres de mœurs ne sont pas à dédaigner et valent plus d'un écrivain médiocre. Cantonnés dans un coin, ils étudient le langage usuel de leur temps comme Abraham Bosse en étudiait l'ameublement. La nature les a doués d'un esprit exact; ils rendent avec exactitude ce que leurs yeux et leurs oreilles perçoivent, et tiennent peu de place dans l'histoire littéraire d'une époque. Quelle meilleure preuve que ce Bourfjeois poly^ dont on ne connaîtrait qyxiin exemplaire, si cette rarissime plaquette n'avait été réimprimée récemment '?

1. Le Bourgeois poly, oie se voit l'abrège de divers complimexs

].('> ;iiili'Lirs (le Iclli's œii\r('> ne soiil \):\> ,i;V'n;iiiLs. Un ne les suriaiL guère de Icui' vivaiiL, leurs ubservations exactes ayant quelque apparence d'offense pour leurs cunlenipi»rains!

Henry Munnier. quuiquil ait cununencé, connue le chanoine de (lliartres. par (\v> scènes pupulaircs, a agrandi (]U('l(}U('IV)is sun cadre bnurge^tis. Kn dehors de ce cadiM' se d('lach(' la ligure de Moiisit^nr Pri((//ior/t//tf', ]\i)\\ pas lruu\(''e pai- hasard ; l'arlisle l'a refondue à di\ erses reprises et il n"a jjas fa du moins de \ingt années pour la terminer. Esquissée en I80U *, elle ne fut définilivement modelée qu'en 1852 '\

I M. Prudhomme, qui annonçait le développement politique et le triomphe de la bourgeoisie, prédit sa mort par la pièce jouée, en 1852 j et les bourgeois

selon les diverses quilites des personnes, œuvre très-utile pour la conversation. A Chartres, chez Claude Peigné, impi'imeiir, rue des Trois-Maillets. m dc xxxi. Réimprimé en 1847 par M. G. D. fl (Georges Duplessis), chez CTarnier. <)n a découv^ert depuis que ^ l'auteur était un chanoine de Chartres, François Pédoue, qui s'amenda vers la Ha de sa vie, mais dont la jeunesse avait été féconde en joyeusetés. Général et fondateur de l'Ordre des chevaliers de Sans-Souci, François Pédouë, habillé de satin, ne sortait qu'escorté de deux laquais qu'il avait surnommés l'un Tant-Pis et l'autre Tant-Mieux.

i. Scènes populaires dessinées à la piv.ine, par Henry Monnier, ornées d'un portrait de M. Prudhomme et d'un fac-similé de sa signature. Paris, Levavasseur et Urb. Ganel, 1830, in-S".

2. Grandeur et décadence de M. Joseph Pruàhonimc. comédie eu cinq actes, représentée à l'Odéon, le 23 novembre 1852. Paris, Michel Levv.

1)10 LA CARICATIKK .MoDJORNK :>(-,:,

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L'n an avant éclatait le coup d'Klat (]ni devait changer si prutondénieiil les niuMiis en France et former l)rus(iiienienl rai'èiie (\t'> dissensions politiques; niais la date de la roprésenlation uii fut joué

If huanjcois avec une l'orce cuiniquo et signilicativo, indique que Henry Monnior a\ail, à la même époque, mis le doigt sur la plaie.

Ces railleurs nunt pas si mince portée qu'on se lïmagine. Plus d'un personnage politique, qui a toujours la poche pleine de remèdes sociaux, pourrait ambitionner la seconde vue des caricaturistes .et des vaudevillisles; s'ils ne guérissenl pas, ils in-

cliquent l;i source du mal, et combien de diplomates à vues prétendues profondes, combien d'amis du peuple, de défenseurs du trône, se laissent abattre tout à coup par des événements imprévus!

Dans cette circonstance, Monnier (le portrait cicontre indique bien un esprit réfléchi) prévoyait, et Monsieur Prudhomme était un prophète.

— Voilà le miroir, disait l'auteur dramatique aux bourgeois, reconnaissez vos traits.

Le type était gaiement tracé, sans amertume, (ïhacun crut reconnaître l'image de son voisin, d'un individu plutôt que d'une classe; et comme alors la caste qui avait renversé le roi de son choix, était occupée à balayer la République, cette caste se sentant des glorioles de démolisseur ne se croyait pas si près d'être elle-même anéantie.

Henry Monnier, n'eût-il dessiné que cette figure, occupera une place importante dans l'histoire de la satire.

Henry Monnier vivra par la création d'un type, Joseph Prudhomme. Qu'on y résiste ou non, qu'on y soit ou non favorable, on est forcé de se rendre à l'évidence et d'admettre dans le musée, déjà si riche, de la sottise humaine, cette personnification fine et grotesque, amusante et philosophique de la vanité frottée de lectures mal faites, de science de raccroc et de rhétorique mal entendue.

C'est, il faut bien le dire, toute une classe d'esprits étroits, emphatiques et vulgaires, qui se trouve à jamais étiquetée sous cette dénomination. Les Jocrisse, les Jeannot, les Brid'oison, les deux premiers surtout, sont les ancêtres de Joseph Prudhomme; mais leur naïveté les rend presque aimables. La philosophie du

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