CONCLUSION
Les hommes sérieux (je dis sérieux comme La Bruyère disait dévots) médisent de la caricature et cherchent quelles rigueurs ils pourraient invoquer contre elle. C'est ce qui me fait prendre sa défense, sans cacher toutefois les torts dun art qui, placé sur un terrain déjà étroit, court risque d'être entraîné dans les chemins voisins qui sont ceux de la haine et de la calomnie.
On me demande quel sera le nMe de la caricature dans l'avenir, si le poli des mœurs ne la fera pas disparaître?
P,2n HISTOIRE
— Esl-il iircossairo, dil-on, quo, dans los commotions politiqiios. elle attise la discorde ?
Le rôle de la caricature est éternel.
Les mœurs peuvent se policer ; des nuances ironiques ne s'en glisseront pas moins sous des crayons plus dôlicats en apparence.
l'uur ceux qui craignent d'tHre égralignés par la caricature, il est un moyen d échapper à ses griffes.
L'honmie jouit de la facultr de s'améliorer: il lui est donné également de sembellir.
En pleine possession de sa physionomie, il peut en changer l'ensemble, atténuer certains détails ou en paralyser l'effet.
Pour bien faire comprendre ma pensée, j'ajoute qu'un homme modifiera à son gré la forme de son nez par des pressions morales, comme certains peuples sauvages changent, par des pressions physiques, la forme du crâne des enfants.
Si toute basse passion inscrit son passage sur le masque, il en est de même cte toute grande qualité.
Là où l'ensemble des qualités l'emporte sur de misérables passions, l'homme devient beau et échappe aux crayons sarcastiques.
Tout être assez fort pour ne pas se laisser garrotter ]jar de mesquines ambitions, la vulgaire débauche, l'àpreté d'argent, se dépouille peu à peu de S(»s laideurs, fussent-elles héréditaires.
L'homme qui travaille, celui qui pense, ceux dont la vie est noblemeni remplie, eussent-ils en eux i\i'>
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,i;»'i'iiios (lo ViLt'llius, s'en déh.iriMssciil (■oiniiic le papillon de son enveloppe de chrysalide.
Telle est la meillenre armure contre la caricature, armure peut-être lourde à porter; mais une gymnastique quolidieniK^ de l'àmc en r(Mid le ])oids ])lus facile.
On a dil (juc la caricaline a\ail une iilililc médiocre. . î
rtUité rime avec peu de mots du dictionnaire des arts. Toutefois ranecddlc suivaidc n"est pas sans enseignement :
La campagne de Crimée fut dure pour l'armée française, peu accoutumée au froid.
Surtout les régiments qui arrivaient avaient peine à s'acclimater ; pendant le long siège de Sébastopol, les nouveaux venus qui n'auraieid pas craint de se battre corps ù corps avec rennemi, se rendaient en murmuraid. aux tranchées, affublés de couveitures.
Un zouave, en campagne depuis l'ouverture de la guerre, imagina, pour se désennuyer, de sculpter avec de la neige les généraux de l'armée, les Anglais, les Russes; à voir les caprices et les bizarreries qu'il tirait de la conformation extérieure des diverses nations, on eiit dit un émule de Dantan.
Ce sculpteur improvisé amusait toute l'armée. C'était chaque soir, au bivac, un rassemblement pour le voir pétrir, avec de la neige et de la glace, alliés et adversaires, amis et ennemis.
La vue des frileux frappa le zouave ; ayant progressé dans son art, il entreprit de modeler des groupes de soldats transis, offrant une si comique impression de froid et de mauvaise humeur que, guéris par les rires de l'armée, les nouveaux venus mirent de côté doubles paletots et couvertures.
Désormais, les plaignards, qui se rendaient aux tranchées en maugréant, redevinrent des soldats vifs, alertes, vraiment français.
Ils rougissaient de leur caricature. Et l'auteur ne croit mieux prendre congé du public qu'en constatant que ce jour-là la caricature eut son utilité.