‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 34 sur 98 · QUI DECESSIT 16 JULII · texte numérisé non relu

QUI DECESSIT 16 JULII

DEUS MISEREATUR EJUS ANIMiE ' !

En 1 571 , I^oitiers vit arriver dans ses murs le cardinal Alexandrin, neveu du pape saint Pie V, venu, en France comme légat pour engager Charles IX à entrer dans la ligue des princes de l'Europe contre les Turcs. A Poitiers, il y avait peu d'accord entre l'évêque Jean de Fay et le Chapitre; l'un se refusait à suivre les anciennes coutumes mises à sa charge; Vautre refusait de reconnaître un prélat qui méconnaissait les droits de son église. C'était ce grave différend que venait arranger le cardinal. Il fut reçu à la cathédrale avec tous les honneurs dus à sa haute dignité, après avoir traversé la ville depuis la porte de la Tranchée accompagné du maire, des échevins

I Ci-gtt Abel de la Fontaine, chanoine et sous-doyen de cette église , auparavant curé de Saiut-Melain en Normandie , qui mourut le 46 juillet 4570. — Que Dieu ait pitié de son àme. — Gallia christiana , t. ii, col. 4224.

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et bourgeois, qui l'avaient été recevoir « en hou$$eàchevaly avec leurs robes longues , jusqu'à la chapelle Saint-Jacques. » Sa mission ne pouvait manquer de réussite, une bulle qui Tavait précédé de peu de jours enjoignant au Chapitre de regarder et traiter Jean de Fay comme évoque et pasteur. On se soumit; mais les contestations ne finirent guère que vers le milieu de l'année suivante, où Jean fit prendre enfin possession de Tévêché par quelques chanoines fondés de sa procuration '.

Celte querelle finie, une autre de même genre s'éleva avec le nouvel évêque de Langres , Pérusse d'Escars, qui venait de quitter le siège de Poitiers. Déjà, en 1569, la sénéchaussée de Poitiers l'avait condamné, par arrêt du 26 mars , à payer au Chapitre par quartiers, à Noël , à la Pentecôte, à la Saint-Pierre et à la Toussaint, 450 liv. ; plus, pour la potation du jeudi ab$olu (jeudi saint), &liv. 17 s., que le défendeur « déniait et refusait. » Mais une nouvelle question se présenta encore. Les 8,000 livres qu*il s'était obligé d'employer, sur la vente des bois faite en 1 563 , en ornements , tapisseries et autres acquêts nécessaires au réameublement de la cathédrale , n'avaient encore rien produit de tout cela. Il n'avait rien fourni non plus des objets que le livre-^ouge mettait à sa charge lors de son avènement; toutes choses qu'il était temps de réclamer , disait le Chapitre , et dont on pressait le débiteur de s'acquitter d'autant plus vite, que l'église, pour s'en fournir selon ses besoins les plus pressants , avait dépensé en avances jusqu'à deux mille six cents livres. L'évêque répondait avoir déjà beaucoup dépensé en

• Regist. de l'hôtel de ville ^ p. 54. — D. Font. , t. xxxiii et t. ii, pp. 565,575 et 579.

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ornements , vaisseaux d'argent et réparations du gros clocher 3 gravement endommagé par les coups de canon du dernier siège; ce qui avait coûté 3,254 liv. tournois, laquelle dépense extraordinaire et imprévue le livrerouge n'avait pu prétendre à sa charge. Il alléguait les réparations nécessitées aux petits ponts de Maillé et de Cbauvigny, et au grand pont de celte dernière ville par le passage de la gendarmerie du roi; celle des maisons épiscopales, donl quelques-unes étaient presque entièrement ruinées. Au surplus, la vente des bois avait produit, il est vrai 5 10,000 liv.; mais, outre que cette somme ne suffirait pas pour couvrir tous ces frais, elle n'avait même pas été payée par les acheteurs, qui^n'avaient pu , dans un temps aussi calamileux, tirer parti de leur acquisition. Il offrait enfin par amiable de donner au Chapitre les 2,600 liv. fournies par lui et de demeurer quitte, le reste demeurant à révoque pour le dédommager de rachat d'argenterie et des réparations du clocher , dont il présentait le mémoire ; que de ce reste , s'élevant à 4,146 liv., on achèterait joyaux, ustensiles, livres, etc., à l'usage de l'église, et on réparerait les bâtiments épiscopaux. — Le Chapitre accepta ces propositions par acte passé entre les parties le 19 mars 1573, et auquel fut annexé l'état des objets à acquérir pour le service divin. Les chanoines, en donnant leur consentement à une transaction où tout n'était pas à leur profit, mais qu'ils signaient pour se conformer aux difficultés des temps , eurent bien soin de rappeler qu'ils voulaient agir sans préjudice des prescriptions du livre-rouge. Outre les ustensiles dont nous allons donner la liste complète, et qui devaient leur être fournis par moitié à la Saint- Michel de cette même année et au 19 mars 1594,

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ils demandèrent encore et obtinrent avec le prochain terme une somme de 882 Hv. 8 s. tournois , destinée à l'achèvement des couvertures de l'église, aux réparations des voûtes, achenaux et autels, balustrades de la chapelle haute de Saint-Michel (sur le jubé), et de celle du Crucifix, u sous les petites cloches , » c'est-à-dire devant la porte du chœur et au-dessous de la travée que surmontait la flèche. Il fut convenu que les armes <« dudit seigneur de Langres » seraient apposées en ces divers lieux réparés à ses frais, et que le tout serait ratifié par son successeur à Poitiers. Nous n'avons pas retrouvé ces armoiries déjà déterminées dans cel ouvrage ' , et dont la pose , nous le verrons, était moins une vaine prétention de révéqiie qu'une garantie des droits du Chapitre.

Voici rétat des objets qui devaient être fournis par d'Escars :

« S'ensait ce qui est nécessaire pour TéglLse de Poitiers, et àquoy Mgr de Langres, tant pourliiy que pour monseigneur de Poitiers, a promis satisfaire et du tout fournir : savoir est la moitié desdites choses dedans la Saint-MicheL et le reste dedans du jourd'buy en un an, le tout prochainement venant :

» Premièrement, deux calices d'argent doré, beaux, grands et hault appareil , l'un ponr les festes épiscopalles plus riche que Tantre.

» Une croix d'argent doré ponr porter par révéqueou autre qui fera l'ofGce es grandes festes et aux offertoires, enrichye de façons et aultre-^ ment sellon la qualité de ladicte église *.

» Deux paix d'argent doré richement faites, et une pour tons les jours.

» Deux textes d'évangille et d'espltre couverts d*un cousté d'argent

* Ci-dessus^ m* part. , ch. 28.

^ On voit par cet article qu'alors à Poitiers, comme bien ailleurs aujourd'hui encore, l'officiant, se rendant à l'autel pour le saint sacrifice, portait un crucifix entre ses mains, et qu'à l'offertoire , c'était cette croix et non la patène qu^on présentait à baiser aux laïques , ce qui était bien plus convenable.

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doré, estant en bosse , ponries fesles solennelles , et un d*argent blane pour tOQs les jours.

» Un baston pour la croix des processions ordinaires , semé de fleurs de lys et de clefs , en aucun lieux de six pieds de haut.

» Le baston de monsieur le chanfre.

» Le baston du bastonnier.

» Un encensoir semblable à celluy qui y est , et deux navettes.

» Une petite croix pour servir dimanches et autres festes ordinaires.

» Quatre chandelliers d'argent forts et de la plus grande parade que Ton pourra.

» Le tout du poids de cinquante-cinq marcs d'argent bien dispensés et enrichis de façons et autres , selon la qualité de ladite église.

» Plus est très-nécessaire avoir pour le grand autel aux festes épiscopalles et annuelles deux grands parements , l'un hault , Tautre bas, de velours cramoisy bien eorichy d'ymages , fleurs de lys , clefs et autres brodjeries.

> Deux autres tels parements de blanc ou autre couleur quHl plaira à mondit seigneur , ainsy ou autrement enrichy sellon la diversité des

» Plus convient allonger le parement qui est par-dessus les dessus dicts, et y mettre aux deux bouts choses convenables au reste d'icelluy .

» Deux chappes de damas rouge avec les chasubles , courtibaulx , estolles et fanons \ outre les deux qui y sont de môme parure.

» Et un parement d'autel hault et bas pour les festes à soubs-chantre et moindre.

» Quatre chappes de damas bleu *avec la chasuble, courtibault,estolles et fanon , outre ce qui est de mesme parure.

Quatre chappes velours noir garnyes' de chasubles, courtibaulx, estolles et fanon.

* Deux parements de velours noir pour mettre à l'autel haut et bas.

* Manipules.

^ Celte couleur, qui n'est plus usitée , était employée dès le xii* siècle, c pour avertir le prêtre , dit Yves de Chartres (De rébus ecclestastids; sermo insynodo habilus ) , qu'il devait plus s'occuper des ch(»es du ciel que de celles de la terre. » —Encore du symbolisme.

^ Accompagnées.

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avec grandes croix de damas blanc et des testes , ossements et larmes blanches.

>» Un drap de veloux noir avec la croix blanche et antres choses requises à drap mortuaire.

»*HDit petits courtibaulx ou dalmatiques avec les colliers pour les clergeons, oultrece qui est.

» Deux beaux corporaulx pour le grand autel, avec quelques corporaulx riches à mettre sur les calices.

» Trois parures de courtines, savoir est de damas rouge, blanc et bleu.

> Les deux tappis pour mettre sur les bancs des diacres, et autres assistants à la messe.

» Un tappis sur la chaire ^ de celuy qui dit la messe.

■ Deux tappis honorables pour mettre devant et .dessous messieurs révesque et doyen * , et autres grands seigneurs au chœur.

'» Deux oreillers devant chacun desdits sieurs , Tun sous les bras, fort grand, l'autre soubs les genoux.

» Un tappis à mettre dans la chaire et siège de monsieur de Poitiers , derrière luy, d'environ trois aulnes de long.

> Six oreillers de drap d'or et ;veloux pour mettre sur le grand aulel •.

» Un tappis à mettre sur le grand autel après le service *. »

U est fdcile de reconnaître à celte liste quelles dépenses on faisait pour les choses mêmes ordinaires du culte, et combien devaient coûter la matière première et la maind'œuvre : la soie, l'argent, le vermeil, la ciselure, semblaient choses indispensables, et beaucoup d'objets devaient être « de la plus grande parade que se pourroit. » On attachait dope grande importance à relever la

' Fauteuil muni Sans doute d'un appui par devant.

* Le doyen n'officiait qu'à certaines fêtes marquées par les usages , et était assisté comme l'évèque.

^ On se servait de coussins au lieu de pupitres pour reposer le missel pendant la messe.

4 D. Font., t. II , p. 594 et suiv.

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majesté des cérémoDies par le choix e4. le beau travail de rameublement. C'est en effet un des caractères de la piété chrétienne d'aimer la beauté du temple où Dieu abaisse jusqu'à Thomme sa majesté , et le prêtre qui n'aime point à parer dignement son église n'est pas digne de celui qui l'y reçoit.

Qui croirait qu'après un acte aussi bien cimenté que celui dont la susdite liste était le résultat, tout ne se serait pas terminé au plus tôt? Il n'en fut rien cependant. Les deux termes s'écoulèrent successivement sans aucun accomplissement des promesses.de messire deLangres. Lorsqu'il reprit l'administration de Poitiers, en 1578, il devait encore tous ses engagements , et ce ne fut qu'en 1581 , un an avant sa retraite définitive, qu'il voulut bien enfin se liquider. Après tant de conventions et d'accords, il en fut quitte pour compter aux députés du Chapitre une somme ronde de 752 écus 1 fr. 1 s., et un réale de 5 s- Le reste fut reconnu employé en réparations dont la plupart étaient à faire. Cette conduite, on est forcé de l'avouer, n'était pas aussi loyale qu'on aurait pu l'attendre d'un évêque; mais elle étonne moins quand on se | rappelle sa conduite et celle de son frère l'évêque de Lisieux contre la maison de Bourbon , de qui ils avaient tant reçu et qu'ils payèrent d'ingratitude '.

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