‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 40 sur 98 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Db 1640 A. 1702.— • Revenu de Tégliâe, — Bénéfice des coustres. — Impôt de main morte. —Personnel, dignités et logements. — Domaines et possessions territoriales. — Calice miraculeux de Pressac. — Louis XIV confirme les privilèges de Téglise.— Fondation de Jacques Guenon. —Louis XFV à Poitiers. — Mort de M. de la Rocheposay, précédée de différends avec le Chapitre. — Sceau de Téglise en 1621. —Procession des reliques. — Reliques ^e sain^ Théodore , de saint Pelée et de sainte Euphémie. — Nouvelle recherche des titres par une bulle d'Alexandre VII. — Autre relique de saint Théodore. — Reliques de saint Hilaire et de saint Georges. — Troubles suscités par les vicaires généraux. —Gilbert de Clérambault; cause des agitations de son épiscopat. — Son entrée à la cathédrale. — Abjuration de Cottiby, ministre protestant. — Discussion entre l'évèque et le Chapitre pour le droit d*ome-

* D. Font, t. Lxxxii. — Dtcltcm. du fam. du Poitou ^ t. i, p. 45, — Faoyeau , Calendrier , ad 7 aug.

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(K>40.) DE POITIEHS. 557

ments. — Chapelle de la Sainte-Famille et tableau de René Lorain.— looendie de Torgue. -* État des omemenls et du trésor. —Gilbert de Clérambault enseveli hors de la cathédrale,— Prise de possession par Fortin de la Hoguette. —Louis XIV s'empare d'une portion de l'argenterie. — Établissement de l'adoration perpétuelle.— Nouveaux droits d'amortissement. — Invention des reliques de sainte Florence. — Épitapbe de notre évèque Baglion de Saillant.

Les revenus de l'église s'étaient considérablement affaiblis depuis les perles survenues à ia suite des guerres civiles. Outre ce que les rapines des protestants lui avaient enlevé, le grand nombre des religionnaires séparés du catholicisme, et qui ne partageaient plus les obligations des fidèles envers les communautés, diminuaient d'autant les perceptions : c'étaient autant de dtmes et autres redevances auxquelles il fallait renoncer, sans compter les biens et domaines perdus^ les bénéfices aliénés et non recouvrables^ faute de litres qu'avait détruits l'incendie, ou que retenaient des mains intéressées à les cacher. On voit à quoi s'étaient réduites les recettes annuelles de notre cathédrale, par un relevé dressé en 1640 de ses revenus généraux. Les neuf coulreries y jouissent chacune de quelques pièces de terre enclavées dans les paroisses d'Ànxaumont , de Smarve et de Buxerolles. Le détail qu'on en fait, difficile à rendre aujourd'hui par une appréciation assez juste, neiaisse pas croire cependant que chacun des neuf titulaires retirât grand profit des récolles en blé, foin, vin ou chanvre que fournissaient ses quelques septréei de terrage. On sait que l'office des contres était héréditaire , et qu'ils le transmettaient à leurs enfants avec les fruits qu'ils en percevaient. Il parait encore, parles pièces conservées dans le Grand Cartulaire, auquel nous avons si souvent emprunté d'utiles renseignements , qu'ils étaient payés, en outre, selon la cloche

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55S HfSlOIRE DE LA CATHÉDRALE^ (1640.)

plus OU moins importante qu'ils sonnaient. On trouve aussi parmi eux, à cette époque, un Guillaume Régnaud, qui jouissait de terres labourables proche de Smarve, et qui néanmoins habitait à Lussac. Il est désigné comme enfant mineur; il est probable que, son père étant mort^ quelqu'un gérait sa place en attendant qu'il pût la remplir lui-même, et qu'il n'en touchait pas moins le revenu du I)énéfice qui venait de lui être transmis en succession •*

Ces documents sont tirés d'une déclaration des biens du Chapitre et de Véglise de PoitierÈ, faite le 5 mars 1640, en vertu de l'ordonnance de Henri II qui , en i 552 , avait soumis ces biens aux droits de mainmorte. De tels états devaient être présentés de temps à autre , sur première réquisition des gens de finances, et l'on y prenait la base des impôts qu'il s'agissait d'en tirer. Le Chapitre, en dressant celui de cette année, l'accompagna d'observ^ations devenues historiques, et qui sont autant d'indications certaines sur les possessions territoriales dont il jouissait alors. 11 en résulte que l'ensemble de la compagnie se composait de quatre-vingt-une personnes, ainsi dénommées dans l'ordre officiel de leurs dignités respectives : les doyen, chantre, prévôt, sous-doyen, souschantre, trois archidiacres, l'abbé de Notre-Dame , dixsepl chanoines prébendes , six demi-prébendés , quatre chanoines hebdomadiers , dix-huit chapelains et bâcheliersMu bas chœur, un prêtre-sacristain pour la garde et gouvernement des ornements, trois cloîtriers, un organiste; neuf coutres et custodes pour la garde de ladite église, ce oouchans et levans par semaine en iceile, sondant les cloches, nétoyantot servant chaque jour sans

• Grand CarMaire, l. it, p. 605.

^4640.) DE POlTIEfIg. S59

discontinuité; » — « .et pour loger et héberger tout ce susdit nombre de personnes , Téglise n'a et ne possède en la ville que le nombre de 41 iogis, tant bons que|chélîfs, avec quatre jardins; le tout n'apportant aucun revenu ; au contraire, convient grande dépense pour iceux entretenir. Et sont contraints lesdits du Chapitre contribuer aux locations qu'il convient faire pour loger ce qui reste à mettre à couvert desdits gens servans ladite église, le corps de laquelle est composé de son bâtiment fort ancien et vieux, qui coûte beaucoup à entretenir de couverture à cause de son élévation. Et joint à cette église son placitre et grande place en laquelle a accoutumé tenir la foire le jeudi absolu , où ledit Chapitre a bien droit de prendre et lever les droits, lesquels néanmoîriis ne leur rapportent aucun revenu. Lesquels jardins et bâtiments ils soutiennent y avoir plus de 300 ans qu'ils ont été construits, et partant sont francs de d roi ts£ d'amortissement'. »

Il fallut encore beaucoup de peine pour se procurer les titres et papiers nécessaires à la constatation complète et authentique des propriétés. On obtint à cet effet un délai de quelques mois, « attendu le peu de soin qu'on avait apporté à mettre les pièces en ordre , joint les troubles de ceux de la religion prétendue '. »

Voici , d'après cet acte , le détail des domaines et possessions territoriales de notre église à cette époque :

4"* La maison, terre et scignearie de Biard, sur laquelle se prélève le gros ' du sous-chantre.

> Grand Carîulaire , t. it, p. 447.

« Ibid,

^ Le gréw, tout ce qu'on chanoine préleyait de son bénéfice en fruits principaux , et non par distributions.

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2* La terre et appartenance de Smartb , ayant ie gros du doyen.

S*" Les terres deViLLEMAiN, Loizé» la Bataille et Ldssat, avec droits de baate , moyenne et basse jastice.

4'' La chàtellenîe de Momtgamer.

6"* La cliapclle de Saint-Blaisb , avec rentes , terres et devoirs.

6* La chapelle de Saint-Ctr , paroisse de Thuré et aux environs.

T La Fate-Baubat , avec les rentes , etc.

S*" La dime de Bourgueil, paroisse de Saint-Martin-de-Qoinliea.

9** La terre d'OnziLLT, avec tous les droits de justice et fondation de l'église paroissiale, affectée à la dignité de chantre.

40» La terre de Nouzillé, prèsLoudun , avec chapellenie.

^^'^ La Yau-de-Verghé , en Anjou.

42» Les dîmes de la paroisse d*EsP!ERS et revenu de la cure , dont le Chapitre est curé; le fief de ladite paroisse ; en icelle la maison de la MiGNOTiÈEE, avec ses appartenances et droits , à la dignité du prévôt.

43<> La terre et seigneurie de la Roghe-de-Chizat ^ paroisse de Sauver, au même prévôt.

4 A"" La maison de Verrines et s^ appartenances. . -ISo La terre et seigneurie du Breuil-Pati , paroisse d'Orches.

46* La métairie des Oriolières , paroisse de Mignaloux.

47» La maison et seigneurie du Plessis\ près Couhé.

48* La seigneurie de la Châtre, près Montmorillon , paroisse de Journée.

49* Un pré dans la paroisse de Saint-Georges.

20* La métairie de la Parisière, paroisse de Biard.

24 <" La maison de la Bjguerie , paroisse de Migné.

22<' La maison et seigneurie de Jardres.

25'' Les dîmes et revenus des terres de la paroisse de Sathtb^Radêconde-des-Fosses.

24<> Le droit de 8' prélevé sur les terres de Couhé.

25* 1^ fief de NoizÉ , détaché de son gros par le prévôt et remis à la mense capitulaire.

2f>o Une petite dime en la paroisse de SAiNT-LéGER-DE-LA-PALLU.

27o La terre de Rouaigné.

28<' Une dime en la paroisse de Cdabournat. 9'' Une autre , paroisse de VouNEUiL-suR-ViEimB , an doyen.

30» Des rentes sur des terres près la Pierre-Levée.

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(1640.) dE POITIERS. 54i

51* Petite dimc eu la paroisse de Buxeeolles.

52*» Petit revenu à MASSir.

55<» Devoirs et revenus au lieu de Moetremâed.

34<» Dimes, c€ns, rentes et autres revenus à Jouhé.

55<» fd. , de Louchaed et Màieé , aliàs Mâbight.

36» Les domaines et revenus de Thueicect-en-Nbuvillb.

37* iji métairie de la Pâtrièee.

38<» Le revenu de Linibes, qui est de peu de conséquence.

39*» Chilveet.

AQP Le revenu de Ceekièees.

44 <» Le pré du Grand- Pont des Ates {sic) (d'Auzanpe.)

42** Rente due sur la métairie des Poieibes.

43** Quelques pensions sur les cures du diocèse, données en échange parMiM. les évêques pour portion de sceau que le Chapitre levait.

44" Le droit de luminaire que le Chapitre lève sur les cures des dio* cèses de Luçon et de Maillèzais. .

43* Rente sur les revenus de la maison de la Roche-du-Haiiie.

46*» Rente sur la seigneurie de Veeeièees.

47*» Une petite dlme à Taegé.

48*" Le droit de foire le jeudi saint sur la place Saint-Pierre, qui est de petite conséquence.

49*» Diroe en la paroisse de BeuENEZEÀUx, au doyen.

50» Maison en la paroisse de CBLLiEa-BoussiGEAU , an sous-doyen.

Plus les fiefs suivants, qui dépendent à foi et hommage tant pleins que liges , devoir de rachat , de la prévôté , et lui appartiennent :

SI"» Fief et maison de Beaueepaiee, en Anjou.

52*> Maisons et appartenances des Touches, paroisse de la Vau-de- Vcrché.

53o Fief-Beunbt.

54o Maison et appartenances de Beizat et de Beauueu, paroisse Saint- Picrre-d'Espiers.

55o Maison et appartenances de Taegé, sur les coteaux de Saumur.

50<» La grande dime de Buxe , située es paroisse de Bournan , Buxe , Vesières , Saint-Staroine * , Basse- Verneil et] aux environs , nommée anciennement la dime de Foussé.

4 Saint Citroine.

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542 flISTOIRE DE LA CATHÉDRALE (4640.)

57* Maison et appartenances des RocflBS-DE-GcRZiT , autrement Marigny , paroisse dudit lieu.

58o Maison et appartenances du Pas , parobse de Chouppes,

W Id. de Beautais, proche ledit lien.

60o Le fief Baeil.

64 <» Le fief Ogier , situé à Bizay, paroisse d*Espiers.

62<> Le fief Baudet , situé à Senessay.

63o Le fief de NoizÉ , maintenant uni an Chapitre par accord >.

64» Le fief de la maison de Veerines, également uni *.

65'' Plus quatre petites vignes fort petites, d'en tout 30 journaux , situées au terroir des Sables , près Poitiers.

66» Plus partie d'une vigne paroisse Saint-Saturnin.

67o Plus la dime de foin que les hebdomadiers ont accoutumé de lever dans le Pré-l'Ëvéque et le Pré-le-Roi , qui sont joignant les murailles de la ville de Poitiers, un cours de la rivière entre-deux.

eS"" Plus une rente de 60 liv. sur un logis autrefois arrenté en la rue Queue-de-Yache , paroisse de Saint-Michel.

69^ Plus un petit jardin , faubourg du Pont-Joubert.

Tout cela était en commun aux chanoines et aux hebdomadiers^ qui en jouissaient selon les droits attachés au titre de chacun.

Plus s'ensuit le revenir dont jouissent les ch'apelains et bacheliers de ladite église de Poitiers , & part et à divis dudit Chapitre , et par la permission d'icelui.

70* Douze petites maisons en la ville de Poitiers, en assez mauvais état à cause du peu de revenu qu'ont lesdits bacheliers, lesquels jouisscntavee lesdites maisons des vignes situées au terroir des Sables , près Poitiers.

74"* Une petite borderie à NEmriLLB.

72* La petite métairie de la Couture , près Vendeuvrc.

75 La dime de Mouterre-Sillt , d'AnsAT et des environs. . 74» Le gros assigné sur la terre d'Espisas.

75* Le temporel de la cure de Théhezat, uni à leur menseï

70> /d. deBLANZAT, td.

1 Ceci parait être un double emploi du n" 3^ , ci-dessus. ^ lléme observation (v. n*' H).

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(4043.) DE POniEHS. 545

77* Le gros de Bourgubil , en la paroisse de iSAiNT-GeaTAis, Aveiont, SAiNT-MARTiN-DE-QuiNtiBO , SossAis et onvirofia.

78o Vignes , terres et prés près la porte de Roghereuil.

79» Maison de Paché, paroisse d'Avanton , et ses dépendancu^s.

80** Dimc en la paroisse de LAMOTHE-SAiNT-HÉaATE.

84» Petit jardin près Saint- Austrégisile, à Poitiers.

82» Métairie de BÊAurora , paroisse de Qninçay.

83o IMmede Chezellbs, près le vieux Poitiers, es paroisses de Genon, Voiineuil , Pioussay et Naintré.

84«' Une métairie près le bourg de Poussaceau.

SS"" Dirae de Ghampelis, en la paroisse de Chasseneuil.

SOo Rentes en argent , montant à 259 livras.

87° Plusieurs redevances, montant & 4\ setiers sept boisseaux de froment , mesure de Poitiers , un chapon et 4 2 s. 6 d.

Malgré ce long détail et les droits seigneuriaux qu'on voit attachés à quelques-uns de ces domaines , il est évident que le revenu de l'église suffisait à peine à l'entretien du culte et de son personnel^ et que, dans les guerres civiles de cette époque désastreuse, elle n'avait pas tant gagné que les provocateurs du désordre. N'est-ce pas en deux mots l'histoire abrégée de toutes les révolutions?

L'année 1643 est mémorable dans le diocèse de Poitiers par un fait miraculeux dont le Souvenir y est encore précieusement conservé. Le jeudi saint, 2 avril, lorsque le Saint Sacrement, gardé après le sacrifice du jour pour la messe des Présanctifiés, reposait dans une chapelle de réglise de Pressac ', entouré d'un certain nombre de fidèles qui y demeuraient en prières, un cierge communiqua le feu aux étoffes dont on avait formé le réposoir , et bientôt la flamme eut dévoré ces fragiles parures. II était deux heures après midi; le vicaire de la paroisse

' Grosl)ourg de 4,400 âmes dans le canton d'Ayaiiles -Limousine, département de la Vienne^ sur la limite du Poitou et du Limousin.

arriva , quand déjà l'incendie était presque éteint : il n'eut rien de plus pressé que de voir s'il restait des traces de la sainte Hostie. Quel ne fut pas son étonnement et sa joie de la trouver entière, soutenue par le pied du calice, dont la coupe était complètement fondue ! Les saintes espèces n'avaient souffert qu'une légère coloration; l'action surnaturelle était donc ici manifeste^ et il n'était pas supposable que le pain eucharistique^ bien plus susceptible de céder à la flamme que le plomb du vase sacré qui le contenait*, eût résisté sans un miracle à la seule chaleur de l'incendie , et^ à plus forte raison, à la fusion du métal dont il subissait le contact. M. de la Rocheposay, ayant ordonné une enquête, constata le fait, et voulut l'honorer par le soin qu'il fît prendre de l'objet qui en devait être pour l'avenir un irrécusable témoignage. La sainte Hostie sauvée de la combustion fut consommée le vendredi saint, selon l'usage. Mais le calice fut déposé avec une relation authentique dans le trésor de la cathédrale. Gomme il n'en res- .lait plus que le pied, dont le haut conservait encore, à la naissance de la coupe, des gouttes de plomb refroidies, un pareil joyau attira peu Tatlention des magistrats de 4793, et ils ne le confondirent point dans le relevé des objets de jîrix enlevés alors à Saint-Pierre. Le calice fut donc recueilli précieusement par une personne pieuse qui en savait l'origine et le rendit en 1803 au Chapitre. Ce petit monument, que Dieu semblait avoir mis aux mains des fidèles dans un temps où les outrages prodigués au Saint Sacrement par les hérétiques appelaient

' La pauvreté des églises de campagne était telle après les pillages exercés par les protestants, qu'elles étaient réduites souvent à ne pouvoir même pas acheter un calice d'argent. '

de plus dignes réparations, avait été déplacé d'abord par un sentiment de dévotion personnelle. H. de la Bocheposay^ qui nommait à la cure de Pressac, s'en était emparé comme d'une relique; mais la petite église y avait perdu sa plus belle richesse. M. de Bouille le comprit et la rendit en 1840, après deux cents ans, au village qu'elle avait rendu célèbre. On l'y voit maintenant, posée dans une châsse en bois doré> sur un autel que surmonte un tableau où le fait fut représente dès l'année 1643 '.

Louis XIV nionta sur le trône, par la mort de son père, le 14 mai 1643* Comme toujours, le Chapitre s'empressa d'obtenir confirmation de ses droits et privilèges. Les letti*es signées de la reine régente, datées de Paris au mois d'août, et enregistrées au parlement le 22 septembre, portent que « les privilèges, droits, exemptions, franchises, libertés et prééminences des chanoines et coustres de l'église sont reconnus et assurés, sur la demande du Chapitre, qui a fait remontrer à S. M. que les rois ses prédécesseurs avaient eu une singulière dévotion en ladite église , et que , pour plusieurs considérations, ils avaient donné et octroyé auxdils exposants plusieurs grâces et faveurs... » Mais cela, ajoutait la pancarte, « a la charge de payer la taxe qui nous est due pour notre avènement à la couronne ' » On

• V. Breviarium Pictaviense, pari, œstivà, p. 210. — Une inscriptioo adossée au mur latéral de Téglise rappelle lejfait miraculeux; mais ccUe inscriptioo est tout bouoement un imprimé encadré sous une vitre. — Une pierre scellée dans le mur et gravée en creux serait bien plus convenable, de peu de dépense, et durerait plus que ce fragile témoignage, qui peut s'effacer devant le moindre accident, et qu'on né^ gligera peut-être ensuite de restituer.

■ D. Font., t. Lir,p. 54i.

54C inS'lX)IR£ DE LA CATHEDRALE (1645.)

sail qu'oulre celte taxe, le roi s'attribuait encore la disposition de la première prébende vacante dans chaque chapitre pourvu de plus de dix membres.

Une fondation importante, et telle qu'on ne lui en apportait pas souvent, fut faite à la cathédrale par acie du 19 juin 1646. Jacques Guenon, curé de Bonnes^ dont le bénéfice était à la nomination de Tévèque , voulut favoriser de sa petite fortune l'église vers laquelle le portait une dévotion spéciale. II y fonda donc pour le repos de son âme une messe quotidienne à perpétuité, laquelle dut se dire au grand autel , « ou à Tun des deux qui estoient à costé, » c'est-à-dire de Cramaud ou des Enfants. Le Chapitre devait, en outre, deux fois par jour, après matines et après vêpres , chanter au chœur, en musiqne ou en faux-bourdon, trois fois le verset du psaume 113 : « Non nobis. Domine ^ non nobii , sed nomini tfuo da gloriam, etc.; n puis une seule fois, à la suite les deux derniers versets du même psaume : n Non mortui laudabunt te... sed nos qui vivimus, etc., » suivi de ladoxologie ordinaire : « Gloria Patri; >i pour quoi ledit Jacques Guenon compta au Chapitre, soit en espèces, soit en billets notariés, une somme de 0,1 44 livres tournois. Et comme la charge ne devait incomber aux acceptants qu'à dater du décès du fondateur, il reçut un engagement par lequel l'église de Poitiers reconnaissait lui devoir une rente viagère de 508 livres tournois payable de ce jour. La reconnaissance du Chapitre fut grande pour une si noble générosité, et il a toujours mis depuis lors Jacques Guenon au rang des principaux bienfaiteurs deTéglise'.

• Pièce originale , archiv, dioc.^ 1. 1 , p. 2S5.

.es émeutes de la Fronde troublaient encore les procès sous le patronage du prince de Condé. Louis XIV, n'avait que 12 ans, fut mené à Bordeaux par la reine mère, et, le 22 juillet 1650, il arriva à Poitiers. Il ea avec sa suite à Tévôché, et le lendemain il endit la messe à la cathédrale '. Gc fut la dernière grande asion où figura M de la Rocheposay, qui était allé auant du roi jusqu'à Ghâtellerault. Il mourut l'année ?ante , après quarante ans d'un cpiscopat rempli de mes œuvres et de mérites. La prière qu'il avait faite vent 9 les fondations pieuses qu'il avait instituées ir éviter les atteintes d'une mort subite ne furent point tucées. Il fut frappé d'une apoplexie foudroyante le juillet 1651, dans son château de Dissay*,Dieu lui irgnant les difficultés de ce suprême passage qu'il il tant redouté, et lui donnant ainsi une première ompense de ses vertus.

L de la Rocheposay ne fut pas inhumé dans la calhéle de Poitiers. Il Tavait cependant voulu , car dès 18 un tombeau de marbre, qu'il se destinait, fut ce par sessoins dans la chapelle Saint André, Mais, imes'il eût été impossible que le bon accord régnât qu'au bout d'un long pontificat entre le pontife et le ipitre, des nuages s'élevèrent enfin dans ces dernières lées sur celte union si édifiante j^usqu'alors . et si in- (rable en apparence. Il est croyable que ce lut le motif dclermina Tévèque à se choisir un autre lieu de se* lure. En 1 649, il fil demander au Chapitre , par le

Thibaudean 9 1. m, p. 514 et suir.

C'est la date qae donnent Besly et l'abbé Du Tems ; Dreiix-Duradici*

trompé en disant le 51.

548 iiistoire: de la cathédrale

sieur Chapot, qui en était prévôt et l'un de ses gra vicaires , permission d'enlever la tombe d^ marbre Tattendait; ce qui fut accordé en assemblé)» capiluli le 26 avril , « sous condition qu'il ferait remeltreduf à ses frais '. » Ces duretés ne devaient pas être les ( nières : la chambre des requêtes du palais vit assi; devant elle , au mois de février 1651, le vieil évèquc Poitiers, et c'est là que se dévoilent à nos regards causes de ces fâcheuses dissensions. On eiposa q| jouissant de plus des deux tiers du revenu deTégli néanmoins le prélat n'avait fourni depuis 39 ans quelques ornements de peu de valeur et beaui moindre en qualité et quantité que les statuts Ty geaient. On prélendit que cet abus ne s était prolonj que par l'autorité que ledit évcque avait prise dans Chapitre, dont ses officiers possédaient les premier dignités; que , jouissant de 70 à 80 mille livres dereat^ il n'avait jamais pu être soupçonné de pouvoir raanqoj à son église; qu'on avait employé inutilement eove lui les marques de respect et les demandes par dépôt tiens; que, retiré à Dissay depuis plus de deux aos, sa faire aucune fonction dans l'église cathédrale, même celles auxquelles l'obligeaient sa charge elles staluis, avait poussé l'opposition au vœu des chanoines jus(l' faire tenir le précédent synode de la Pentecôte à Cl tellerault, par une innovation peu honorable àTégl mère, et injurieuse au Chapitre, qui y a ses droits et prérogatives. Tels étaient les griefs, et leur seul «P prouve qu'il y avait des torts de part et d'autre; car les chanoines, après avoir reçu , en 1616, 1620 etlî

* D. Font., t. Lir, p. 249.

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D.) DE PorriEKS. 349

ornetnenls magnifiques, comme un chanoine luine l'a constaté et qu'un traité en règle le statua s, disent que depuis 39 ans l'évêque n a rien payé re droit, celui-ci, de son côté , oubliait évidemment ce 1 devait au Chapitre et à sa position personnelle en logeant l'ordre des cérémonies , en changeant le lieu assemblées synodales, et en se séparant d'une église 1 devait édifier par sa présence, e différend, qui finit au désavantage du défendeur, \me il était juste , ne put avoir que de mauvaises conoences pour la partie adverse. Le prélat, par son ament daté du 7 janvier 1638, et déposé alors aux lives du Chapitre , avait donné « à ses confrères les en, chapitre et chanoines ^ » 700 livres une fois ées, pour un service annuel; il y mentionnait aussi chapelle de Saint-André comme lieu choisi pour sa ulture. Comme il avait annulé cette dernière disposi-

, il est probable qu'il revint également sur la prere *. Son corps fut porté à N.-D. de la Rocheposay, pied du château de sa famille, où sa tombe ^ venue *oitiers en 1650, attesta encore jusqu'en 1793 qu'il se lit fait préparer de son vivant. Ce monument, dévasté, me tant d'autres, à cette époque désastreuse, n'a pas remplacé. Une simple tablette de marbre noir, fixée > le mur d'une chapelle latérale, à droite de l'autel, ient les noms et le titre , gravés en lettres d'or, de :ien seigneur de la petite ville, administration du diocèse étant tombée aux mains Ihapitre par la mort du prélat, la compagnie fit re- , cette année, le sceau capitulaire destiné à autbenti*

K Font. 9 1. III, p. 22a.

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quer ses actes. C'était toujours le même que nous avons reconnu déjà, portant sur un champ semé de 9( de lis l'image de saint Pierre assis^ coiffé de latiai trois couronnes, et tenant les deux clefs, symbole d juridiction spirituelle. Au bas se trouve le milles 4651. — Cette date était-elle changée à chaque vaca nouvelle? se trouvait-elle ainsi placée pour indiquer sceau qui ne devait servir que jusqu'à Tépiscopah vant? C'est ce que les faits antérieurs oe permelteiil| d'éclaircîr.

Le Poitou était tranquille, loin de la Fronde et de agitations, qui, en disparaissant de la provioce, s'étai renouvelées dans les environs de Paris. Uoe trop loof expérience des guerres civiles , depuis si loogtempssi tenues tour à tour contre le calvinisme et contre les a contentements des coteries qui se disputaient le droit mener la cour, inspirait des inquiétudes surlessui de ces escarmouches de mauvaises tôles. Le Chapitre { donna donc en 1 652 des prières publiques pour la paix royaume ; d'autres furent faites par toute la France, i P tiers eut lieu une procession solennelle « suivie par lot les compagnies ecclésiastiques et laïques, deSaiot-Pi^ à Sainte-Badégonde, cte là à Notre-Dame-la-Graode,et Noire-Dame àSaint-HilaiTe : on paroourcit ainsi tûate ville , en portant toutes les reliques de la calhédraU celles des églises, qu'on y avait jointes à cbaqueslatioi

Ce fut vers l'époque de celle cérémonie, en i6îâ,^ notre église fut enrichie de nouvelles rdÂiues. Jean&e Bourbon légitimée de France, fille de Henri IV, étail^ abbesse de Fontevraall. Désireuse de donner au Chl

• .Mém. mss. de M. Donesde ; — Thibaudeav , l m,?. W6-

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{46^5.) D£ POITIKRS. 551

Ire une mai^ue de son eslime et de ses senlimenls de confraterniléspiriluelle, elle lui envoya dans une châsse d'un riche travail des reliques de saint Théodore, de saint Pelée et de sainte Euphémie '• Le premier de ces saints, dont le nom est commun à quarante-sept autres> sans compter les bienheureux et même quelques saintes femmes qui l'ont porté , n'est pas facile à distinguer de ces homonymes. Néanmoins, comme saint Pelée était évé« que en Egypte et fut martyrisé en 310^ et qu'on trouve un saint Théodore, également Egyptien ) honoré de l'épiâcopat et souffrant pour la foi en :^11 , il est très-pro- . bable que ces reliques ainsi réunies doivent avoir été apportées d'Orient, et que ce sont celles de ces deux sainte. Quant à sainte Euphémie, on la trouve dans les auteurs ecclésiastiques sous le titre de vierge et martyre, donnant sa vie pour J.-C à Aquilée, sous l'empire de Néron. — Ces reliques ne nous sont pas restées; elles ont disparu sans doute, comme tant d'autres, en 4793, sous les doigts des cxxnmissaires de la Convention ou de la municipalités En €0 temps même où toute dissension paraissait de* puis longtemps éteinte entre les partis si longtemps séparés, réglise de Poitiers n'avait pas encore recouvré tous les litres qu'on lut avait ravis en si grand nombre .Elle s'adressa au pape Alexandre VII, et profila des premiers mois de son avènement pour en obtenir une bulle favorable à des recherches nouvelles. Dans celte pièce, datée du 13 septembre 4655, le souverain pontife mande aui officiers et autres « ayant qualités en l'église de Poitiers que s'ils ont, après enquête, certitude de personnes qui aient pris et non rendu à l'église cathédrale de Poitiers

• Fanveau , 28 jnin , p. 4 40.

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quelques-unes de ses possessions de quelque nature qu'elles soient, il les lui fasse restituer, sous peine d'excommunication. » Le style ordinaire de ces sortes de missives n'omeltait rien de ce qui pouvait constituer une propriété ; la cour de Rome y exprime « les cens , terres, maisons y possessions, biens meubles et immeuble, écritures publiques et privées , sommes d'or et d'argent, fer, bois, vin, huile, orge, froment et tous autres fruits; dîmes, premiers ornements et parements d'église, croix, calices, patènes, vases d'or et d'argent, pierres précieuses; étoffes de laine, de soie, de lin; enfin objet quelconque ' » Aucun prétexte n'était donc laissé à la chicane, au mauvais vouloir. I^ous ignorons quel fut le résultat de cette injonction.

Il parait qu'outre la relique de saint Théodore , dont nous venons de parler, une autre d'un saint de môme nom, et martyr comme le premier (sinon le même), fut donnée au Chapitre, le 8 juillet 1657, par le maréchal de la Mesleraye, et vérifiée aussitôt par des chanoines délégués à cet effet. Cette relique était « très-considérable , » et venait de Rome , d'où elle avait été apportée au maréchal par le P. de Morlays, capucin. On la plaça dans k un petit coffre d'ébène fermant à clef et cantonné de chérubins d'argent. » Dans ce même coffre étaient déjà «plusieurs autres reliques enveloppées dans des petits sachets ". » L'auteur de c^tte histoire l'a retrouvé en 1 846 dans un des greniers de la sacristie , mais dépouillé de sa ferrure , dégarni de ses chérubins d'argent, poudreux et méconnaissable, comme un dépôt violé

• D. FonLjL Liv, p. 585.

• /Wd., p. 57.

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pendant nos premiers troubles politiques, rapporté ensuite par les soins de quelque pieuse main inconnue , et abandonné comme n'ayant plus ses caractères d'authenticité, qui seuls peuvent autoriser la vénération publique de ces saints débris. Les sachets , en effet , y étaieht encore, mais ouverts; le fond de la boite élait garni de quatre ou cinq centimètres d'ossements pulvérisés ; nul écrit ne les accompagnait plus , et nous n'avons pu les reconnaître qu'aux détails rapportés ici. Après les avoir reconnus, sur l'invitation de nos vénérables confrères du Chapitre, nous les avons constatés par un écrit renfermé dans le coffre , et le tout a été déposé dans la salle de nos réunions.

Enfin arriva à Poitiers une véritable relique de] saint Hilaire. Nous avons vu comme en 1602 et 1606 on avait cru en recevoir des plus authentiques des religieux de Saint-Denis. Mais ce ne fut qu'en 1655 que la découverte s'en fit réellement sous le grand autel de la cathédrale du Puy . Deux chanoines de Saint-Hîlaire de Poitiers furent alors députés vers l'évêque et le chapitre , après y avoir intéressé le roi , qui écrivit en leur faveur. Ils rapportèrent à leur église l'humérus gauche. et une partie du crâne du saint docteur; plus le radius du bras de saint Georges, trouvé dans le même endroit. C'était le 8 octobre 4657. Nous ne voyons pas que la cathédrale ait participé dès lors à cette possession. Notre Chapitre ne figura dans l'affaire que pour procéder par deux de ses membres à la reconnaissance et attestation des reliques. Celui de Saint- Hilaire tenait beaucoup à son indépendance du pouvoir diocésain. Cependant il s'agissait d'un fait trop important pour qu'il ne comprit pas la nécessité de ce témoignage : il lui fut donné, après toute vérification faite dans les

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