‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 41 sur 98 · II · texte numérisé non relu

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formes , et la célèbre collégiale exposa les restes de son illustre patron et ceux du saint évèque du Puy en deux reliquaires de vermeil qu'on plaça de chaque côté du grand autel, dans le sanctuaire '.

Le diocèse^ qui était resté sans évêque depuis 1651 , vit enfin cesser en 1657 ce provisoire si contraire aux intérêts d'une bonne administration ^ et pendant lequel s'élèvent toujours des conflits qu'une autorité supérieure peut seule arrêter ou prévenir. Le cardinal Barberin, que Louis XIV avait nommé en 1652 à l'évèxîhéde Poitiers, n'avait pu obtenir ses bulles d'Innocent X , malgré des instances réitérées. De guerre lasse, le roi se détermina à le remplacer par Gilbert de Clérambault, frère du maréchal de ce nom. Ce nouveau titulaire, nommé en 1657, ne prit possession personnelle qu'en 1 658. Mais, dans l'intervalle, il administra par deux vicaires généraux dont les relations avec le Chapitre furent assez peu pacifiques. Des différends éclatèrent surtout à Toccasion d'une procession générale que les deux autorftés avaient ordonnée d'un mutuel consentement pour célébrer la canonisation de saint Thomas de Villeneuve. Les vicaires généraux ayant convoqué les corps et individus dépendant de l'évéque , et les chanoines , ceux qui obéissaient au Chapitre, les curés de Sainl-Savin, de Sainte-Radégonde et de Saint-Hilaire-de-la-Celle, relevant de ce dernier, ne se présentèrent pas. Cités par-devant la juridiction capitulaire , les vicaires généraux leur firent défendre de comparaître, ce qui dut faire croire quHls avaient d'abord provoqué leur désobéissance. Dans cette opposition des représentants de l'évéque, on ne peut voir d'ailleurs

1 Mém. de M. Coust^iy — Bobiaet, m hune oim.

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(4657.) DE POITIKRS. 555

qu'une mauvaise querelle sans fondement, puisque le Chapitre avait usé d'un droit incontestable, que personne n'avait jamais songé à lui disputer. Le mauvais conseil ne servit qu'à faire condamner les curés récalcitrants « pour avoir d'autant diminué la solennité. » Comme de coutume, le bras séculier se chargea de l'exécution de la sentence. Il y eut opposition : de là un procès qui maintint le droit du Chapitre.

Les auguçtins de Poitiers, à l'ordre desquels avait ap* partenu saint Thomas, avaient donné aux chanoines pour cette même cérémonie une bannière que le doyen avait fait placer dans l'église. Reconnaissant bientôt qu'elle gênait au lieu qu'on lui avait choisi , il la fit poser ailleurs. Les grands vicaires y trouvèrent un nouveau prér texte de contestation, se plaignirent , exigèrent queTétendard fût remis en son premier lieu, et ne furent point écoulés, comme ils s'y étaient sans doute attendus. Alors ils jetèrent dans le public un faclum où les nouveaux griefs servaient d'occasion pour ranimer les anciens, y mêlèrent des termes dont le Chapitre porta plainte pardevant le lieutenant général de la sénéchaussée, et, bientôt assignés, se laissèrent condamner par défaut. Gilbert de Clérambault soutint leur appel et y prit fait et cause pour eux. En se mêlant à l'affaire, il ne fit que la compliquer, et se ménagea ainsi avec le Chapitre des difficultés dont tous ses rapports ultérieurs' devaient garder quelque empreinte. Le procès ne finit qu'après plusieurs années par une transaction '. Mais la paix n'en fut pas moins troublée maintes fois pendant cet épiscopat de vingt-trois ans, qui commença, bien par la faute du prélat , sous de fâcheux auspices.

d D. Font., l. tiv,p. 285.

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55C UISIOIRE de; LA CATUÉDRALE (4<y3S.)

Sou entrée officielle à la cathédrale s'en ressenlil. Ses discussions avec les magistrats qui avaient maintenu les droits du Chapitre avaient plus que refroidi entre eux el lui la bonne intelligence, si désirable à tous égaixis. Soit donc qu'il s'attendit à peu de prévenance, soit qu'il y mît une certaine hauteur qu'on lui a reprochée à tort ou à raison, il arriva à Poitiers le 1 5 mars, à sept heures du soir^ se rendit à pied à Téglise sans aucune cérémonie, et ne voulut pas inviter à dtner, selon Tantique usage, ûI le corps de ville ni les gentilshommes qui s'y étaient rendus, et l'avaient reconduit ensuite jusqu'à sa maison pour le complimenter*. La réception faite aux chanoines ne fut guère plus flatteuse : c'était le préalable d'une mésintelligence qui dura trop, et fit dire de Gilbert, dans une défense présentée contre lui en justice par le corps capitulaire, que » ce prélat était celui de tous qui avail le plus médité de donner atteinte aux droits, juridiclioo, privilèges et exemptions de l'église cathédrale'. » — Depuis Gilbert de Clérambault se sont perdues les traditions séculaires et l'antique cérémonial observé à l'arrivée de nos évéques pour leur prise de possession.

Le commencement de son épiscopat fut signalé par une conversion importante, celle d'un des plus habiles ministres protestants du Poitou. Depuis longtemps, ce parti attirait l'attention des évéques par ses nombreuses infractions à redit de Nantes, qui, en restreignant le nombre des temples et celui des lieux où il en pouvait bâtir, arrêtait les progrès de la secte et s'opposait à ses séductions. C'étaient là les seules et véritables causes qui ménageaient pour un avenir prochain la révocation deTéditi

' Bobinet, t. ii , p. 4529 ; — Jîeg. de l'héL de ville , ad ann. 4658. • Grand Car.Ulaire , t. ii^p. 374.

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(1661.) DK POITIERS, 557

contre laquelle tant d'écrivains passionnés répètent encore les déclamations du philosophisme voltairien. L'épiscopat opposait à ces recrudescences de fanatisme l'activité de son zèle; de toutes parts des missionnaires éclairaient les peuples, des livres de controverses se publiaient^ et maintes fois des âmes touchées, éclairées , revenaient à la vérilé longtemps méconnue. De ce nombre fut le ministre Cottiby, natif de Poitiers, et qui y demeurait. La cérémonie de son abjuration eut lieu le jeudi saint dans l'église cathédrale, en présence, disent les mémoires du temps, de plus de 1 0,000 personnes. Gilbert y reçutpar lui-même les nouvelles promesses du néophyte^ qui ne manqua pas de trouver des adversaires ardents parmi ses anciens adeptes; ses confrères surtout ne lui pardonnèrent point son retour à la religion de ses pères, et le ministre Daillé écrivit contre lui une réponse aux motifs de sa conversion, qu'il avait publiés '. Thibaudeau s'est trompé en rapportant cet événement à Tannée 1683 '.

En 4661 , quelques réparations furent faites à la charpente des combles. Jean Robin, maître charpentier, et Jean Deschamps, couvreur, furent assermentés comme experts, et désignèrent, à la requête des chanoines^ les améliorations qu'exigeait cette partie de Pédifice. Comme les évêques avaient leurs obligations à cet égard , il est probable que celte visite se fit par ordre du Chapitre , afin de mettre Gilbert en demeure de remplir ses engagements. Les pièces manquent pour nous dire à quoi cette expertise aboutit... à rien sans doute, car les contestes ne paraissent pas s'être arrêtés à cet objet '.

* Bég. de VhôL de ville , ad aon. 4659.

* Hiêi. du Poitou , t. m , p. 529.

^ Arch. de la préf. de la Fienne , liasse 456 , année 4664 .

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Une autre altercation s'éleva, en 1666 , entre les deux autorités au sujet des ornements conoplets que l'évoque devait fournir, comme de coutume, et qu'il refusait, s'appuyant sur ce que ses prédécesseurs ne s'y étaient point soumis. L'histoire a fait maintes fois ses preuves du contraire; mais des témoignages irrécusables en étaient encore répandus sur tous les murs de l'église, à ses verrières, et jusque sur les ornements qui servaient au culte divin : c'étaient les armoiries des donateurs , et par elles les chanoines prétendirent prouver la réalité de la redevance. Sur leur requête donc, elle 13 mai 1666, M* Jean de Razes, lieutenant général à la sénéchaussée de Poitou ^ fit, sur délégation du parlement de Paris, une descente à l'église cathédrale. Il était accompagné de deux prébendes, Jean Coullard, sieur du Soucy, et N.... Rogier, sieur de Honay, assistés d'un procureur. Michel CouUaud, peintre, accompagnait le lieutenant général, et avait au préalable prêté serment de ne rien dire que de conforme à sa conscience et à sa mission. Gilbert, invité à comparaître, s'en donna de garde, et l'on procéda sans lui. On reconnut des armoiries sur l'enceinta en pierre qui limitait le parvis; à la principale entrée des orgues, dénaturée avant 1789 par le massif en pierre qui soutient la tribune ; aux deux côtés du bas desdites orgues; au-devant du jubé, proche le chœur; aux grands vitraux de chaque côté du déambulatoire; à chacun des quatre côtés du grand autel ' et de ses quatre grands chandeliers de bronze; au pied du grand pupitre de bronze placé au milieu du chœur; a la grosse cloche nommée Saint-Pierre, puis à celles dites Saint-André,

^ Ces armes devaienl être celles de la Rocheposay, Tautel ayant été douné par lui.

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Saint-Jean , Sainte-Hadeleine. et Saint-Paul ; enGn un écusson formait la lame de la girouette. Tous furent dessinés et peints, marqués d*un numéro de rappel, et conservés pour servir ce que de droit. Nous eussions trouvé dans ces peintures des renseignements précieux et aulhen tiques sur les donateurs de tous ces objets; malheureusement elles ont disparu, et laissé le procès-verbal qui leur élait annexé sans nulle valeur historique. Quant aux résultats que cette reconnaissance devait avoir pour Clérambaalti on les devine : toutefois il ne s'en montra pas plus disposée payer; il fallut qu'un arrêt du parlement, rendu le 19 juin 1669, le condamnât à donner cinq ornements complets ou 1 8,000 livres, et aux dépens. Mais les moyens ordinaires, les mémoires, appels, sursis, allégations de toute sorte, prolongèrent tellement le débat, que onze ans après la querelle durait encore, et le Chapitre, obligé de transiger pour en finir, consentait à accepter des héritiers de Gilbert 12,000 livres et un ornement noir '.

En Tannée 1672 fut fondée dans le bas-côté septentrional de relise, entre la porte des cloîtres et la grille qui ferme le pourtour du chœur, une chapelle de la Sainte- Famille^ dont l'origine n* apparaît dans aucun titre encore existant, et serait demeurée inconnue sans le témoignage authentique que nous en avons récemment découvert. C'était sans doute un lieu de dévotion plutôt qu^un bénéfice. Le fondateur et premier titulaire fut un certain René Lorrain, premier chapelain, bachelier et secrétaire du Chapitre. C'est lui qui , pour orner la chapelle où chaque jour il devait offrir le saint sacrifice , fit peindre à l'huile sur le mur de l'entre-colonnement un tableau de la Sainte

• Grand Carlulaire, t. ii, p. 275 et 287.

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Famille. Ce tableau eslTœuvre d'un peintre de médiocre talent, dont la pensée est souvent meilleure que l'exécution 5 et qui cependant y a jeté des traits non encore trop indignes d'être conservés. Sept compartiments en forment la distribution générale , qui mesure 2 met. de large sur 2 met. 70 cent, de haut. La principale partie tient le milieu de la composition, et présente , dans un cadre à quatre pans, un groupe de cinq personnages. L'un , assis sur une estrade élevée et couverte d'un tapis brun, est l'Enfant Jésus, revêtu d'une longue robe bleue, coiffé d'une de ces perruques qui complétaient le luxe des costumes à la cour de Louis XIV; il montre du doigt le Père céleste , tel que Michel-Ange nous l'a fait au Vatican^ planant au-dessus du groupe, la boule du monde à la main, et laissant échapper de son sein , entre lui et le Dieu fait homme , l'Esprit-Saint qui les unit, sous la forme mystique de la colombe. Ecoulant les révélations de ce divin Maître , Marie et Joseph à sa droite, à gauche Anne et Joachim , sont assis sur deux plans fort rapprochés. Les deux femmes touchent de plus près au Christ, comme ayant avec lui des rapports de parenté plus notables. Il y a dans tout ce monde un ensemble plein de dignité et de calme; les poses sont naturelles, les draperies bien agencées; la figure de sainte Anne pèche seule par une expression tant soit peu commune. Les autres sont bien devinées , et disent tout ce qui convient à chacune. Le Père éternel vaut mieux encore : c'est une belle tête de vieillard qui pourrait servir de modèle — Au-dessous de l'estrade où siège l'Enfant Jésus , est un ovale à fond bleu sur lequel est écrit, en lettres jaunes : la Saincle Famille.

Ce cadre principal se trouve engagé au milieu de quatre médaillons ovales de 35 cent, de haut sur 25 de large.

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(4672.) DE POlTIEttS. 564

qui rentrenl un peu dans ses angles ^ et dont chacun re^ produit l*un des principaux mystères de la sainte Vierge. Un cinquième surmonte le tout et en forme le couronnement. Dans le premier médaillon, à gauche du spectateur, on voit la Naissance de Marie. Cet effet d'intérieur nous ramène bien à ce que les dessins ou tableaux de l'époque nous ont transmis d'un ménage du xvii'' siècle : grande pièce, cheminée à large ouverture, où la flamme pétille devant un linge blanc que fait chauffer une servante. Près de là , sur un premier plan, deux ménagères vues de profil, l'une debout, l'autre à genoux devant un vase plein d'eau, se disposent à Tablution de l'enfant, dont la tête est déjà radieuse, et qu'elles tiennent de leurs quatre mains avec un air de sollicitude qui n'échappe point à l'observateur; tandis qu'au fond de la chambre, dans un lit à colonnes que surmonte un long baldaquin vert, et près duquel se trouve une chaise garnie en velours rouge dont la forme est redevenue à la mode de nos jours, l'accouchée est environnée de sa pa rente. — Une lampe à quatre branches est suspendue au plafond, et éclaire cette scène, sur laquelle il semble en effet qu'une fenêtre à petits vitraux ne répandrait qu'un jour insuffisant.

A droite commence la vie évangélique de Marie. L'ange lui annonce le mystère de sa maternité miracu- Jeuse. Une table oà reposent dos ouvrages de femme, un livre ouvert, dont les pages contiennent les paroles coopératrices de la rédemption : Ecce ancilla Domini; l'ange planant sur un voile de nuages , montrant le ciel d'une main, et apportant de l'autre le lis symbolique à la Vierge agenouillée dans une posture modeste et pieuse : c'est toute celte image oii le ton blafard sur-

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abonde , et qui laisse loin derrière elle , pour le mérite , celle qui la précède. La Vierge seule a dans son coslume el sa pose quelque chose d'heureux qui .dédommage du reste.

Maintenant revenons au côté gauche , et regardons le sujet placé au-dessus de la Naissance de Marie. C'est sa vie intérieure , œuvre très-remarquable de conception , et qui seule a plus de mérite que toutes les autres ensemble, parce qu'elle indique dans son auteur une grande puissance de pensée mystique. Nous avons yu le messager du ciel annoncer à la Vierge de Nazareth quelle gloire lui était réservée Elle a donné son consentement : fiât mihi secundùm verbum tuum. Dès lors elle est devenue une créature à part, ne vivant plus qu'en Dieu , et cet état continuel de son âme unie au Seigneur par les élans de la charité divine , est ce qu'a voulu rendre le peintre. Marie donc, au milieu d'un groupe de nuages qui s'éclaire autour d'elle et se condense en s'éloignant , se présente , les mains jointes sur la poitrine , les regards élevés , l'altitude droite , pleine d'une extase surnaturelle , au Père céleste qui paraît au-dessus d'elle dans la même ligne perpendiculaire , et la bénit à la manière latine , c'est-à-dire de la main étendue , sauf l'annulaire et le petit doigt '. De sa main gauche il tient le globe d'azur paré de la croix d'or. Un beau manteau rouge , la tiare , symbole du pouvoir suprême , derrière laquelle se dessine le triangle lumineux , figure de la trinilé des Personnes, la blancheur argentée de la barbe

' Ceci est remarquable comme point de symbolisme liturgique obserré encore à une époque où les pensées de ce genre avaient été presque entièrement oubliées dans l'art chrétien.

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et la majestueuse gravité de la physionomie, prouvent un grand sentiment des convenances, et beaucoup d'entente de l'art. La simple robe blanche de la Vierge et sa légère ceinture bleue sont d'un effet charmant : tout son être annonce la femme bénie entre toutes, l'objet des complaisances du Dieu qui la regarde. De petits anges s'ébattent autour du Seigneur. Entre lui et Marie, l'Esprit-Saint descend à toutes ailes sur la créature virginale qui aspire à ses dons mystérieux.

C'est dans cette vie toute céleste sur la terre que Marie devait trouver les mérites seuls capables de la faire entrer dans les desseins providentiels. Ce tableau est donc destiné, dans le plan du peintre, à relier le mystère de l'Annonciation au suivant. — Et voilà en effet que, dans le quatrième médaillon, en face, se déroule la Purification légale de Marie , devenue mère , et la Présentation du Sauveur dans le temple de Jérusalem. Marie et Joseph , l'une à genoux , Tantre debout, se tiennent à la porte du sanctuaire. Devant eux siège le grand prêtre , dont le fauteuil, richement décoré, est abrité d'une vaste draperie verte à franges d'or. La beauté religieuse de son éphod et de sa tunique blanche relèvent encore la douce majesté de ses traits, que voile à demi sa longue et éclatante barbe de vieillard. Il tient entre ses mains le précieux Enfant, dans lequel il voit prophétiquement, avec Siméon, et la ruine et la résurrection d'Israël, et qui, reconnaissable à son auréole, semble rester là avec une docilité pleine d'abandon. Les deux colombes de l'offrande reposent tranquillement dans un panier, an pied de la vaste table dressée devant le pontife; deux lampes allumées tombent de la voûte , et rappellent la lumière nouvelle révélée aux nations. Tout serait bien ici, sans un

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enfanl de chœur en robe rouge et à genoux, qui lient un cierge allumé près de la table, et dont la raine équivoque ferait plutôt penser à une amende honorable qu'il subît, qu'à une cérémonie religieuse dont il prend sa part.

Enfin voici l'Assomption couronnantl'œuvre, au-dessus duquel elle se développe dans le cinquième médaillon. Un tombeau vide d'où sorlent un suaire inutile et des fleurs qui se mêlent à ses plis; des apôtres suivant des yeux la femme divine qui s'élève environnée d'esprits bienheureux , forment ce complément de l'histoire de la Vierge. Ce n'est pas le meilleur morceau de notre pièce. En général, l'effet en est lourd; il est dû sans doute au peu de distance que le peintre a laissé entre le tombeau et la femme qui s'en échappe : défaut difficile , d'ailleurs, à éviter, sans diminuer de beaucoup les proportions de cette dernière, qui ne pouvait être vue que dans un certain éloignement.

Au-dessous de cet ensemble, le donateur, selon le pieux usage du temps, apparaît à genoux^ les maios jointes, en costume ecclésiastique, c'est-à-dire en soutane noire recouverle d'un surplis fort ample dont les bords étalent une élégante broderie. Le col du surplis est attaché sous le rabat transparent par deux galons qui laissent retomber sur la poitrine deux glands touffus , d'assez bon genre comme ornement. Des manchettes relevées sur celles de la soutane sont fixées par deux galons noirs noués en rosettes. Son bras gauche porte une aumusse en pelleterie. La figure est douce et pieuse sans affectation; elle s'encadre bien dans une chevelure noire qui descend en flots bouclés sans dépasser le haut des épaules : elle nous rend probablement les traits véritables du personnage. Derrière lai , une main appuyée sur son

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épaule droite, montranl^de l'autre Tauguste imago delà Trinité etde la Sainte Famille , dont il vientde doter l'église, son ange gardien, debout, laisse échapper de sa bouche ces mots écrits sur le fond du tableau : parce illi , domine Le donateur dit pour sa part : maria, mater dei, mémento MEi; il a devant lui un pupitre sur lequel un psautier ouvert laisse lire ces versets du ps. 50 : averte fagiem

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