‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 43 sur 98 · ORATE BEVM PRO EO · texte numérisé non relu

ORATE BEVM PRO EO

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Voilà qui dit tout. Nous avons donc ici une peinture faite par le premier chapelain de notre église cathédrale. Ce chapelain avait nom René Lorin; et si, comme le dit clairement la phrase, il est le donateur et le fondateur de cet ouvrage, on trouvera sans doute un intérêt de plus à la résurrection de ce morceau, qui, sans être un chefd'œuvre, n'est cependant pas sans mérite, et nous offre dans certaines parties des caractères de naïve piété qui font bien penser de l'artiste. Il n'y faut chercher , nous l'avouons , ni la science de la perspective ni celle du clairobscur; on y peut noter des fautes de dessin.^ mais on y remarque aussi avec plaisir des jeux de physionomie bien rendus, un coloris que près de cent cinquante années, plus cinquante autres de badigeonnage, n'ont pas affaibli, et des détails assez curieux pour l'histoire de Péglise. Ainsi nous avons vu de quel costume moins mesquin que le nôtre se revêtaient les ministres inférieurs de la cathédrale; le médaillon de la Présentation nous rend celui des enfants de chœur ou des simples clercs avec les manches pendantes. Les ornements épiscopaux de saint René sont aussi ceux de nos évêques qui suivirent M. de la Rocheposay , mort en 1651 , dont la mitre, comparée à celle-ci , était beaucoup plus écrasée, si l'on en juge par celle qu'on lui a donnée dans le tableau de saint Dominique qui décore la chapelle de paroisse.

Enfin cette peinture murale est encore un curieux objet de rapprochement avec les trois autres tableaux de Bertrand de Kneringuen, de Toussaint Johanet et du sieur de Jax, où les donateurs figurent au premier rang. C'est pourquoi nous avons cru devoir attacher quelque importance à sa découverte, et pourvoir à sa restauration, que M. Honoré Hivonnait, l'auteur de la plupart de nos planches, a opérée en 1847.

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Ce tableau , comme tant d'autres que le hasard fait retrouver tous les jours dans nos églises, avait été badi* geonné avec le reste du vaisseau lors des réparations entreprises par M. deSaint-Âulaire. Nous soupçonnâmes son existence à quelques-unes de ses lettres mises à nu parles éraillements d'une échelle. Un peu d'eati tiède et de soins firent le reste.

René Lorin , dont on voit la signature sur les actes capitulaires dès l'an 4641 , mourut vers le mois de décembre 4689. Sa famille avait depuis longtemps des relations avec l'église cathédrale. En 1648, un Laurent Lorin, peut-être son père, y était Organiste, et pourvu à ce titre d'une maison canoniale à la Réau, près Chaulnay '.

Un de ses parents, son frère peut-être, qui semble avoir succédé à son père, était organiste en 1681 , et se fit alors une malheureuse célébrité. Le vendredi 26 décembre, des charbons que l'imprudent artiste avait laissés dans la galerie de l'orgue enflammèrent la boiserie, et déterminèrent un incendie qui consuma le bel instrument. L'intensité de la chaleur, s'augmentant de la nature des matériaux, du bois sec, du plomb fondu > endommagea la rose de la façade , et il est probable que raclion de l'élément destructeur ne fut pas sans effet sur le surplomb qu'elle a subi , non plus que sur les brisures qu'on remarque aux premières travées de la voûte. Quels résultats n'aurait pas eu l'envahissement des flammes jusqu'à la charpente , si leurs ravages se fussent prolongés jusqu'à causer la chute des berceaux ! Heureusement tout fut dévoré avant que ceux-ci ne ce-

• Grand Cartulaire , t.v, p. 636.

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5f»8 HISTOIRE DK LA CATUÉDRALE ;4G8I.)

dassent, et l'anxiété causée par celte longue incertitude fit place à une joie universelle qui se manifesta en de subites actions de grâces. Les nombreux témoins de cette terrible scène s'agenouillèrent sur les dalles encore tièdes du saint édifice pour remercier le ciel de le leur avoir conservé , et, dès le surlendemain , un mandement concerté entre Tévêque et le Chapitre invita les fidèles de Poitiers à de solennelles marques de reconnaissance. Une procession se fit donc , le dimanche 4 janvier 1682, de réglise cathédrale à Notre-Dame-la-Grande. L*ai&uence y fut considérable. Tous les corps religieux et laïques y suivirent le Saint Sacrement, porté par le prélat» et, au retour, un sermon fut prononcé par le théologal*. Ainsi disparut ce meuble, qui passait pour ce un des plus beaux du royaume. » Dans la visite qui fut faite en1684, quand il était question de réparer cette perte, il fut estimé par Jean de Bonnefoy, prêtre et organiste de Saint-Hilaire, qui l'avait souvent touché, à une valeur de plus de 30,000 livres. Mais ce projet, entrepris sur les ordres du roi, n'eut pas de suite. L'église, attristée, sévit condamnée à n'entendre plus de longtemps ces accents mélancoliques et graves qui accompagnent si pieusement la prière catholique, et quand ils lui seront enfin rendus, ils devront, avant de servir à leur noble fin , accompagner des chants impies et glorifier les saturnales de la raison.

Cette môme année 1681 , Jean Serré, prêtre, « ayant été nommé par messieurs du Chapitre sacriste de l'église cathédrale, » il fallut « lui remettre es mains les orne-

« Robinet, Cantin. desann. d'AptU.^ p. 4379 ; — Thibandeau , t. m, p. 434 ; — Mandement de monseigneur Fortin de la HogueUe, dans D. Font., t. LX.

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mans, linges et argenterie contenus en un inventaire, » et cet inventaire fut refait et récoUigé en sa présence u par vénérable Mathieu Citoys, chanoine prébandé de ladite esglise, » le 6 octobre.

L'énuméralion des omemaiM , belles étoffés , chapelles et autres paremenU ne présenterait qu'une répétition souvent peu curieuse des mêmes objets. Ifous n'en citerons donc que les principales pièces, celles qui peuvent donner une idée des véritables richesses que possédait en ce genre la sacristie capitulaire. Le texte du catalogue' est en français- Mous voyons figurer au premier rang « la chappe dicte Tarbre de Jessé, toute battue d'or , avec la généalogie de la Vierge, en personnages relevés en or, donnée, ainsy que lesdits sieurs comme ont déclaré, par Monsieur du Bellay , évesque de Poictiers , en Fan mil quatre cent soixante et dix-huit, comme il appert par les armes du* dit seigneur évesque. . . * •

Plus deux cbappes de drap d'or snr velours ronge, fort vieilles...

Plus trois vieilles cbappes de velours crarooisy , fort uzéo ; avec orfrays , chargée de persoonages relevés en broderie.

Pnis une, beaucoup d'autres cbappes, dont une verte tirant $ur Vor ; deux petites de taffetars brodé servant aux enfants de eceur ; deux de velours tiolM avec un petit passemant émargent et un fil éTor meilé en^ Mmft/e; dix de velours à ramages à. la turque ^ , rouge cramoisy à fond satin blanc , toutes peufves , avec un gros galon effrange d'or, etc., etc. En tout, cinquante-deux cbappes.

En fait de parements d'auleh, c'est-à-dire de pièces d'étoffes précieuses formant tentures sur les trois ou

' G'estrà-dire jetés en arabesques sur le fond.

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quatre côtés des autels , et qu'on changeait à volonté^ on remarque les suivants :

Trois de velours rouge, dont un garni de fleurs de lys d'argent; un autre parsemé de fleurs de lys et de clef d'argent, au milieu duquel « sont les armes de M. Langre , évesque de Poitiers '; le V avait, sur un fond semé des mômès clefs et fleurs de lys , un crucifix en broderie d'or , « aux costés duquel les images de la Vierge et de sainct Jean , aussi en broderie d'or. »

Un devant d'autel de velours à la turque, à fleurs rouge cramoisy , fond blanc garni de grand galon d'or, et les armes de monsieur de Clérambault.

Un ciel et la garniture de quatre quenouilles de pane noir •, garnis de franges d'argent, avecq les armes de monsieur de Clérambaud , le tout changé en tunique.

En tout seize parements de toutes couleurs liturgiques et quatre draps mortuaires , dont 3* de velours et un «d'ostock '.

Parmi les linges de sacristie se trouvent « dix-sept aubes servant au commun...; trois de bapliste à dentelles; seize de toilles blanches toutes neufves; cinq autres de grosses Aulande garnie de dantelles, avec leurs aumitons ^..^ ; huit douzaines de purificatoires, tant bons que cbétifs; trois douzaines de nappes-serviettes , etc.

* Ce monsienr Langre , qu'on pe devinerait gnère à ce nom , n*est autre que Charles de Pérnsse d'Esears, évéque de Poitiers en 4564 , et transféré k Langre$ , où it mourut en 4644.

* De drap noir. —Ce ciel était une espèce de dais qui sans doute avait servi aux obsèques du prélat l'année précédente.

' Pour oitade, sorte d'élofTe de laine.

^ Amietuiny amict , mot actuel, qui se trouve employé dans cette pièce à plusieurs reprises à côté même du premier.

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(468^) DE POITIEKS. 574

Vieoneol ensuite les ehezubleê ei leurs daimatiques, les estolles et fanons ' , en velours, daman, satin plus ou moins réauné d'or et d'argent; rouges, verts, violets, blancs; noirs ^ unis ou à parements , garnis ou non d'orfrois et de dentelles. On voit même des chezubles de veloun bleuf, couleur qui n'est plus employée. Beaucoup de ces omemenls et de ceux qui précèdent portent les armoiries de MM. du Bellay, de la Rocheposay, de Pérusse fl'Escars, Geoffroy de Saint-Belin, Gilbert de Clérambault, Juvénal des Ursins , tous évoques ; ou de chanoines et dignitaires de l'église dont plusieurs ont été déjà mentionnés , et auxquels il faut ajouter monsieur Lefranc , chanoine prébende; monsieur Chapeau^ « prévôt de ladite esglise; deffunt monsieur Âubert, doyen de l'esglise de céans, et monsieur Fauveau, officiai,» celui-là même à qui nous devons un calendrier de la cathédrale, et uq cérémonial avec lequel on se fût évité convenablement la peine d'en fat)riquer un nouveau.

Les courtines de l'autel , ou rideaux qui Fenlouraient, ont aussi leur importance par la richesse de leur étoffe et leurs diverses couleurs, qu'on assortissait avec celles des ornements de l'autel et des vêtements des ministres. Il paraît qu'elles servaient assez ordinairement à double fin, car elles sont presque toutes citées comme étant de taffetas (^ verd et jaune...; de partie blanc et l'autre noir...) partie rouge et l'autre vioUet...; moitié blanche et viol- M, etc* » -^ Ici il faut remarquer (c le tour du dex et le tour de la chèze de velours violet garni do fleurs de lys d'argent, avec de la frange d'argent et de soye, où sont les armes de monseigneur de la Rocheposay , évesque

t MaDipules.

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de Poictiers, el de deux clefs de sainct Pierre; — une escherpe de velours rouge el un autre daman blanc, » servant sans doute encore pour les livres de l'autel , ou au prie-Dieu deFévêque; — enfin «la garniture de la niche de damars rouge garnie de passements d'argent, «> qui servait probablement aux expositions du Saint Sacrement, déjà anciennes. Nous avons vu dans le recensement de 1406 des vaisseatix destinés au Corpw Christi , et employés sans doute au même usage.

Maintenant nous allons donner le texte complet et littéral (c de l'argenterie et meuble de la sacristie de ladite église :

Premièrement une ancienne croix d'argent avec son baston couvert d'argent.

Plus une autre croix d'argent doré en quelque endroit, avec son baston couver d'argent , flgurée, quy feust donnée par deffunct monsieur Chapeau.

Plus un bénistier d'argent avec son aspersoy , aussy d'argent.

Plus un siboyre d'argent doré, quy est ordinairement au tabernacle du grand anteL

Plus deux paix d'argent doré.

Plus quatre calisses avec leurs plataines , deux d'argent doré , et le plus grand, dont la coupe et la plataine sont d'argent doré, et le reste d'autre métal doré , et celui qui sert au grand autel est d'argent doré antour du pied et de la pougnée.

Pins deux chandeliers d'argent donné par M. deLangres, arbores de ses armes , comme il paroist.

Plus deux texe, ou livres couverts d'argent d'un costé seulienient pour dire les espitres et évangilles.

Plus deux ensansoners avec leurs chenettes et deux navettes , et deux petittes couillères aussi d'argent , avec leurs chesnettes.

Plus un baston cantonal et celuy du bastonnier couvert d'argent , auquel baston cantonal y a une pierre de prix qu'on met au bout diidit baston.

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Plas uDsoieii d'argent doré potir mettre ic Saine tSacremenr.

Plus un calice d'argent et deux petits chandeliers et deux burettes, donnés par monsieur Fauvean y officiai.

Plus une croix d'argent doré , deux chandelliers , deux canettes aussy d'argent doré, un petit chandellier pour esclairef au prestre qui officit au grand autel , un petit bassin d'argent blanc.

Plus deux petits tableaux d'albastre.

Plus une père de fers pour faire du pain à chanté, un compas avec deux plaques.

Plus deux formes d'anges quy sont de boys doré.

Plus une fontaine d'estain quy sert aux prestres qui officient, qui se resevertisseut dans la grande sacristie, et une autre d'airain, qui est dans la petite sacristie.

Plus huict gros livres servant au chœur.

Pins quatre processionnaires.

Plas huict psautiés.

PIds deux grands missails neufs et^trois anciens et frippés.

Pins un miroir.

Qui sont tous les ornements , linge et argenterie -de la grande sacristie de laditte esglizc trouvez es coffres , fenestre et armoires d'icelle, et quy y ont esté remis en la garde dudit sieur Serré, quy s'en est chargé pour eo tenir estât et compte * »

Ce relevé est loin de valoir celui du xv* siècle; toutes ces richesses sont pauvres; rien de précieux n'a pu échappera l'avide recherche des héros de 1562; on ne reconnaît pas une pièce de cette époque, sinon peut-être ce bâton canlorial rehaussé d'une pierre de prix. Et si quelque chose .de luxe eût échappé aux ravisseurs^ on aurait dû s'en défaire pour se procurer les meubles les plus indispensables.

On voit ici le $oleil émargent doré qui servait déjà aux

• Arch. de la Vienne^ Chapitre de la cathédrale , liasse 1. Cette pièce a été publiée aussi par M. Rédet dans le Bulletin archéologique y t. m , p. 451 ' et suiy.

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bénédictions du Saint Sacrement; on voità raulel, non plus la crosse symbolique où pendait le vase delà sainte réserve, mais le ciboire et le tabernacle où on le renferme. Plus de fene$trei ou armoires pratiquées dans le mur de clôture du chœur; ce mur du fond a disparu, et l'autel a changé de place. M. de la Rocheposay a passé par là.

L'évêque que nous avons vu s'associer si intimement à la pensée publique, lors de l'incendie de l'orgue, n'était ' plus Gilbert de Clérambault. Celui-Kîî, mort le 3 janvier 1680, avait eu pour successeur, dès la même année, Hardouin Fortin de la Hoguello , déjà évêque de Saint- Brieuc depuis cinq ans. Nous ne voyons pas que Gilbert ait été inhumé dans son église. Ses nombreux différends avec le Chapitre, et l'attention vigilante que ce corps avait apportée à garder s6s di'oits battus en brèche, avaient dû laisser au prélat une médiocre sympathie pour ces relations d'outre-tombe. Peut-être eût-il passé sur ses répugnances s'il eût songé à sa mémoire, qui eût vécu> comme celle de tant d'autres, à l'abri de ces voûtes sous lesquelles il avait prié. Transportée ailleurs, elle s'est effacée avec l'asile qu'il s'était choisi , et personne des écrivains que nous avons pu consulter ne fait mention de sa sépulture. Fortin de la Hoguelte arriva à Poitiers le 4 septembre 1680, sans aucune des cérémonies dont Gilbert avait montré, par trop peu de réflexion, que le peuple et les grands pouvaient se passer. La voie était ouverte; tout manquera désormais , depuis les barons et ta haquenée blanche jusqu'au corps de ville et aux huches-trompettes qui le précédaient, et, pour rendre un jour quelque appareil à cette venue du premier pasteur au bercail, il faudra qu'après une révolution destructive de toutes les grandes choses, un régime nouveau, élevé sur des ruines,

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décrète de nouveaux honneurs à l'épiscopat, dont les membres auront été martyrisés... Fortin entra donc dans son église quatre jours après son arrivée, reçu tout simplement h la grande porte par le Gliapitre en corps. Le chant du Te Deum se mêla aux volées de toutes les cloches; la messe du Saint-Esprit, célébrée pontificalement, fut précédée du serment qui assurait Tintégrité des privilèges canoniaux, et tout rentra dans le silence '.

Cinq ans après , en 1^85, Fortin quittait le siège de* Poitiers pour celui de Sens. Le 13 novembre de cette même année, Armand de Quinçay prenait possession en son lieu et place ; bientôt dégoûté de la vie active et extérieure d'un évêque, il se démettait au mois d'avril 1686, et l'évêque de Tréguier, François-Ignace deBaglion de Saillant , devenait le nôtre. Ses bulles ne lui furent cependant accordées qu'en 1694, par suite des difficultés entre la cour de Rome et le roi de France.

L'administration capitulaire fut signalée dans cet intervalle par une de ces épreuves que TEgiise gallicane avait subies maintes fois de la part de ses ennemis , mais que ses amis auraient dû , ce semble , lui épargner. Louis XIV était obéré par ses guerres, justes ou non. L'argent manquait, et les dernières dépenses de Versailles, achevé en 1 687, devenaient un surcroît de pénurie. Le roi inventa un emprunt forcé sur les églises de son royaume : une lettre fut adressée aux évoques. Sur le compte qu'on lui en avait rendu , disait-il , « il y avait beaucoup d'argenterie au delà de celle nécessaire pour le service divin; il ne demandait que ce qui serait superflu dans les églises du diocèse; ces matières, portées

• Bobinel, p. 4377.

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à la monnaie, seraient converties en espèces (l*or et d'argent. >i Le roi comptait recouvrer ainsi celles qui sortaient du royaume avec les protestants fuyant devant les conséquences de redit de Nanles* Sa Majesté avait la première donné l'exemple, et jeté au trésor commun le superflu de sa table et de ses écrins. Au reste , la valeur de ces objets devait être payée comptant d'après un tarif annexé à Tordonnance royale du 14 décembre 1687, et si le produit monétaire de cette fonte dépassait les besoins de TElat , on rendrait ce surplus aux fabriques pour les besoins des églises qui auraient prêté '. » U fallut bien s'exécuter encore. Nous n'avons pas les comptes authentiques de ce qui fut donné par notre cathédrale; nous n'avons vu nulle part trace de cette restitution promise pour la forme; il ne reste donc de ce fait qu'un souvenir, et ceux qui savent l'histoire ne peuvent s'empêcher de remarquer comment Louis XIV reconnaissait le service que venait de lui rendre le clergé de France en déclarant^ dans l'assemblée fameuse de 1682, que le pape ne pouvait rien survie temporel du roi. Avant cette commode maxime, le pape recevait l'appel des églises surchargées de taxes exorbitantes ; il s'opposait à leur spoliation. Le système nouveau était-il plus favorable aux libertés de l'Eglise?

Le Chapitre entrait un peu mieux dans l'esprit de la religion, lorsque, assujetti à ce nouvel impôts privé d'une partie de ces richesses du culte qui eussent été mieux employées , selon les promesses de la cour, à relever un si grand nombre d'églises dont les ruines conservaient encore les marques de tant de mains proies-

* D. FoDt., t. t.x, adcalcem.

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(4e»5.) I)E POITIERS. 577

tantes, il tournait ses regards vers le Sauveur outragé^ et s'efforçait de ranimer la foi des peuples au plus auguste de ses mystères. Il établit, en 1693 , dans la cathédrale, l'adoration perpétuelle du Saint Sacrement '. La solennité s'en fit avec toute la pompe qu'apporte ordinairement le concours des autorités et des populations empressées, les unes de donner de pieux exemptas, les autres de les suivre. La Rocheposay avait fait instituer, dès 1642, que le jeudi de chaque semaine serait désormais consacré exclusivement à celte même dévotion. Le Chapitre avait secondé ces vues louables, et depuis ce temps l'office de ce jour, lorsqu'il n'est pas empêché, se continue sous la même forme, H. de Saint-Aulaire l'ayant conservé avec soin iars de la dernière révision de notre bréviaire diocésain'.

Le besoin d'argent qu'éprouvait à de fréquentes reprises le trésor royal élait comme une de ces crises violentes du corps humain , auxquelles on remédie par une saignée; la seule différence était alors que le malade se guérissait en faisant saigner les autres. Ainsi les droits d'amortissement et de nouvel acquêt furent encore demandés au Chapitre en 1694. Cette fiction dérisoire lui coûta alors 2,463 liv. 17 s., payés le 30 décembre; ce qui n'empêcha pas que, le 2 mars 1695 , il paya encore une autre taxe de 2 s. pour livre sur tous ses biens ^ Il est vrai que les cathédrales se consolaient de ces dépenses improvisées par des Te Deum en grand nombre : c'était depuis longtemps un concert dont les échos ne se taisaient que pour recommencer bientôt plus sonores. Les

• Reg.deVhôi.àe ville,

• D. Font., t. Liv.

• Grand Cartulaire , t. v, p. 625 et 627.

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ôli UJSTOIRE DE LA GATÛÉDRALE (4694.)

registres du Chapitre ont mentionné, à la fin de ce siècle, ceux du 25 août 1687, pour l'érection de la statue de Louis XIV sur la place du Marché-Vieil , dite depuis lors place Royale ; du 27 juillet 1 692, pour la prise de Namur; du \" décembre 1697, pour la conclusion de la paix avec la Hollande et TEspagne ; du 20 de ce même mois , pour la paix avec TEmpire. Celle gloire , qui coûtait si cher à la France , devait s'expier cruellement par la vieillesse du grand roi...

Le commencement de l'année 1698 fut marqué par un événement heureux pour notre église : les reliques de sainte Florence^ que nous avons vu déposer, au XI" siècle, entre l'autel de la Sainte-Vierge et celui de Sainte -Madeleine S y avaient été oubliées, la destruction des titres originaux de cette translation n'ayant laissé à ce sujet qu'une tradition vague et sans renseignements précis. Il arriva que, le 26 janvier 1698, M* de Rochechouart , chanoine, étant mort, on creusa, non loin de la porte qui menait au chœur par^lessous le jubé, une fosse pour son inhumation. Quelque peu de terre fut à peine remué , que le fossoyeur découvrit une botte en chêne parfaitement conservée et scellée de toutes parts. Des chanoines présents à l'opération l'ouvrirent aussitôt : on y trouva un dépôt d'ossements de femme enveloppés dans une pièce de taffetas qui avait conservé toute sa fraîcheur. L'évoque étant malade, le Chapitre reconnut le précieux dépôt, et l'église recouvra par cette heureuse circonstance de quoi remplacer la portion de ces mêmes reliques que les calvinistes avaient brûlées en 1562\ Malheureusement les

• r. ci-dessus , *'• partie , ch. VU.

* Bobinet, p. 4408.

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) DE POIïlKRS. 370

ressources câpilnlaires, amoindries par les charges pécuniaires que le fisc lui imposait si souvent, ne permettaient pas de donner à celles-ci une châsse digne des pieux souvenirs qui s'y rattachaient, et on se contenta de les placer sous le grand autel. La dévotion à notre sainte s'en renouvela. Elevé d'abord dans l'église cathédrale au rit double mineur, Toffic^ y fut porté dans la suite à celui de solennel mineur avec chantre. C'est ainsi qu'il était désigné àansYordode 1792. Quand l'impression de cet ordo fut reprise, en 1 804 , après la période révolutionnaire , ce même rit fut conservé sans aucune mention du motif qui l'avait fait adopter. Mais, en 1822, le Chapitre ayant décidé^ en assemblée générale du 4 juillet, que certaines fêtes, célébrées par lui jusqu'alors sous un rit plus solennel que dans les autres églises du diocèse, rentreraient dans les usages généraux, il en excepta les troisièmes dimanches des mois de février et d'août, consacrés à l'Adoration perpétuelle , la fête de saint Pierre-ès-Liens, et celle de sainte Florence, a dont les reliques sont sous le grand autel. » Chacune de ces fêtes garda son degré usité ; la dernière fut solennelle mineure, et, depuis 1 823, l'ordo ajoute toujours en l'indiquant : « In ecclesia cathedrali solemnc minus cum credo , propter corpus quod asservatur sub altari majori '. »

L'abbé de Saillant ne vécut pas aussi longtemps à la tête de son troupeau que l'auraient fait désirer ses vertus et les heureuses qualités qui les rendirent aimables. Doué surtout d'une charité toute pastorale, il mourut le jour même où sainte Florence ressuscitait en quelque sorte pour son diocèse, et laissa, en s'éteignant, la ré-

■* Jieg. des délibérations eapitulaires depuis \90Â^.f. 406';— Proprtum SS, diœciêii piciav. 4755 , in-S*" , p. 92.

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putation d'un jusle. Le tumulte des affaires militaires et les fonctions de son grade de colonel avaient occupé ses premières années sans altérer sa piété naturelle; mais ses penchants plus paisibles l'avaient enfin porté vers la vie retirée et studieuse do l'Oratoire , dont il était devenu général) et d'où il était passé en 1679 à son premier évêché. Nous ne savons s'il se montra généreux envers son église de Poitiers et sympathique au Chapitre. On doit le supposer par le choix qu'il fit de son dernier lieu de repos sous les murs de la basilique poitevine. On Ty enterra le 8 février, dans la chapelle de Saint-André, proche l'autel et du côté de l'évangile. Le 5 mars suivant eut V>ou pour lui un service de quarantaine; son oraison funèbre y fut prononcée par le P. Chesnon, recteur du collège des Jésuites, et l'on plaça au-dessus de sa tombe celte épitaphe, qui résume avec simplicité ce que nous venons de dire d'une vie sans faste et pleine de mérites :

HIC SITUS EST DD. FRANCISGUS IGNATIUS

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