I>E PROFUNDIS
Le haut de l'encadrement qui renferme ce chant funèbre était orné des armoiries de la déifunte ou de M. de Blossac lui-même, peul-êlre des deux. Elles furent martelées en 1792, et n'ont laissé après elles que les traces grossières du vandalisme officiel.
L'année 1769 vit opérer la destruction de la flèche, appelée encore petit clocher, qui s'élevait au -dessus du transept. Depuis l'accident qui l'avait atteinte en 1713, sa solidité avait donné des craintes. Quelques lézardes s'étaient montrées peu après dans sa belle maçonnerie, et demandaient des réparations de jour en jour plus urgentes. Les frais de reconstruction purent effrayer quand on les rapprocha de tant d'autres dépenses auxquelles ne pouvait pas suffire la belle somme obtenue de la cour. Le Chapitre, qui ne se sentait pas assez fort pour ajouter des sacrifices nouveaux à celui de ses 25«(U)0 livres qu'il donnait à grand'peine , en passa par l'expédient que proposait son entrepreneur, et la démolition de la flèche fut résolue. Quelque nécessaire que fût cette détermination, nous la regretterons toujours, comme ayant ôté au vaisseau l'un des plus pittoresques caractères de son aspect général'.
Les cloches de petite dimension que contenait ce petit clocher furent transportées dans le clocheton de la Madeleine '.
* Archiv, de la préfect, de la tienne ^ ubi suprà. » Ibid,
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Les embarras financiers de l'église'et ses grandes dépenses ne purent la soustraire aux exigences du fisc, qui vint encore en 1770 lui demander 900 livres « de droit d'échange » pour ses biens qu'elles n échangeait pas. A celle époque, elle possédait dans la généralité de Poitiers vingt-neuf seigneuries, et d'autres terres et fiefs qui n'en faisaient point partie. Parmi ces terres se trouvaient comme les plus considérables Biard, la Tour-de-Jardre» le Breuil-Patri, Mouterre-Silly, Montgamer, Nouzilly, Smarves, et d'autres dont le nom se rattache aujourd'hui à des communes assez importantes.
A cette époque fut prise une décision que le philosophisme sollicitait depuis longtemps sous les spécieuses apparences du bien public, qui lui servit si souvent de manteau,mais qu'inspirait la seule haine du catholicisme, qu'on battait en brèche d'une main , sauf à écrire de l'autre que rien dans la mesure enfin obtenue ne blessait ses dogmes et son esprit. Nous voulons parler de la «déclaration du roi » du 10 mars 1776, interdisant les sépultures dans les églises. On comprend difiicilement le danger sérieux que pouvaient offrir , sous six pieds 'de terre et chargés d'une pierre de taille cimentée à petits joints, • des corps dont la plupart étaient d'ailleurs enveloppés dans des bières de plomb. Les églises y perdirent une de leurs plus graves et de leurs plus utiles décorations. Les épilaphes, les figures en pied des hauts personnages, patrons ou bienfaiteurs du saint lieu ; les chefs des communautés, les guerriers, les nobles dames avec les costumes de leurs temps, n'élaient-ils pas des monuments historiques qu'aujourd'hui nous serions fort heureux de Ijosséder? Tels sont les témoins des vieux âges que nous pordimcs sous les coups d'un préjugé admis sans cxa-
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men, comme tous ceux qui attaquent la religion. Pour les évoques, il y avait force de loi cependant; il fallut bien qu'ils s'y soumissent, et M. de Saint- Aulaire dut, comme les autres, rendre un mandement, daté du château de Dissay le T' mars 1778, recommandant l'exécution de la déclaration royale. Ainsi nul ne fut plus inhumé dans l'église cathédrale ; le cimetière contigu, qui recevait les chanoines et celles des autres personnes du quartier qui l'obtenaient par une faveur exceptionnelle, fut abandonoé et transformé en jardin : ce qui explique comment une si grande quantité d'ossements en furent exhumés lorsqu'on 1835 on releva le terrain .devenu celui du presbytère de Saint-Pierre.
Nous arrivons à un fait regrettable» et qu'on ne peut enregistrer sans l'accompagner de tristes réflexions.
M. de Saint-Âulaire^ en s'applaudissant d'avoir obtenu des ressources à peu près suffisantes pour réparer les désastres dont son église avait tant souffert , ne s'était pas dissimulé qu'à la longue le défaut d'entretien la remettrait dans le même état, et que ce défaut naîtrait de la pauvreté du Chapitre. Il ne vit qu'un moyen d'y parer : l'établissement et la dotation d'une fabrique sur les bases arrêtées par le décret donne en parlement le 2 avril 1737 '. Quant aux fonds à lui allouer, il trouva une heureuse occasion de les obtenir dans l'extinction de la Congrégation des Exempts, prononcée par lettres patentes de Louis XV '. Les biens de cette congrégation ayant été mis à la disposition des évêques pour être employés «à tels établissements ecclésiastiques qu'ils jugeraient
* C'est ce décret qui a servi de fondement à celui de 4809 , quifi^égit aujourd'hui la matière^
* Datées du 25 mars HTO.
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convenables» » le prélat. eiil bientôl donné une destina* tioo à ce secours providentiel. Il songea aux besoins de la cathédrale et à ceux de ses trois archidiacres^ qui, obligés à des frais de visite dans le diocèse, ne touchaient pour cet objet aucun dédommagement.
L'abbaye de Charroux était comprise dans la mesure arrêtée par les lettres patentes. Mais le Chapitre de Brioude, auquel il était question depuis longtemps de la réunir, sollicita un arrangement dans lequel M. de Saint* Aulaire entra volontiers. En cédant aux chanoines auvergnats l'union qu'ils ambitionnaient comme un surcroît désirable de leurs minces revenus^ il accepta en échange les deux prieurés de Notre-Dame de Niort et de Notre- Dame d'Alloué, situés dans son diocèse, et un brevet royal donné le 1 1 août 1776 les livra à sa disposition. Ce brevet portait expressément l'union des nouveaux revenus « au » Chapitre de Téglise cathédrale de Poiti^rSTT pour sup- » pléer à la dotation insuHisanle tant des trois archi- » diaconés que de la fabrique de ladite église, dans la d proportion et suivant la répartition entre lesdits archi- » diaconés et fabrique, qui serait faite ou indiquée par » révoque de Poitiers. »
Ces termes étaient bien clairs. L'évêque en conclut qu'il allait décharger le Chapitre des dépenses onéreuses nécessitées chaque année par les besoins du culte et de l'entretien matériel de l'église; et comme les droits auxquels l'usage l'assujettissait lui-même étaient des charges non moins pesantes . pour l'évêché, dont les biens avaient aussi diminué de beaucoup, il pensa que l'avantage procuré au Chapitre devait être partagé au profil du Siège, et, sur l'avis de l'archeyêque de Bordeaux, consulté à cet égard, il offrit au Chapitre de
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442 rilSTOiKli: DR LA CATHÉDRALE (1789.)
choisir entre l'un des deux prieurés d'Alloué ou de Niort^ se réservant de garder l'autre, mais entendant bien que les deux seraient administrés conjointement par l'Evèqueetle Chapitre, comme étant unis en même temps à la mense épiscopale et capitulaire.
Les commissaires délégués pour conférer avec M. de Saint-Aulaire ne virent aucune objection au plan proposé; mais, dans l'assemblée tenue à ce sujet, les deux tiers des voix lui furent contraires : on prétendit que l'évêque ne pouvaitespérer une libération deses charges pour un mince revenu de cinq à six mille livres fait à l'église. De son côté , l'évêque travaillait, il est vrai, moins pour lui que pour son siège et ses successeurs, puisque le titulaire du prieuré qu'il eût cédé, étant plus jeune que lui de beaucoup , et devant en jouir jusqu'à sa mort, le prélat conservait personnellement jusque-là les obligations de ses prédécesseurs envers le Chapitre. Mais la véritable raison de celui-ci était qu'effectivement il devait perdre au change. Si donc il avait droit au fond, il se donna des torts réels dans la forme, en prenant une délibération absolue et irrévocable, sans aucune négociation avec sa partie adverse, en publiant contre elle un factum où il l'accusait de simonie, en posant comme décision de la Sorbonne l'avis d'un simple membre de ce corps, rendu sur un faux exposé , en faisant enfm à tous les détails de cette affaire une publicité qui devint un scandale et qui força l'évoque à répondre par un mandement plein de modération et de dignité aux injurieuses imputations qu'on s'était permises , sans respect de son caractère et de sa personne. Un mémoire fut aussi adressé au conseil de conscience de la Sorbonne ; cette savante société y répondit en disculpant l'Evcquedes imputations odieuses
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de son Chapitre. Mais» ce dernier n'acceptant pas au fond rechange proposé , les choses en restèrent là , et les deux prieurés demeurèrent à la mense capilulaire de Brioude '. Le Chapitre de Poitiers , qu'y gagna-t-il?
Cette malheureuse affaire dura quatre ans, et ne fut terminée qu'en 1779.
Le 27 septembre 1785, quelques frères de la Trinité, fondés au xii* siècle pour le rachat des captifs retenus dans les Etals barbaresques , passèrent à Poitiers accompagnés de cinquante-deux Français qu'ils venaient de racheter à Alger. Le but de leur voyage était d'intéresser les populations à l'établissement d'une maison de leur ordre à Marseille. Et ces hommes, qui leur devaient, avec la liberté je retour à leur religion longtemps oubliée par quelques-uns, consentaient à les suivre dans les principales villes , où leur présence devenait un irrécusable témoignage du zèle charitable . pour le succès duquel on sollicitait. Le lendemain de leur arrivée, le clergé de Poitiers se réunit à eux à Saint-Porchaire , et les conduisit en procession à Saint-Pierre, où une messe fut célébrée et une exhortation adressée à la foule par un des pères rédempteurs. L'assistance était considérable; la quête fut abondante et répondit au sentiment de pitié profonde qu'inspira la vue de ces malheureux, en qui le bonheur de retrouver leur patrie n'avait pas encore effacé les traces visibles de longues souffrances et de pénibles privations. Parmi eux se trouvait un habitant de Poitiers, Pierre Marin, qui, ayant été capturé à 29 ans, en avait passé huit en esclavage; trois autres étaient du diocèse,
* Pouillë du dh^cése y \7S(} ^ pp. 49 et 70. — Mandement dn 25 mars 4777 , avec les picVcs et mémoires y annexés.
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et s'arrêtèrent successivement dans le lieu de leur demeure, à mesure que la petite colonie y passait ou séjournait dans les environs : c'étaient Pierre Pibrac, d'Oradoor, Jacques Février, de Châtellerault, et François Hippolyle, de Niort. Le premier avait été retenu dix-huit ans, le second trois ans , le troisième treize ans dans les bagnes d'Alger ou de Maroc. L'enthousiasme fut général à Poitiers. Le sermon prononcé à la cathédrale fit verser des larmes d'attendrissement à l'auditoire. Tous les cœurs bénissaient ces héroïques religieux capables d'entreprendre de si grandes choses par de si nobles motifs ' : tant il est vrai que cette liberté, dont l'homme est à juste titre si jaloux , et dont le nom n'avait pas encore été profané par la révolte, ne touche jamais plus le cœur humain que par son intime union avec la religion qui la sanctifie!
Les générosités du gouvernement étaient épuisées; les belles nefs de Saint-Pierre s'en paraient que bien que mal, étalant à côté de restaurations véritables les prétendus embellissements dus aux égarements artistiques d'un règne frivole. Néanmoins l'ensemble de la basilique n'offrait plus aux regards attristés l'élat de délabrement d'oîi l'avait tirée cette toilette semi-intelligente, et elle était redevenue l'une des plus l)elles du royaume. Une seule chose y manquait encore pour compléter son ameublement. Le ^rand orgue , muet depuis si longtemps , laissait vide un espace qui lui était évidenmient destiné; sa voix absente enlevait aux offices la majesté qui les relève si puissamment; on résolut de le rétablir. Il y avait à Smarves , dans la propriété du Chapitre , une belle réserve d'essence chêne couvrant quatre-vingtr
' jtfflch. du Poitou , 4785, p. 458.
trois arpents^ el que depuis soixante ans la hache avait respectée. Sur la demande du Chapitre, qui , d'après les ordonnances , n'en pouvait disposer sans une autorisation du conseil du roi, la permission fut donnée, le 16 mai 1784 , d'en effectuer la vente, et d'en appliquer le produit à la confection d'un orgue, d'une chaire et de quelques détails encore attendus. Il y eut donc une coupe adjugée ff un sieur Ranger pour le prix de 43,286 liv. 8 s. 5 d. — Une souscription faite dans le clergé du diocèse ajouta à cette somme 12,000 1. ; le Chapitre donna sur ses revenus 1,517 liv. 16 s. 4d. Mais, quand tout répondait si bien au vœu général, un procès vint jeter des longueurs dans son exécution. L'adjudicataire souleva des difficultés sur le payement; il fallut l'y contraindre par deux arrêts successivement obtenus des présidiaux de Paris et de Poitiers : pourquoi il en coûta 500 liv. au Chapitre.— Enfin, * tout conflit terminé et l'argent reçu , une délibération capitulaire du 15 novembre 1786 arrêta la confection de l'instrument. Un artiste célèbre alors, et ayant le titre de facteur d'orgues du roi , fut mandé de Paris. — C'était le sieur François-Henri Clicquot. Le 18 avril 1787, il passa avec MM. Dargence, doyen; Constant, grand chantre , et Boin de Beaupré , chanoine, délégués par la compagnie, un marché dont le devis s'éleva, pour tout ce qui devait constituer l'instrument, sauf la menuiserie, à 34,000 liv. payables en cinq termes. Ce marché désignait un grand seize-pieds, formé d'un positif, d'un grand orgue proprement dit, d'un récit , d'un écho , et du clavier de pédale, en tout cinq claviers , qui furent établis en bois de chêne de merrain, plaqués en os, et ayant lesdièzes enébène. L'ensemble des jeux , au nombre de quarante-deux, se composa de trompettes, cymbale.
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haut-bois , flûte , dairoû , ci omorne et ' voix humaine. Les tuyaux furent coulés en plomb, et les montres furent faites dans la partie inférieure de la tour du nord , où une cheminée, dès longtemps établie, fournit aux ouvriers un local èommode pour les fourneaux.
Le même jour que ce marché fut convenu avec Clicquot, les mêmes délégués en signaient, un autre avec Favre» menuisier de Poitiers, pour la menuiserie et la sculpture du buffet. Le prix de cet objet fut fixé à 21 ,300 liv.— Il y eut plus tard un supplément de 217 liv. pour fournitures imprévues, ce qui, joint aux autres sommes susdites et à 192 liv. payées à Clicquot pour frais de voyage , porta le prix total de l'orgue à 56,800 liv. 4 s. 9 d. Aujourd'hui son pareil serait payé plus du double.
L'instrument resta quatre ans en construction : c'était le terme fixé entre les parties contractantes ; mais dans cet intervalle Henri Clicquot était mort, et ce fut François, son fils, qui le livra le 7 mars 1791. A cette époque , dont nous allons parler^ tout était bien changé pour la basilique attristée. Aussi, en prévision de l'orage qui grondait déjà , le facteur s'était-il hâté de terminer une œuvre qui plus tard se ressentira de cette précipitation... Il n'y avait plus de Chapitre... Me$$ieur$ du di$tricty qui s'étaient emparés de l'église et de ses biens , acceptèrent le travail , assistés des sieurs Lardy et Véron , ci-devcsnt organistes; et les ouvriers, sur une requête par eux présentée à menieurs du directoire du département de la Vienne, reçurent les derniers termes du payement, qu'avaient refusé bien et dûment les chanoines dépouillés ^ sur une délibération de l'administration départementale signée Montauit , pràre... Mais n'anticipons pas...
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La menuiserie était achevée et placée dès le 29 novembre 1789. Entreprise par Favre, elle n*est pas tout entière de lui : la sculpture en fut traitée par un de ses ouvriers, nommé Berthon, dont la famille s*honored*avoir plusieurs de ses membres dans le clergé du diocèse» On prétend que les petits anges assis sur le couronnement du positif et jouant de la flûte , tournés Tun vers l'autre avec une gracieuse naïveté , sont les portraits fidèles de ses deux enfants. Il n'y aurait dans cette idée rien qui ne fût digne du reste. Notre orgue, considéré dans sa facture extérieure, est regardé, par les artistes et les connaisseurs^ comme n'ayant en France aucun émule qui le surpasse. La beauté de ses formes^ le grandiose de sa composition générale^ répandent parfaitement à la majesté du vaisseau. Le genre de son architecture ne présente aucun contraste désagréable avec celle de Védiflee , et toutes les parties en paraissent si bien combinées avec lui, qu'on n'est pas tenté de lui reprocher son origine moderne. Les détails infinis de la sculpture présentent dans leurs draperies , leurs guirlandes de fleurs , leurs inimitables feuillages , leurs figures d'anges si gracieusement modelées, de véritables richesses qui honorent un monument, mais bien plus encore l'habile main qui les cisela.
Quant au jeu en lui-même, les meilleurs organistes le regardent comme l'un des plus appréciables qu'on possède en France : il fait l'éloge des facteurs qui le dirigèrent; mais soixante ans ont affaibli son mérite, et lui. rendent indispensables des améliorations qu'on lui fait trop attendre. Le récit est trop faible, comparé à l'importance des autres jeux. La soufflerie étant à vents successifs, et par conséquent inégaux, devient trop pauvre pour