CHAPITRE XXIV
Db 1787 A 1793. — Messe de rassemblée provinciale. — Causes politiques d'événements nouveaux. — Messe de la fédération et inscription commémorative. — Ouverture des séances du déparlement. — Vente des biens de l'église de Poitiers. — Persécution révolutionnaire. — Expulsion du Chapitre. — Noblesse de sa résistance. — La cathédrale devient église paroissiale. — M. Lescève élu évèque constitutionnel , — sa prise de possession , — sa mort et sa sépulture, — son oraison funèbre. — Tableaux des paroisses et communautés réunies à la cathédrale. — Petits tableaux de faint Pierre et de saint Paul. — Procession du Sacre. — Proclamation de la constitution dans le parvis. — M. Montault élu évèque constitutionnel , — son sacre. — Autel de la paroisse de SaintrPaul. — Marche de la révolution. — Bénédiction des drapeaux. — Singulière méprise d'un journaliste. — Serment civique.
Mous entrons dans une série d'événements qui déjà
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a marqué sa trace indélébile dans l'histoire du monde , et dont le retentissement, que nous croyions éteint, vient de se reveiller encore pour longtemps aux oreilles des peuplesi.. Les voies providentielles s'ouvrent tout à coup à de nouveaux faits , inouïs jusqu^alors, -inattendus et si rapides^ qu'ils passèrent comme un torrent sur la France , en bouleversant toutes ses antiques institutions » pour aller se déverser sur les nations, en qui les mêmes principes développèrent bientôt les mêmes éléments de révolutions nouvelles. Nous n'écrivons pas encore ces chroiiiquesi si pleines de graves leçons : nous n'arrêterons- le lecteur que sur ceux de C/Cs épisodes qui se rapportent à l'existence de notre église, pour laquelle va s'éœuler une période de douloureuses épreuves. Gomme tous les monuments religieux , profanés ou abattus à cette époque sinistre, la cathédrale de Poitiers dut essuyer les injures des régénérateurs qui détruisaient toute religion sous prétexte de fanatisme, comme ils avaient dénaturé l'Elat pour remédier aux abus administratifs. Il faut que nous assistions à toutes les scènes qui ressortent de notre sujet : ce n'est pas le moins curieux des chapitres de celte histoire , ni le moins instructif pour qui voudrait en profiter.
Les assemblées provinciales venaient d'être instituées par un édil donné à Versailles en 1787. C'était, pour les provinces qui n'avaient point d'étals , des réunions dont certains membres, d'abord nommés par le roi, furent délégués pour s'en associer d'autres. Tous étaient pris dans Tensemble des paroisses, et furent chargés d'établir un nouveau système d'impositions foncière et personnelle, de régler les dépenses d'un certain ordre, de répartir les charges locales, et de présenter les projets
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qu'elles jugeraient convenables au bien public. -^Le Ptoilou eut son assemblée provinciale, et M. de Saint-Aolaire^ évèqae de Poitiers , en fut nommé président par le roi , qui s^élait réservé ce droit.
Ce mode, nouveau dans notre pays, de faire traiter les affaires publiques par ceux qui s*y trouvaient naturellement intéressés^ était un essai du gouvernement représentatif, dont on ne se croyait pas aussi près, «t dont le goût dut venir à ceux qui s'y sentirent quelque importance. Mais d'abord on n'y vit qu'un moyen de travailler au'bien-étre des populations, d'éclairer le gouvernement, et des hommes encore religieux, comme on l'était dans les provinces , présidés par le plus auguste représentant de la religion , durent comprendre la nécessité d'attirer sur leurs travaux par d'humbles prières la bénédictîoo de l'éternelle Sagesse. Après avoir employé sa première session en préliminaires obligés, l'assemblée comniença la seconde le 12 novembre, et décida que le* lendemain une messe du Saint-Esprit serait célébrée dans l'église cathédrale, qu'on s'asscHnblerait à cet effet à neuf heures au palais épiscopal, et que deux députés en préviendraient l'intendant, nommé commissaire du roi^ en l'invitant à la cérémonie.
« En effet , dit un écrivain qui nous a laissé l'histo- » rique de ces premiers jours de notre révolution , le » 13 novembre , à neuf heures du matin , les membres de ï» rassemblée se trouvèrent réunis au palais épiscopal, » et se mirent en marche dans l'ordre suivant : les pro- » cureurs généraux , syndics , précédés des huissiers, le >• président , les membres do clergé à droite , ceux de » la noblesse à gauche, et ceux du tiers état sur deux » lignes. Des salves d'artillerie saluèrent le cortège, et
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M la milice bourgiex)ise raccompagna. liOrsque rassem*- » blée fui arrivée à la principale porte do Féglise caillé- » drale^ elle fut reçue par le Chapitre en corps» et com- M plimentée par le doyen , M. Dargence* Le président » remercia le Chapitre, et les membres de l'assemblée » allèrent prendre les places qui leur avaient été prén parées dans la nef. Le commissaire du roi se plaça M dans un fauteuil au milieu de la nef* La messe fut ^ célébrée par Tévêque de Poitiers , qui officia pontifi- D calement. L'abbé d'Àviau , vicaire général du diocèse, M prononça un discours de circonstance.
» Le lendemain , l'assemblée remercia son président » d'avoir officié en personne ; elle députa vers l'abbé ») d'Aviau, pour lui témoigner sa satisfaction, et vers le » Chapitre dans la personne du doyen, pour le remercier » de la réception qu'il avait faite à l'assemblée ', »
Celte paix fraternelle, ce bon accord de tous les ordres, ne furent pas de longue durée. Les événements s'étaient précipités devant la marche incessante de l'esprit public* Après avoir présenté des observations respectueuses , on avait parlé de droits nouveaux; les états généraux avaient signalé l'année 1789 ; le serment du jeu de paume était venu , et de chute en chute la vieille monarchie arrivait au fond de l'abîme. Dans toutes les tètes fermentaient les idées de la Fayette et de Mirabeau. Le décret du 2 novembre 1789 confisquait les biens du clergé, celui du 9 supprimait tous les titres ecclésiastiques , à l'exception des cures; le 13 février suivant, on effaçait les ordres
* V. de Saînte^Uemiioe, Gmtmtuitim de Vhfstoiredu Poitou jusqu'en n89, dans Tbibaodeaa , t. m, p. 498.
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422 riISTOIRF. DB U CATHÉDRALE (nOO.)
religieux. Toute l'histoire de l'Eglise de France est dans ces quelques faits : nous y voyons aussi le germe de tout ce qui va se passer dans notre malheureuse cathédrale.
C'est une observation à ne pas oublier^ que les plus ardents ennemis de la religion n'ont jamais négligé de se servir d'elle pour plier à leurs desseins ambitieux sa facile condescendance. Rien ne put jamais la faire fléchir sur les dogmes , ni altérer son respect inviolable pour les vérités dont elle a le dépôt. Quant aux observances de discipline, elle veut bien les subordonner aux nécessités des temps; elle prête ses bénédictions à qui les lui demande pour des œuvres qui n'ont rien de mauvais en elles-mêmes; elle ne suppose dans ceux qui les réclament ni l'hypocrisie religieuse ni l'ambition politique à laquelle elles peuvent servir de masque : elle laisse à Dieu , si on la trompe, le soin de discerner les perfidies et de punir ces trahisons secrètes qu'elle n'a pas le droit de soupçonner. Et Dieu fit souvent son œuvre , et brisa bientôt ces indignes comédiens , qui ne virent pas même la fin de leur rôle... Telle est l'explication de cet inconcevable mélange d'appareil religieux et de déplorable licence qui font le relief de toutes les révolutions. La nôtre ne manqua point de ce lustre, et nous aurons maintes occasions de l'observer.
Le 11 avril 1790, les gardes nationales de plusieurs départements voisins, réunies à celle de Poitiers, font chanter dans la cathédrale un Te Deum. Le drapeau de leur fédération y est déposé comme un monument étemel de ce pacte sacré. « Ce drapeau est aux trois couleurs; il porte sur sa partie blanche l'empreinte du globe de la France sous la constellation heureuse de Castor et
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Pollux ($ic) S » etc. Au-dessous de cet étendard fui attaché « un placard en bronze » sur lequel on lisait cette commemoraison, dont le mauvais latin ne nous est resté que dans les mémoires du temps :
Prima sedente legislatura , ludovico decimo sexto legum etGallicae libertatis restitutore; D. D. Anselmo JosEPHo LuDOvico Drouauld bujus civitatis majore vigilantissimo, illiusque mililiœ nationalis duce geaerali inclytissimo D. D. Kocho, vice comiti de Chasteigner ; eadem militia civica simul cum om* nibus urbium et vicorum militiis hoc monumentum amoris patrii pignusque fœderis œterni consecravil. Undecima die mensis aprilis anno 1790, et anno primo GallicdB libertatis *.
L'écolier de sixième qui avait fait ce thème est demeuré inconnu.
Voici un autre exemple des choses et des récits de ce temps-là :
H Le jeudi 14 novembre 1790, le déparlement de la » Vienne ouvrit ses séances par une messe. Messieurs du D département, accompagnés de la garde nationale uni- » forme (stc), se sont rendus en corps du Grand-Séminaire, ') lieu de leurs séances ordinaires, au milieu du quatuor flot- » teur de Lucile. » — Le narrateur oublie de dire où Ton se rendit : c'est à la cathédrale. — « M. Tîabbé Dargence est » alors monté à l'aulel, au nom et en faveur de notre patrie : » présage heureux de succès quand des mains aussi ver- » tueuses s'élèvenl vers le ciel. Bientôt apparut dans la
* Journal du Poitou , 4790 , o*" xxxi.
* Jiecueil de la Fienne^ in-8'', t. xu , &* 43. (Biblioth. de la ville de Poitiers. ) ,
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n tribune chrétienne l'orateur chargé d'annoncer le motif » de cet acle religieux; son nom fait son apologie, et Q nommer M« l'abbé Braud S c'est rappeler à lous ceux )> qui ontenlendu parler de lui un ensemble de science, de » talents, de douceur et de modestie difficiles à trouver » dans le même homme, M. Braud a démontré les avann tages qui nûissenldeTamour de la patrie el les récomn penses flaUeu$e$ qui les couronnent, elc... ' p
Au milieu de ces fêtes , auxquelles on avait soin d'associer la religion pour les faire goûter aux crédules, on voyait percer les véritables projets de ses ennemis* Le 4écret de novembre 1789, qui confisquait tous les biens de l'Eglise » s'effectuait en des ventes qui /sur toute la surface du territoire, privaient à jamais le clergé de son existence indépendante, le culte de ses ressources les plus nécessaires, et les familles des résultats de leurs pieuses fondations. U est vrai qu'on n^avançait que lentement et avec beaucoup de peine dans cette opération spoliatrice; personne ne se présentait pour acheter; il fallut que les criées et enchères se renouvelassent plusieurs fois pour amener des acheteurs » et pendant plus de deux ans les affiches publiques répétèrent les annonces des biens de l'église cathédrale et des autres, qui finirent presque tous par être adjugés à vil prix aux instigateurs et surveillants de la mesure ^
Les prêtres fidèles qui refusaient le serment inique exigé par la constitution civile du clergé étaient dé*
• Depuis archevêque d'Albi, dont nous avons vu le portrait dans la salle capitulaire.
• Jaumaldu Poitou , ^790, t. ii, p. 506.
• ProcêS'Verhaux des séances de la eomtmme de Poitiers , n94 , f» 4 4 7, 424, et séaoce du ^décembre.
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(47900 DE POITIEBS. 425
pouiUés de leui$ litres; M. de Sainl-Aulaire s'était joint à l'épisGopat et au clergé du second ordre pour protester contre ces violences^ et refuser ce serment '. Pour cela seul il fut regardé comme démissionnaire par les réformateurs de rEglise. Le mandement qu'il avait écrit pour protester contre ces attentats , qui perdirent la révolution, fut dénoncé à la commune de Poitiers comme contraire au véritable esprit de la religûm y qu'en pareil cas les novateurs comprennent toujours mieux que les évèques, et le corps municipal , appelant à sa manière comme d'abus , et juge plus compétent que les curés de la ville , défendit à ceux-ci d'oblempérer au dispositif de cette pièce. — Bientôt après on vendait les cloches des églises , sous prétexte d'en faire des canons; on dépouillait, dans le même but, l'intérieur des édifices sacrés des plaques de cuivre sur lesquelles une foule d'inscriptions restaient depuis des siècles > seuls monuments historiques d'un passé qu'on voulait abolir, et, pour mettre le comble au schisme devant lequel frémissait Ja France catholique , on procédait, au mépris de toutes les règles, en présence des peuples consternés, mais subjugués par une minorité forte de son audace, au remplacement des véritables pasteurs par l'élection de leurs prétendus successeurs* Le diocèse avait été partagé en deux départements, et l'autorité civile, s'affublant d'une étrange compétence qu'elle se donnait au besoin , avait fait un siège épiscopal dé Saint*Maixent. Les nouveaux élus furent partout dignes d'elle et de la vocation qu'on leur faisait. Ces hommes^ que l'ignorance seule des premières règles de la discipline ecclésiastique pouvait aveugler , quand ce
^ Barruel , Collection tcclésiaslique , 1. 1 , p. 236.
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n'était pas Torgueil ou l'ambition , consentaient, à l'aide d'un patriotisme commode et d'une héroïque soumission f< aux ordres légitimes de l'assemblée nationale ' , » à voir ruiner les sanctuaires , expulser des prêtres irréprochables , et chasser de chez eux les titulaires des communautés et des chapitres. Tous avaient participé à ces violences légales , soit par leurs votes comme députés , soit par leurs discours et leurs écrits jetés à la foule malheureuse, égarée à plaisir par ces docteurs de mensonge. Le protestantisme envahissant les domaines ecclésiastiques, incendiant les abbayes, jouissant de leurs revenus, ne laissant que de lugubres débris sur son passage, qu'avait-il fait de plus que l'histoire doive flétrir?
Le Chapitre de Poitiers dut se courber aussi sous l'orage. En attendant que ses membres fussent exilés ou mourussent sur l'échafaud, il lui fallut abandonner l'bériUige qu'il avait reçu de quatorze siècles. Nous ne pouvons nous défendre ici d'une sorte de légitime orgueil en .nous rappelant comment le premier corps du diocèse, nagnère opposé à son évoque sur des points d'un intérêt secondaire , se serra près de lui pour défendre la foi menacée, adhéra, au nombre de vingt sur vingt-quatre, aux principes que son chef avait signés, et, dans un exposé où se développe avec autant de lucidité que de raison la doctrine de l'Eglise sur son administration intérieure, déclara que rien ne le séparerait de l'unité catholique et de ses devoirs. Le doyen, M. Dargence, jeune encore, et que nous avons vu mourir en 1840, après cinquante années de décanat, était convenu avec ses confrères qu'ils ne céde-
* Procès-verbaux de la commune de Poit., \ 794 , f*" 98 .
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raient qu'à la force et protesteraient ainsi contre la persécution. Il répondit dans ce sens à une première invitation de vider la cathédrale et l'es lieux capitulaires. C'était le 1*' janvier 1791 . — Le tO , une lettre du procureur du directoire départemental annonça pour le lendemain l'affichage de la loi du 26 décembre précédent, interdisant les fonctions du culte à tous les chapitres. Le 11 donc» en sortant du chœur après les matines, le doyen fit part aux chanoines de cette nouvelle dépèche. On résolut de ne pas résister, mais on dressa immédiatement un acte de protestation; après quoi , en attendant les conseillers municipaux qui procédaient à l'exécution de la loi contre les chanoines de Sainte-Radégonde, on retourna au chœur pour y chanter les petites heures et la messe canoniale. Le célébrant consomma toutes les hosties consacrées du grand autel et de Vautel de la communion dans la chapelle des Évoques. On en relira les vases sacrés ; les tabernacles restés vides furent laissés ouverts comme dans une église déjà profanée; puis, revenu dans la salle de réunion , on profita des derniers moments laissés au libre épanchement de la foi pour écrire à M. de Saint-4ulaire et adhérer à son admirable réponse contre le serment à la constitution civile du clergé que les journaux venaient de publier. Enfin, -à onze heures et demie, se présentèrent trois commissaires municipaux, revêtus de leur écharpe et accompagnés de deux notables. L'un d'eux porta la parole, exprima le but de sa démarche, et, attendu l'heure avancée, il demanda que la compagnie remît la séance à deux heures. Le doyen pria ces messieurs de l'entendre avant tout, et , quand ils eurent pris séance , il leur lut l'acte de protestation signé de lui et de ses confrères. Cette pièce est pleine de la plus
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noble fermeté. On y prolestait solennellement , tout en cédant à la force et se résignant, contre les excès d'un pouvoir dont la compétence devait être déclinée, et Ton demandait l'insertion de ces dires au procès-verbal . Les commissaires n'obtempérèrent point à ce vœu^ arguant d'une défense expresse de l'autorité supérieure; ils laissèrent à chacun en particulier la liberté de dire sa messe dans l'église, ce qu'on refusa. A deux heures, deux chanoines revinrent seuls pour présenter aux commissaires l'inventaire des effets mobiliers et leur faire remettre toutes les clefs '. Dès lors tout fut consommé; et Dieu avait permis que la philosophie de Ferney et de Genève prévalût contre les douze faquins de l'Evangile.
Il est bon de rapprocher de celte opération le zèle empressé que le conseil municipal mettait, quelques jours auparavant, à faire payer 5 livres au père Apostole, religieux dominicain, pour avoir prêché à la cathédrale pendant l'Avenl de 1790. — Le même conseil arrêtait aussi, le 5 mars 1791 , que le maire s'occuperait de trouver un prédicateur pour le carême de cette année à la ci-devant cathédrale '. — Ainsi le service divin , l'office ecclésiastique reposait sur la vigilance du premier magistrat de la cité, que la loi venait de métamorphoser en pasteur des âmes!
Hélas! il n'y en avait pas d'autres en effet, car les prêtres placés à la tète des paroisses étaient tous entachés du schisme et illégitimes par le fait. Un arrêté du
t Actei de VÉgliêe de Poitiers et procés-nerbal de ce qui s'y est passé à Vœcaskm de Vea:écution du décret partemi euppressim de kms les chapitres de France ; in-S'' , Poitiers , 4794 .
* JReg,dsla municipalité de Poitiers , 4 794 , ^« 80 et 4 47.
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district de Poitiers, du 21 novembre 1790, avait réglé, ni plus ni moins^iue n'aurait fait M. de Saint-Aulaire, une circonscription des paroisses de la ville. La cathédrale en était une '. L'orgue venait d'être achevé; la chaire, œuvre de la même main , élevait ses formes un peu massives , mais bien sculptées, entre les deuxième et troisième piliers de la grande nef : l'un servait déjà le talent patriotique de certaines célébrités musicales du pays; l'autre retentissait d'apologies sacrilèges du système nouveau.
Le serment civique était déféré à tous les prêtres de chaque paroisse. Beaucoup le firent... La peur, l'ignorance, d'autres motifs plus mauvais encore, empêchaient de résister. Pour ces déplorables scènes, on choisissait un dimanche. Des membres du conseil municipal se rendaient dans les églises h l'heure de la messe paroissiale. Le curé adhérait par l'acte le plus sacré de la religion aux violences qui déchiraient l'Eglise catholique, à laquelle il avait juré, dans un autre jour solennel, de garder à jamais inviolable le dépôt de sa croyance et de ses lois; et les fidèles, le cœur gros, rentraient chez eux en pleurant : les liens de la charité divine venaient de se rompre entre eux et ces pasteurs déshonorés.
Un autre scandale mit bientôt le comble à ces indignités.
L'assemblée électorale du département fut convoquée au dimanche 27 février pour l'élection d'un nouvel évêque^ l'oncian n'ayant voulu consentir à reconnaître la prétendue constitution. Dès le matin,on doubla tous les postes; on fil garder le chœur de la cathédrale par 50 hommes
• Recueil de pièces pour servir à T histoire du département de la Vienne, t. XT, n*» 39. ( Bibliothèque de la ville de Poitiers. )
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de garde nationale '. On redoutait l'opinion publique ^ violemment froissée par la nouvelle manière de pratiquer et la liberté de conscience et le respect des croyances de la majorité. Les hautes stalles furent occupées par messieurs de la municipalité, les stalles inférieures par le clergé , dont une telle position , chez lui , devenait un symbole fort significatif de ce qu'on lui réservait. Le reste des électeurs se placèrent soit dans le chœur, soit dans les nefs. L'opération ne fut pas longue. La pluralité des suffrages, préparée d'avance, fut donnée à un curé intrus de Sainte-Triaise, député à l'assemblée nationale, et l'un des premiers qui s'étaient séparés de Tépiscopat dans cette circonstance récente et trop fameuse.
Ce curé était M. Lescève, homme de peu d'importance en tout, et qui n'avait dû son titre de député qu'à son adhésion connue aux nouvelles idées. Esprit étroit, manquant de dignité et de formes , il était de ces intelligences médiocres qui aimèrent à profiter des circonstances pour avancer, mais n'eurent pas assez de perspicacité pour prévoir Je jugement que porterait d'eux une postérité qui les suivait à grands pas. Après cette élection, qui ramenait, disait-on, l'Eglise à « sa pureté primitive , » restait encore une cérémonie. Les officiers municipaux s'en chargèrent , et se rendirent avec les notables à Saint-Pierre pour proclamer le citoyen Lescève « évêque du département de la Vienne. » Une députation des Amis de la constitution, société dite populaire, qui menait la commune à son gré, marchait avec l'autorité municipale au centre d'un bataillon de garde nationale. Quatre députés du corps électoral reçurent ce
* Beg. ùeCMLilevUU, 4794 , p. 459.
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cortège au bas du grand escalier, et les introduisirent dans le chœur. M. Braud , président de rassemblée électorale, prononça un discours sur le serment exigé des fonctionnaires publics, annonça que, sur le refus du précédent évéque, le corps des électeurs avait nommé M. Lescève, et proclama celui-ci comme nanti de la dignité épiscopale. — M. Piorry , administrateur du directoire départemental , et qu'attendaient les honneurs de la Convention, « prouva, dans un discours plein de forc^ et de patriotisme, » le vice de l'ancienne administration, « et la solidité de la constitution nouvelle. » — Après ces flots d'éloquence , par lesquels on ne manquait jamais de travailler en toutes occasions à l'éducation révolutionnaire du peuple , le sieur Roux , ancien hebdomadier de la cathédrale, muni de son certificat de civisme par le serment bien et dûment enregistré à la commune, osa profaner par une messe sacrilège ce même autel oh naguère il avait protesté si souvent de sa foi en l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique... La musique d'amateurs ne fut pas épargnée. L'orgue aussi versa sur l'assistance « des airs pleins d'allégresse et analogues à la fête. » Après la messe, le maire^ M. Creuzé-Latouche, fyrouvaXa régularité des nominations aux évêchés par la méthode dite nationale; il félicita le peuple, à qui l'on avait « rendu ses droits,» et développa fort au long « cette vérité : qu'il était absurde de refuser le serment. » Vint le tour de M. AUard, procureur de le commune : sa parole fut le bouquet de la fête. Après avoir remercié les électeurs du choix « excellent >> qu'ils avaient fait, il entra dans le panégyrique du titulaire, rappela ses titres à une si haute distinction. Enfin le Te Deum fut entonné , on cria : Vive la nation ! vive l'évê-
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que !./• Et bientôt , sous les voûtes étonnées, tout rentra dans le silence.
Ceci se passait le 4" mars 4791 . Le 8, lescève écrivît à la municipalité une lettre de remerctments, et se fit sacrer à Paris le 27 par révoque intrus Gobel, qui Texpia (Tuellemenl... Arrivé à Poitiers le 6 avril , il reçut une députation du corps de ville à Tévôché, oii il était descendu, et dont on avait depuis peu de jours rejeté les meubles de M. de Saint-Aulaire. Le 10, on lui fit prêter le serment de fidélité à la nation , à la loi et au roi , en présence de tous les corps réunis, de la garde nationale, du régiment du roi ^ cavalerie , qui tenait garnison à Poitiers; puis il se rendit à l'évôché. C'est là que son clergé adhérent , suivi d'un cortège obligé de fonctionnaires et d'une foule de curieux, arriva processionnellement pour l'amener à la cathédrale* Une estrade avait été élevée à l'entrée dn chœur, qu'environnaient tous les invités. L'élu s'avança jusqu'au pied de celte estrade , y fit monter M. Halle, curé constitutionnel de Saint-Porchaire, et le pria de donner lecture pour lui : r de l'acte constatant que le sieur Laurent , évoque du département de l'Allier , suffraganl de la métropole du centre * (dont le siège était k Bourges), avait accordé audit sieur Lescève l'institution canonique et la confirmation de son élection; 2* du procèsverbal de la consécration épiscopale de René Lescève en date du 27 mars, et do serment prêté par lui à celle occasion en vertu de la loi du 24 août 4790.
Lescève monta à son tour sur Testrade , et proncMiça à haute voix, la joaih sur l'Evangile, le sertnent de veiller
' Meg. Oe Vhât. âe ville ^ iibi strprit , f^ A 45. ^ Jourml de ki Fiemie , 4791 , t. f , p, ^5.
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avec soin sur tous les fidèles de ion diocèse , de rester fidèle à la loi> à la nation et au roi, de maintenir la constitution, etc. L'auditoire applaudit, ce qui força l'orateur à demander qu'on s'abstint de ces démonstrations un peu bruyantes. Entré dans le chœur, le prélat y célébra la messe « avec la pompe et la dignité d'uQe cérémonie aussi attendrissante. » Plusieurs jeunes filles de la paroisse de Sainte-Triaise assistaient vêtues de blano; Tune d'elles tenait un étendard aux trois couleurs delà nation. Le Te Deum , l'orgue , les salves d'artillerie annoncèrent la fin de la solennité. Ce pontife des autorités fut reconduit par elles à la sacristie^ pendant que la musique des volontaires jouait « Où peut-on être mieux... » « cet air dont le sentiment aurait dû toujours être gravé dans les âmes épiscopales, comme il l'était dans celle de M. Lescève '. » De là il fut accompagné jusqu'à Tévêché par le petit nombre de prêtres et de chrétiens qui n'avaient pas craint de s'attacher à ses pas. — Ce cérémonial, il faut l'avouer, était différent des prises de possession de nos anciens évêques. A celles-là du moins les fidèles se réjouissaient ; ils pleuraient cette fois, et, pendant la céré^^ monie, des prêtres honorables, des chrétiens en grand nombre versaient des larmes de douleur au pied d'un Dieu crucifié une fois de plus par les outrages de ses ennemis.
Les vicaires généraux de l'Eglise catholique n'étaient plus, de par la nation, que des vicaires épncopaux des prélats intrus; on les nommait encore t7Îcaim(ie /a cal/uMra/^. Il y avait aussi un conseil épiàcopal , tout composé , bien entendu, de prêtres citoyens assermentés aux nouvelles
[ V. encore /t«(/. de VUi. de ville , obi suprà , f" 4 78.