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doctrines, et c'étaient à Poitiers, pour la plupart, des nullités que nous avons pu connaître et apprécier...
Pendant que tout se passait ainsi, et que le zèle de l'assemblée nationale pourvoyait la France désolée de pasteurs qu'elle reniait, on continuait de vendre lentement les biens du Chapitre; les magistrats civils installaient leur clergé dans les églises paroissiales, décrétaient que le jour de Pâques prochain, 24 avril, lecorps municipal irait faire à Notre-Dame Tantique cérémonie dite du manteau de la Vierge , et que le lendemain la procession accoutumée depuis le XIII* siècle partirait de la cathédrale pour faire le tour de la ville. Ce qui se fit en effet. Mais le personnage qui comptait y montrer pour la première fois à la foule sa gloire épiscopale dans toute sa splendeur régéw^^anedevait.pasyfigurer. . Le22avril, jourdu vendredi saint, la ville apprit de bonne heure qu'elle n'avait plus d'évèque constitutionnel. Une indisposition subite avait précipité devant le tribunal de Dieu Thomme qui se disposait à faire de ce même jour , par une espèce de dérision impie, le dernier jour des communautés religieuses de Poitiers. Ses funérailles se firent dès le 23. Le corps , déposé dans réglise de Sainte-Triaise, fut escorté à Saint- Pierre par les notabilités. On l'enterra ensuite dans la chapelle des Evêques ', terre sanctifiée par la dépouille d'un si grand nombre de prélats d'une vie sans tache et d'une mort précieuse devant Dieu !.. « Le nom de ce digne prélat, disait un journal du temps , n'est point gravé sur le marbre : tant d'autres ont joui de cet honneur sans le mériter! » Il est vrai que, l'épitaphe y manquant , un malintentionné qui n'avait pas pour le caractère usurpé
' Journal de la FxewM , ubi suprà , p 235. i*v L- 1 j
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du défunt tout le respect de ses adeptes se permit de lui en faire une « aussi énergique que triviale ; » on la trouva le lendemain sur la pierre qui recouvrait le cercueil , et on peut la voir dans un ouvrage publié en 1846 par un raembre de la Société des Antiquaires de l'Ouest '.
Le 14 mai suivant eut lieu , pour le repos de cette âme si fatale à tant d'autres , un service funèbre où tout fut digne du dernier rôle qu'elle avait consenti à remplir. On vit dans une réunion de tous les ordres de la cité un des jeunes exaltés connus sous le nom d'Amis de la constitution occuper la chaire de la cathédrale, s'ériger en théologal, et prononcer l'oraison funèbre. « Le jeune orateur s'est distingué, disait, quelques heures après, le procès-verbal des séances de la commune; il a satisfait les auditeurs^ qui ont reconnu les vertus morales et patriotiques de notre prélat, qui a montré l'exemple au clergé et a contribué pour beaucoup à la révolution qui assure notre liberté V» - Cette liberté préparait celle de 1793.
Le sieur Bernazais avait eu pour prédécesseur dans la chaire de Saint-Pierre, comme panégyriste officiel, le sieur Briquet , vicaire épiscopal de Lescève , qui y avait prononcé le 7 mai l'oraison funèbre de Mirabeau. C'était toujours des vertus morales , de grands services
' Fieux Souvenirs de Poitiers avantla révolution^ par M. delà Liborlière, p. 24. — Cet écrivain, dont le livre est plein de faits et d'observation curieuses , se trompe en affirmant que Lescève fut enterré dans le caveau des évoques.— n n'y a jamais eu de caveau dans la chapelle des Évèque?; une fosse y était faite pour chacun , et nous avons vu que certains d'entre eux avaient été inhumés soit dans les nefs, soit dans la chapelle des Apùtres.
• Séances du 44 mai 1794. — /^. l'oraison funèbre dans le Becueil de ta Vienne , in-S^" , t, iix , n** 58. — Bibliothèque de la ville de Poitiers.
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456 HISIOIRE DE LA CATBËDRALE (47^\.)
patriotiques, noyés dans un style emphatique et boursouflé, d'où le nom de Dieu était exclu autant que possible, et où tout revenait à l'éloge des idées de l'époque. Messieurs les vicaires épiscopaux administrèrent tant bien que mal pendant la prétendue vacance du siège, qui dura six mois. C'est dans cet intervalle qu'on relira de toutes les églises collégiales ou conventuelles les tableaux qui les avaient décorées. Ces églises étaient fermées soil comme appartenant aux anciens chapitres ^ abolis parle décret du 24 août précédent , soit comme ayant été abandonnées par les congrégations religieuses des deux sexes, expulsées de chez elles. La nation héritait des tableaux, comme du reste. Le sieur Pages , directeur perpétuel de l'Académie dei dessin » avait reçu ordre du directoire départemental de faire transporter à la cathédrale les toiles et peintures de œs divers établissements. Beaucoup en efTel y ont été placées, et Ton voit encore dans les entrecolonnements des latéraux les pattes de fer qui servineol à les soutenir. Ces objets d'art , parmi lesquels un assez grand nombre était remarquable, ont été remis aux communautés lors de leur réorganisation , après les troubles révolutionnaires^ ou répartis entre les paroisses dans la circonscription desquelles s'étaient trouvées les maisons supprimées. Mais , à Saint-Pierre même, beaucoup de ces tableaux se détériorèrent En 1800, quand la triste église avait été fermée et destinée tour à tour à des usages trèscapables d'en faire négliger l'entretien , l'humidité avait endommagé fortement les meilleures pièces de celte collection. Pages signala surtout « un Ecce Homo et deux tableaux de Pierre et Paul placés à deux des piliers du sanctuaire^ «dont l'épiderme et la couleur étaienU disaitil , sensiblement altérées. » Il en signalait, pour ces
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(nOl.) 1)E POITIERS. 4C7
derniers, la forme ovale encadrée dans une bordure dorée , et demandait « qu*eu égard à leur beauté , ces trois originaux fussent transportés à l'école de dessin, pour servir à Tinstruction. » Ils le furent en effet; mais, plus tard, le Chapitre réclama ses deux apôtres > et les obtint. Ils occupent la même place qu'on leur avait fait^ quitter, et sont encore fort reconnaissables aux traits principaux désignés ci-dessus : ce sont eux qu'on a reproduits sur la bannière du Chapitre. On ne sait ce que devint VEcce Homo *•
La procession « du sacre » se fit encore le 23 juin , avec une pompe qu'on affecta d'autant plus que personne n'y voulait aller. Les vicaires 'épiscopaux Henri et René Bélhoir^ ci-devant curés de Saint-Didier et de Saint- Etienne, invitèrent les autorités^ qui n'y firent faute.
Le, 15 août, la procession partit encoi^e de la cathédrale sous les mômes auspices, et l'image de la Vierge fut portée de Notre-Dame à Saint-Etienne par le matre et un conseiller municipal — C'était à Timitation de l'Assemblée constituante , qui s'était rendue aussi à la procession de Paris, et qui, le \ 2 juillet suivant, portail les restes de Vol* taire dans les caveaux profanés de Sainte-Geneviève!... ' Un des actes les plus importants de cette année , si féconde en événements politiques, fut la proclamation de la constitution , de cette loi fameuse qui *devait« assurer la gloire et le bonheur de la France , reposer sur les bases inébranlables de l'amour des Français pour la liberté , o et qui fut suivie de douze autres en cinquante ans... Le dimanche 25 septembre, le maire, le corps municipal , les Amis de la constitution , parcourant la ville au son
• Beg. delacommune,A}w\n\19\ (5 plu v. an VIII).
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du tambour et des fanfares, firent une station sur les places de Saint-^Hilaire, de Hontiemeuf et de Notre-Dame. Arrivés sur le plan de Saint-Pierre , où étaient des détachements de dragons et de gardes nationaux , le maire se plaça vis-à-vis la grande porte, dans la chaire du parvis, et proclama, par une lecture, la loi nouvelle, qu'accueillirent d'universelles acclamations. Les salves d'artillerie se firent entendre; on entra dans réglisetOÙ une seconde lecture eut lieu dans le chœur. Le Te Deum fut chanté en musique et alterné par l'orgue. Un des vicaires cathédraux officiait : c'était M. lifonlault '.
Ce nom ne peut couler de notre plume sans nous remplir d'une vive émotion. L'histoire, en effet, ne voit en lui qu'un homme égaré comme tant d'autres par une faiblesse dont les saints ne furent pas toujours exempts , mais qui/ revenu à une force qu'il implora bientôt après, sut l'expier par' une longue vie dont les vertus ne se démentirent jamais. Désigné par la douceur de son caractère , la facile aménité de ses relations, la condescendance qu'il avait témoignée aux principes de l'église constitutionnelle , et enfin par sa position d'administrateur du département , il accepta la place d'évêque, comme il avait accepté le reste, sans prétentions^ sans vaine gloire , croyant qu'il ferait du bien en paralysant le mal , et comme un homme naturellement incapable de marcher longtemps dans cette voie erronée. Ce n'était pas moins au grand scandale des fidèles qu'une aussi grande faute se consommait. Une autre devait la suivre : c'était son satire.
Il se fit dans cette même église, qui avait déjà retenti
• Journal de la Henné , I7ai, l. ii , p 207.
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de son premier serment, et dans laquelle il exerçait comme vicaire épiscopal,— car il y en avait par douzaine. — des fonctions que sa conscience trompée ne savait pas encore désapprouver. Le dimanche 23 octobre, la cérémonie se fit au milieu d'un concours « prodigieux » de .citoyens laïques « et ecclésiastiques. » — On peut juger du nombre de ces derniers par le refus que la majeure partie des curés de la Vienne avait fait de célébrer le service funèbre pour Lescève, avec lequel ils se défendaient d'être en communion '. « Après avoir proféré en chaire son serment civique et parlé sur l'union et la charité, «indépendantes des changements politiques^ » mais sans aucune allusion à la liberté et à l'égalité, déjà si défigurées, l'élu des électeurs reçut l'onction épiscopale des mains de Pierre Suzord, évêque à'' Indre-et-Loire y qu'assistaient François-Âmbroise Rodrigues, de la Vendée y et Jean- Jacques Mestadier, des Deuo^Sèvres. Un notaire donna lecture de la prétendue institution canonique donnée par Anastase Thomé, évoque du CA^; après quoi, lesconséorateurs installèrent le consacré sur le siège de Saint- Hilaire '. — Le soir , les vêpres furent chantées en musique. On vanta beaucoup la composition du premier psaume, et surtout u la manière heureuse dont était rendu le verset Juravit Dominus et non pcmitebit eum. » Etait-ce réellement un mérite de premier ordre qui excrtât cette admiration ; n'était-ce pas plutôt une allusion renouvelée de bien loin à la position que venait de prendre le poniïiejureur? Ceci est plus croyable, mais rien ne fut jamais plus mal appliqué; le pontife, au contraire, se repentit amèrement, et le souvenir de ce jour fatal lui
1 Journal de la Vienne^ 18 août 4794 .
* Reg, de la commune de PoUiers y séance du 25 oclobrc .
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devint une source de larmes quine tarirent qu'avec sa vie. Six jours après ce sacre , c'est-ànlire dè$. le 29 octobre, H. de St-^ulaire adressait au clergé orthodoxe du diocèse une protestation à laquelle adhéraient , avec un louable courage^ MM. de la Faire ^ de Bruneval, Brauld, Daipgence et Chaudey, ses vicaires généraux*
La plupart des églises ayant été fermées , beaucoup d'objets qui formaient leur mobilier furent transportés dans celles dont leur territoire devait dépendre désormais. C'est ainsi que la cathédrale reçut quelques détails d'ameublement qu'on retira de la petite église paroissiale de Saint-Paul. L'autel, entre autres, fut placé dans le déambulatoire méridional , oii il existe encore adossé au mur de clôture du chœur. On le reconnaît aux lettres S et P ràlacées sur le devant du coffre.— Les litres et papiers furent aussi déposés aux archives de notre fabrique. Quelques jours après, le 4 février 1792, SainU-Pierre hérita encore de la sacristie des capucins.
C'est dans le courant de cette même année qu'on fit transporter aussi à la cathédrale, sur la demande de M. Montault, les autels et les reliques de quelques*uaes des communautés proscrites. C'est alors que furent plaqués, sur l'arcature courante de l'abside et des transepts, les sculptures , retables et tableaux qui l'effacent ou la dénaturent, et des commissaires nommés par l'autorité départementale attachèrent leurs noms à ce fatal embellissement. On s'étonne moins, quand on les connatt avec les souvenirs funestes qui se rattachent à eux , que de tels ordonnateurs aient oublié les principes liturgiques jusqu'à tourner les autels au nord et au midi. Ces mêmes hommes devaient bientôt les renverser tous de fond en comble.
La chapelle de la Sainte-Vierge fut donc garnie de cette
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(m^) • DE POITIERS. 441
œuvre di éclatante de sculpture qui la décore aujôufd^hui. C'est on ensemble quelque peu massif, et trop chargé des fleurs et des corbeilles du siècle de Loilîs XV/oîi les auges sont traités comme des amours , où des chapiteaux habilement feuilles, où des frises d'une charmante délicatesse, ne rachètent qu'à peine de lourdes draperies et des guirlandes prodiguées outre mesure. L'ordoilnance générale de c« morceau appartient à Tordre corinthien ; elle se dév<âoppe , hors de l'espace seWii-circulaire de l'abside qu'elle occupe, sur les deux côtés d6 droite et de gauche, par une rangée de colonnes de marbre alternativement rouge et noir; Des niches pratiquées dans les entre-colonnemeots reçoivent des statues de valeur artistique très-diverses, et dont quelques-unes", grêles, petites , maladives-, n'appartiennent certainement pas à l'ensemble qu'elles insultent. Il y a du bon dans celles de saint Joseph et de saint Jean l'évangéliste, qui tiennent les abords du sailctuaire.
Au milieu' de celte surcharge d'ornements, on découvre la pensée du sculpteur, dont le ciseau valait mieux que son siècle, et la sainte Trinité, à qui fut dédiée cette parure, y figurer par les images superposées des trois Personnes divines. Le Père occupe le point supérieur d'un encadrement formant un sei^ond ordre au-dessus de l'entablement général; il semble, les bras étendus, créer tout èe qu'il domine. Au-dessous de lui, le Fils^ debout et drapé. Le Saint-Esprit, figuré par la colombe, termine cette ligne verticale; mais il appartient au sujet principal du retable proprement diU, dans lequel il plane sur la tête. de Marie s'élevant au ciel soutenue et entourée par des anges. Ce morceau , dégagé de tout ce qui l'entoure, des faisceaux d'attributs , des médaillons ^
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des^anges bouffis et des vases enflammés qui courounenl l'atlique , ne paraît pas sans mérite. La pose de la Vierge a de la dignité; son regard élevé vers le ciel aoail de l'extase. SMl ne l'a plus, c'est qu'en 1840, un architecte, qui a disparu , crut malheureusement convenable de faire couvrir tout cela d'une peinture à l'huile! El ce ne fut pas tout... Les colonnes étaient alternativement de marbre noir et rouge veiné de blanc , aussi bien que les dés qui les supportent; l'autel était aussi de marbre noir, comme le tabernacle^ s'élevant, en forme de dôme, sur quatre colonnettes dont les chapiteaux corinthiens étaient d'argent pur. Croirait-on qu'on vendit ce tabernacle à vil prix; qu'on fit peindre les colonnes et l'autel en blanc, sous prétexte qu'il n'en pouvait être autrement pour une chapelle de la Sainte-Vierge? L'or fut jeté outrç mesure sur tout ce qui ne fut pas blanchi, et le tal)ernacle remplacé par un meuble en bois d'une pauvreté toute dorée. Il faut rendre à la fabrique de Saint-Pierre cette justice, que tout.celafut exécuté contre l'avis formel de la majorité. Encore eût-il été mieux peut-être que la majorité usât de sa puissance légale : c'eût été rendre un service à l'art , à la religion et au monument On pouvait mieux employer les 1 ,500 fr* que cela coûta !
Revenons. La chapelle des Apôtres reçut pour son lot 9 dans celle distribution de biens mal acquis, l'autel des dominicains et tout ce qui en complète l'ornementation. Là encore , dès ce temps , ou peu après , de magnifiques colonnes torses qu'enroulent des branches de vigne avec leur fruit mystérieux, se virent insultées à l'huile et à la céruse, dont elles supportent au moins $ix couches. Le même sort attendait le joli devant d'autel sculpté en bois par M Thomas Louis, artiste poi-
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tevia établi à Nantes, qui l'exécuta, en 1846, pour la somme de 1,280 fr. C'est le Christ mort descendu de la croix^ entouré de la sainte Vierge et d'anges qui l'adorent, qui pleurent ou baisent ses pieds. Aux deux extrémités, saint Pierre et saint Paul remplissent une niche et complètent le travail. Le sculpteur n'a rien gagné , que nous sachions, ni la chapelle non plus, à laisser barbouiller son ouvrage.
Ce que la chapelle acquit de plus précieux: dans cette dépouillé des jacobins , c'est le beau tableau de mint Dominique instituant la dévotion du Rosaire, ileite vaste page n'a pas de signature apparente, le retable de l'autel cachant quelques décimètres de sa partie inférieure. Elle est digne d'éloge par la beauté des tons et le grandiose de la composition générale. 4u premier plan , saint Dominique , debout devant une table recouverte d'un large tapis, étale et distribue des rosaires, que de petits anges font passer à des âmes du purgatoire, s' élançant vers eux du lieu de leur expiation.
 ses côtés sont deux saints personnages auréolés, qu'on croit reconnaître pour saint Hyacinthe et le P. Jourdain de Saxe, deux des premiers compagnons de ses missions apostoliques. Agenouillés aux deux bouts de la table, se voient les personnages les plus éminents de la chrétienté , un pape, un cardinal, des évoques , des rois, des reines, vêtus du costume qui se portait à la cour de Henri IV et de Louis XIII , et tous pressant un rosaire entre leurs doigts : ces deux derniers princes y sont trèsreconnaissables à la gauche du saint. On y retrouve aussî les traits de saint Ignace, de sainte Thérèse et d'autres personnages historiques, et, parmi les prélats groupés à droite, se distingue fort' bien la figure vive
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444 niSTOlKË 0E LA CATHÉDRALE (4792.)
et spiriluelle de notre la Rocheposay , sous l'épiscopat duquel fut probablement peinte cette toile. — Au-dessus de cette première scène apparaît la sainte Vierge assise sur des nuages^ tenant l'Enfant Dieu , et environnée d'un groupe fort gracieux de petits anges« Elle est encadrée dans un cercle formé de quinze petits tableaux circulaires dont chacun représente un mystère du rosaire. La bordure de roses qu'on a donnée à ces petits tableaux a poussé au rouge; elle n'en rappelle pas moins ingénieusement le nom allégorique de la dévotion- — Par une . | triste ressemblance avec les objets dont nous venons de parler , et une fatalité déplorable qu'on dirait attachée à |
notre'pauvre église , il a fallu qu'en 1847 on eût la mal- j
heureuse pensée de faire revernir cette intéressante composition; et la brosse y a si maladroitement opéré, que l'épaisseur du nouvel enduit y altéra beaucoup de traits |
peut-être à jamais perdus-
Il y avait en 1 792 , au-dessus de l'autel de la chapelle |
des Evoques , un tableau représentant la sainte Vierge |
s'éievant au ciel , et au-dessous de laquelle se tenaient |
debout deux saints prélats de grande dimension. Comme la toile était fort vieille et presque usée , on avait enlevé !
la partie supérieure , par conséquent la Vierge , et laissé |
seuls les deux évéques, qui, réduits à eux-mêmes, |
n'avaient plus de sens. C'est cette soustraction qui a fait croire à M. de la Liborlière que les deux saints qu'il . I avait vus jouaient là le principal rôle '. Il était mieux instruit de ce qui suivit : « Dans les jours de délire où se succédèrent tous les g^nres d'extravagances, on les avait fait affubler de mitres et de chapes tricolores par quel-
1 Fieux souvenirs de Poitiers,^. 24.
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que barbouilleur en bâtimenls* » Cette caricature fut ensuite restaurée et resta au-dessus de l'autel des capucins , dont on meubla cette chapelle , jusqu'à rétablissement qu'on y fit en 1816 de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. •*- Il s'en faut que cet autel vaille ceux des jacobins et de la Trinité. Les deux grandes colonnes cannelées , sur lesquelles reposent un fronton en bois découpé, sont d'un effet médiocre.
Il faut avouer que si les deux croisillons perdirent alors au changement d'orieiïtatibn de leurs autels , ils y gagné* rent au moins d'être rendus vinbles en acquérant une sorte de décence qui leur manquait depuis longtemps. Leur espace , séparé des collatéraux par leurs balustrades de pierre, était le réceptacle des chaises, de mille objets de la sacristie, et contenait même les petites armoires où se déposaient les habits de chœur des chanoines. Les armoires de la salle capitulaire étaient encore remplies par les archives; il fallait donc recourir à d'autres lieux pour se faire un vestiaire personnel, et c'est ainsi qu'un assez grand nombre s'était emparé à cet efifet des transepts; d'autres avaient adossé leurs décharges le long des murs ou au bas des piliers /ce qui donnait au lieu saint un aspect de désordre peu édifiant.
Les commissaires firent aussi transporter à la cathédrale la belle grille qui séparait le chœur des dames de Sainte-Croix de leur église extérieure. La boiserie qui la limite à droite et à gauche venait des capucins , et figurait des placards qui n'existaient pas réellement. C'est en 1849 qu'on a songé à creuser le massif de pierre auquel elle se trouvé adossée, afin d'y pratiquer des armoires où se conservent les reliques et autres objets précieux de l'église. Cette grille, chef-d'œuvre de serrurerie, que sur-
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monte un crucifix en ivoire au-dessus d'un fronton en feuilles de tôle battue^ avait élé faite en 1734; elle porte ce chiffre au-dessous de Fécusson oii se croisent aujourd'hui les deux clefs de saint Pierre. Les armes qui garnissaient ce champ étaient celles de l'abbesse Radegonde de Parabère , qui gouverna le monastère de 1726 à 1742. Pour établir cette grille dans sa nouvelle position, il fallut démolir le jubé et renverser avec lui les dernières traces de son antique usage dans notre église. On retrancha aussi une stalle de chaque côté , on fit faire le retour d'équerre à deux ou trois autres, ce qui a causé la perturbation et le peu de raccord dont nous avons parlé»
Une autre grille de beaucoup moins d'importance, et qui ne s'élevait qu'à hauteur d'appui, fut placée entre le chœur et le sanctuaire. Plus tard, elle fertna l'enceinte de la chapelle absidale de la Sainte-Vierge « où on la voit encore servant de table de communion. Un écu chargé d'armoiries s'y trouve répété , et nous fait supposer que cette balustrade a dû nous venir aussi de l'abbaye de Sainte-Croix. Une Françoise de Lavai en fut abbesse de 1 696 à 1 726 ; ses armes étaient (Tor à la croix grecque d'azut chargée cinq coquilles au naturel, et cantonnée de 1 6 alérions d'azur. C'est précisément ce qu'on retrouve sur cette grille, sauf les couleurs, qui n'y ont pas élé observées. On voit aussi ce même écu sur la plaque d'une cheminée de la maison n'' 1 de la rue Barbate.
Les cordelierS' virent transporter aussi dans notre église la porte cambrée, au fronton aigu, qui sert de doublure à celle dite de$ Clottres, dans la basse nef du nord. Elle était flanquée, à l'entrée de leur chapelle, des deux confessionnaux sculptés à jour qu'on voit adossés
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au mur du chœur dans la nef opposée. C'est l'ouvrage d'un frère lai de la communauté , et Ton avait eu grand soin de ne pas les charger de peinture. Ce chêne, si artistemenl travaillé, avail déjà vieilli, et sa teinte noire ne demandait qu*à se foncer encore au profit de l'art. Mais la manie de tout barbouiller l'emporla'sur ces considérations trop savantes. Les confessionnaux reçurent d'abord deux couches de couleur olivâtre. En 1840, le temps les avait écaillés et aurait fini par leur rendre une lente justice... L'architecte déjà cité les confondit dans la punition infligée aux décors de la chapelle absidale, et les fit peindre en cette couleur verte élégamment nommée bronze artistique. Un cri de réprobation s'éleva de toutes parts; mais ce sont de ces fàits^ qu'on le sache bien, beaucoup plus faciles à omettre qu'à réparer. La robe verte demeura donc sept ans sur le bois méconnu , obstruant ses creux et cachant les nen'ures de ses feuillages, jusqu'à ce qu'un chanoine, supposant qu'il avait autant que personne le droit de [mettre des barbouilleurs à l'œuvre , s'avisa de faire peindre le chêne en noyer .• de sorte que nous avons assisté à la cinquième couche de badigeon huileux jeté à de pauvres meubles qui suppliaient depuis si longtemps, par tant d'organes, qu'on les débarrassât de leurs ridicules enveloppes.
Hais ces objets mobiliers, abandonnés en toute propriété à la basilique auquel l'arbitraire d'un pouvoir incompétent les livrait, n'étaient pas les plus précieux qu'elle recueillit. Trois chasses , dont une fort précieuse, furent enlevées aux monastères de la Trinité et des capucins. M. Montault obtint qu'elles seraient confiées à son église ; et comme on tenait toujours , dans la secte constitutionnelle,, à persuader au peuple que rien n'était
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448 Hi3T0IRB DE LA CATHÉDRALE (4792.)
changé dans la religion , ce fut par une procession solennelle que s'opéra en un même jour la translation des reliques. Ce sont celles qu'on voit en deux reliquaires dorés, de forme oblongue, attachés de chaque côté do grand autel aux deux piliers parallèles du sanctuaire. Saint Irénée occupe le côté de l'évangile, sainte Victoire Morose celui de Tépitres: pour sainte Àntonine, elle est conservée dans le trésor de l'église. Nous devons tracer quelques linéaments de leur histoire.
Saint Irénée dont il est ici. question n'est ^int révoque de Lyon^ mais un des personoages de ce nom dont cinq ou six furent martyrisés. D souffrit au jii* siècle. Les capucins, avaient reçu ses reliques de Home vers 1680^ et en faisaient la fête solennellement le 20 août Après leur translation à la cathédrale par les commissaires du département de la Vienne ^ elles restèrent avec les autres dans la salle capitulaire. On avait renfermé avec les ossements un parchemin de cinq pouces de long et de forme semi-circulaire , portant Pimage d'un tombeau antique, au-dessus duquel une colombe chargée d'un rameau d'olivier^, et Tinscription iRsii^uâ in ?age. k gauche du petit tombeau , le monogramme du Christ est écrit en encre rouge, comme à droite la figure d'un vase. Un fragment de petit vase en verre de forme antique y est enveloppé aussi dans un papier contenant, en caractères du xvr siècle, ces mots : ParÈvasù in qm mnguisM.era. Ces reliques, aussi bien que les suivantes , forment une partie considérable de la charpente osseuse du martyr. Toutes les notions archéologiques constatent que les images et objets. qui les accompagnent doivent avoir été rétirés commç elles de& catacombes*
Les rçliquos d&sainte Victoire Morose > déoowrertesen
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1678, furent exposées à la vénération ^publique des Romains en 1682^ et envoyées aux religieuses de Sainte-Catherine de Poitiers par le P. Joseph-Eufanius-Aquilanus , évêque de Porphyre et préfet de la chapelle papale. Ces religieuses ayant été supprimées en 1785, les reliques passèrent aux dames de laTrinité, dont la maison avaitœntribué à letirétablissement. La châsse contenait un vase de verre aux formes antiques, de couleur bleue , un peu fracturé* Les ossements y étaient disposés delà même façon que ceux de saint Irénée dans l'autre châsse, sur un petit chevalet dont le sommet était aplati^ et auquel ils tenaient par des fils et galons d'or. Des couronnes de fleurs artificielles décoraient les deux têtes des martyrs , tjui ne s'y voient plus. La cause de celte disparition remonte à la fin de l'année 1793. Lorsqu'à cette époque l'irréligion des révolutionnaires se trouva sans frein, les commissaires municipaux qui vinrent procéder au dépouillement de nos sacristies rompirent les sceaux, ouvrirent les châsses, el brisèrent sur le parquet de la salle capitulaire les tètes de saint Irénée et de sainte Victoire. Leur grossière impiété n'alla pas plus loin; ils laissèrent ces débris à la disposition de quelques témoins affligés qui s'empressèrent, après leur départ, de les recueillir avec respect. Ils furent confiés au sacristain Boissière. qui les cacha et les eut en sa possession pendant tout le temps que durèrent les orages politiques.
Il en fut de même des reliques de sainte Ântonine. Tirées du cimetière cyriaque à Rome, l'évêque de Porphyre les avait envoyées au monastère de la Trinité en 1 676; elles furent reconnues authentiques par les vicaires généraux -de Poitiers dans un procès- verbal du 17 juin 1780. Les marques de leur origine accompagnaient ces