CHAPITRE XXVI
De 1800 A 1R29. ^ Proliminaires de jours meilleurs. — État matériel de Tédifice. — Installation de M. Bailly. — Messe de minuit.— Nouvelle organisalion du Chapitre et du clergé paroissial. — L'office canonial reprisa la cathédrale —Mortel épitaphe de M. Bailly.— Service pour Mme d'Auzance — Pauvreté de Téglise et institution de la fabrique. — Position réciproque du Chapitre et du curé de Saint-Pierre.— Réparations aux vitraux et clochetons, — et à rhorloge. — Cloches de Nouaillé transportées à la cathédrale. — Rosières. — Nombreux Te Deum, — Personnages illustres qui visitent la cathédrale. — Séance des aïjlorités dans les cérémonies publiques. — Le Chapitre se choisit un curé. —Fête patronal de la paroisse. —Adoration perpéloelle du Saint Sacrement. — Restitution du temple SairU-Jean,'~¥étB de Sainte- Cécile en musique dite religieuse. — Bons offices de M. dePradt — et de
* Défense de Piciie-Jian Mignon, dit Planier, p. 44 , in-8". — ^^<^' de la Fieme , t. xxxiv , n" 2i.
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quelques autres. — Démolition du dôme de la grande tour; — intrigues à ce sujet. — Mauvais état de Porgue.— Service du duc de Montebello.— L*orgue réparé — et l'escalier du clocher nord. — Rentes instituées et non payées. — Réorganisation de la psalette. — Prières pour la paix. — Institution de la dévotion au Sacré-Cœur ; tableau de l'association. — Procession des Clefs. — Siège épiscopal. — Les. travaux donnés k Tadjudication. — Budget de réglise taxé par le gouvernement.— Soin de la toiture.— Fonts baptismaux. —Projet àexéculer.— Nouvelle réparation de rorgue.— Église de Saint-Hilaireentre-Églises rendue à la cathédrale.— Repavage en recherche.— Réparations au parvis.— Paratonnerre. — Pavage en recherche de la sacristie des messes , parquetée ensuite. — Legs fait à Tautel de paroisse, et badigeonnage.
Enfin le consulat, en ramenant par la force au règne de Tordre , avait anéanti les efforts bruyants de l'anarchie et les prétentions des partis extrêmes. Les fêtes décadaires étaient tombées dans l'oubli; les lectures légales du Bulletin des Lois ne se faisaient plus au temple delà Raison; mais une profonde ignorance de la religion dans les jeunes gens, une grossière indifférence dans tous ceux qui administraient, encore sous l'influence du voltairianisme qui avait fait la révolution , marquaient toujours dans la société française l'existence des éléments qui l'avaient décomposée. La majorité de la nation, respirant après des persécutions si douloureuses, et conservant sa vieille foi chrétienne, parut enfin à un gouvernement réorganisateur digne de quelque attention; et pendant que Bonaparte, nouveau venu sur la scène, concluait, le 15 juillet 1801, avec le pape Pie VII, une convention sur les matières ecclésiastiques, on préparait le concordat, qui devait, moins d'un an après, rendre au culte sinon toute sa liberté, que le premier consul voulut toujours restreindre , au moins la splendeur et le respect apparent, qui ne sont trop souvent qu'un habile moyen de gouverner.
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Il est probable que des ordres vinrent de haut lîeu , dès cette année 1 801 , stimuler le zèle des administrations secondaires, et les préparer à la réouverture des églises. Le préfet de la Vienne, M. Cochon, fît visiter par le sieur Yétault, ce même architecte qui avait travaillé sous les ordres du Chapitre aux restaurations de 1770 à 1791 , tous les édifices publics qui avaient servi au culte. Le nôtre était singulièrement dégradé. Les dalles surtout en avaient été brisées, les verrières enfoncées; d'immenses quantités de décombres s'étaient accumulées sur les voûtes; tout était triste et délabrée. Hais la Providence avait fait luire le jour des compensations pour son Eglise de France. Celle de Poitiers vit aussi se renouer la Stuile de ses pasteurs légitimes : un évèque lui fut donné, etTavenir que lui promettaient son esprit éclairé, sa piété fervente , son titre de confesseur de la foi au milieu dos tempêtes à peine calmées, la consolèrent après tant de douleurs. M., de Saint-Aulaire était mort à Fribourg en 1798. Le siège qu'il avait si dignement occupé et défendu contre les invasions du schisme fut doofio à H. Jean-Baptiste-Luc Bailly , dont l'installation se fille 16 janvier 1803. Cette cérémonie, à laquelle le gouvernement consulaire voulut depuis donner une haute importance en réglant ses détails dans la loi du 24 messidor an XII (1 3 juillet 1 804), n'en resta pas moins, on le devine, aune distance énorme de ce vaste et magnifique ;apparat que nous avons vu se développer si souvent en face et au dedans de la basilique épiscopale. Le prélat, sorti de la modeste habitation qu'on lui avait provisoirement destinée, fut reçu dans le parvis pair te préfet et le maire, entourés de tous les corps constitués et d'un ^clergé accouru de toutes parts à une fête si longtemf^s
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inespérée. Le premier de ces magistrats le complimenta au nom du département de la .Vienne, en lui offrant les clefs de Téglise; le second fit sa harangue au nom des habitants de Poitiers. Après avoir répondu à ces politesses, l'évêque s'avança jusqu'à la porte municipale, où l'attendait le doyen du Chapitre, M. Dargence, que l'archevôque de Bordeaux avait délégué pour Iç représenter. Là, quelques paroles furent échangées avec effusion entre cet ancien débris d'une institution miraculeusement relevée et le nouvel héritier de Saint-Hilaire, anneau retrouvé d'une chaîne qui semblait avoir disparu. Bientôt, au pied de l'autel réconcilié, l'homme de Dieu s'agenouilla. L'hymne de TEsprit-Saint sortit de sa bouche et fut répété par toutes les voix ; après quoi, conduit à à son siège, il fit lire l'acte public de sa prise de possession, parla à la foule immense qui remplissait toute rétendue des nefs, célébra le saint sacrifice , et tout finit aux accents de l'orgue et du Te Deum •.
Cet orgue était touché dans celte circonstance par le citoyen Schmil, dont il n'est fait mention que cette fois. Il reçut 45 fr. pour avoir faccow>mo(<^ l'instrument, et les souffleurs improvisés furent payés à la journée'.
L'administration municipale, renouvelée, suivait de bonne foi l'esprit populaire, qui, n'étant plus égaré parles agitations des partis , reprenait sa pente naturelle vers le sentiment religieux et les habitudes morales qu'il inspire, On veilla à la libre pratique du culte ^ on seconda l'action catholique, on protégea ses efforts pour la reconstitution d'une société si profondément ébranlée. Dans ce triple
* F., poar plus de détail , Journal de Potiierê , an Xî , n*»' 44 et 45,
* Reg, de la mairie , M plnv. an Xt.
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but, le conseil fit faire des patrouilles pendant la nuit de Noël 18Û3, et envoya aux abords de la cathédrale , où la foule des révolutionnaires mécontents aurait pu se mêler à celle des fidèles, une force armée assez imposante pour déjouer les tentatives de désordre ' .
Un mandement du 7 janvier 1804 établit à Fétat de cures les paroisses de Saint-Pierre et de Notre-Dame. En môme temps les curés et desservants du diocèse reçurent leurs titres. Le concordat prescrivait un serment à tous les membres du clergé qui seraient nantis de ces fonctions. Ce fut l'occasion d'une réunion de tous les ecclésiastiques de Tarrondissement de Poitiers dans la cathédrale, où ils vinrent^ le 12 du même mois, remplir cette formalité et recevoir l'institution canonique des mains de M. Bailly, en présence de toutes les autorités civiles et militaires '. Le Chapitre reçut aussi ce jour-là sa nouvelle organisation, et dès le lendemain Tolfice canonial y fut repris : on recommença à y chanter toutes les heures compatibles avec l'état de choses du moment. C'était un édifiant exemple à d'autres diocèses, qui trouvèrent des obstacles au rétablissement de la psalmodie ecclésiastique dans ces mêmes conditions où le nôtre ne crut pas en voir. Nous dûmes sans doute ce esprit de régularité à l'influence des anciens souvenirs sur la piété du Chapitre reconstitué. Beaucoup des chanoines restés fidèles à l'Eglise devant la persécution avaient échappé à ses coups mortels. D'après la constitution nouvelle faite aux chapitres cathédraux, tous ne purent être réintégrés dans leur titre; mais ceux qui le furent tinrent à ces pieuses habitudes
' Reg. de la mairie , séance du V' niv. aa XU. * Journal de Poitiers ^ 47janv. 4804.
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de leur vie primitive , et les ressources modiques faites à l'église ne permettant pas d'y pourvoir au chant des plus longs offices de la nuit, ils voulurent du moins célébrer chaque jour , outre la messe solennelle , la prière publique, qui futtoujours'le principal devoir des collèges canoniaux. Tierce, sexte, none, vêpres et complies ne cessèrent pas d'être chantées à Poitiers depuis ce temps ; en 1838, les statuts donnés par M. de Bouille y ajoutèrent prime, et pour constater le principe de la prière intégrale, contre laquelle on ne doit jamais vouloir prescrire, il fut dit que matines et laudes seraient reprises dès que les circonstances le permettraient.
Ces commencements , joints aux autres travaux imposés par le ministère épiscopal, promettaient au diocèse une administration capable de réparer les brèches du sanctuaire. Hais elle fut trop courte : les forces d'une seule âme, quel que fût le zèle des coopérateurs qui la secondaient si dignement, ne purent suffire aux immenses fatigues de cette rénovation difficile. Après quinze mois d'un épiscopat laborieux^ H. Bailly mourut, laissant des regrets profonds à son Chapitre, qu'il avait honoré selon l'esprit de l'Eglise , en l'associant à l'œuvre de son épiscopat; à ces fidèles qu'il avait constamment édifiés; aux gens du monde, qui admiraient sa patience et son affabilité en présence même des plus graves difficultés de son ministère. Il succomba le 8 avril 1804, et fut enterré dans la chapelle Saint-Sixte. Au-dessus de sa tombe, dans le mur du bas-côté nord de l'église, et près de la salle capitulaire, on lit sur une table de marbre blanc cette simple épitaphe :
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ICI REPOSE LE. CORPS ti'lLL*™
ET REV**"" Jl.-B.-LUC BAILLY,