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et de monter au festin de l'Agneau sans lâche!... Et ne croyez pas que, dans cette sacrilège comédie, on se pressât de consommer à la hâte celte violation des plus saintes règles de la pudeur.: on n'omit rien des rites sacrés... a L'officianU parla aux époux le langage de TEvangile et n de la raison, qu'il avait su concilier. Son discours était » plein de cette onction sainte qui subjugue l'esprit en » s'emparant du cœur..- Enfin les voûtes du temple >) retentirent du son de la trompette; l'auguste cérémonie » était finie , et les spectateurs applaudissaient à ce bon » exemple... » Laissons-là ces impiétés dégoûtantes , et ne sortons pas de notre sujet en suivant « le couple heureux » dans les orgies des Sociétés populaires, où il recul la couronne civique, où un autre apostat, en discourant sur a la légitimité , l'utilité et la nécessité du mariage des prêtres, » désignait cette union comine 'c un coup de massue porté avec tant de vigueur^ que de l'autel et de l'idole pulvérisés il ne resterait dans peu ni trace ni vestige \ » — Tout le système de la secte était dans ce dernier mot, et donnait la valeur de celle « onction sainte, » de ce « langage deJ'Evangile, » hypocritement vantés par les complices de ces détestables parades.
Cependant à quelles tristes réflexions se livrait sur tant d'égarements qu'il n'avait pas assez prévus, mais qui déjà lui avaient coûté bien des larmes , ce pauvre évêque de la Vienne, M. Montault, privé tout à coup de la faveur populaire! Administrateur du déparlement, il avait dû en accepter les fonctions, et compromettre par là celles de son ministère. Sa droiture, sa mansuétude lui valurent la haine de la Société populaire , qui demanda sa mise en accusa-
* Journal de la Finrne , 5 octobre 4795.
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tioD. On l'arrêta à la fin de juin 1793, et dans sa propre chapelle , dans son évêché , transformé en prison pour les mpecU, on le força de prendre ses repas sur l'autel, en lui refusant une autre table'. Pendant cette captivité, il était sans cesse menacé de paraître devant le tribunal révolutionnaire , dont les arrêts de mort étaient rendus et signés pardesprêtresapostals. — La mortde Robespierre le sauva. Dans cette église si étrangement employée à des actes si divers , où chaque jour quelque spoliation nouvelle imprimait une pauvreté de plus, Torgue restait encore, mais ce n'était pas sans avoir couru de grands dangers et vu plus d'une fois son existence compromise. Quelques-uns de ces esprits agitateurs, dont le bruit opère souvent plus de mal que les majorités raisonnnables ne peuvent de bien , s'inquiétaient des lenteurs qui relardaient trop à leur gré le règne de la destruclion. Ils s'indignèrent de voir le majestueux instrument, dont récusson royal, placé au positif, avait été déjà mutilé, rappeler encore quelque souvenir des pompes chrétiennes; ils en demandaient la suppression... La commune fut d'un autre avis, et, dans cette même séance où Tenlèvement des grilles avait été décidé, elle arrêta, sur la proposition de Davancens , qui , en sa qualité de dessinateur, se sentait quelque goût pour la musique, que les orgues des églises seraient conservées «en faveur de l'instruction et de la formation des arts^ notamment celui de Saint-Pierre, qui, en réunissant un travail extraordinaire, présentait encore une ressource pour les fêtes civiques. » Une commission fut chargée aussitôt de solliciter leur conservation près du département, qui l'accorda > touché surtout de ce motif que l'instrument
' Hiil, du terrorûme dans le département de la Vievme , in-S"*, 4803.
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serail utile au lycée, dont oû méditait toujours rétablissement dans révêôhé. — Ce fut la première victoire. Nous tenons aussi d'hommes graves, dont les souvenirs remontent jusqu'à cette époque, qu'en cette année 1793, pendant une séance du club qui se tenait dans la ci-devant cathédrale, le citoyen Planier, qui ce jour-là siégeait modestement dans l'auditoire , prévint un de ses voisins quMl allait se donner la jouissance de proposer \dide9cenle de l'orgue et sa combustion.— Près des deux interlocuteurs se trouvait providentiellement le menuisier Favre , le même qui avait construit ce beau fût, dont le travail lui valait encore des compliments et chatouillait toajours son orgueil d'ouvrier. La motion imminente du prêtre vandale l'effraya d'autant plus, que la position de celuici, président du tribunal révolutionnaire, lui donnait un crédit redoutable. Se souvenant alors que le gouvernement venait de faire une réquisition de bois pour les chantiers maritimes de Rocheforl, il se penche à l'oreille de son homme, et le menace de répondre à la motion | qu'il annonce par la propositi0n de faire abattre, pour le service de la patrie, de magnifiques arbres qui ombragent les domaines du président. C'en fut assez; il avait trouvé l'endroit faible du patriote : celui-H^i préféra son bien au mal d'autrui, et l'orgue fut sauvé une seconde fois.
Lorsque, un peu plus tard, le représentant logrand i consentit à faire de l'église un magasin à foin , la présence de l'orgue , dont l'inaction eût causé la perte , fut lo motif que donna le conseil poor rejeter cette mesure , et ce fut encore Davancens dont le réquisitoire obUnt ce succès'.
• Séance du 2 frimaire m l(. !
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(4794.) bB POIIIERS. 469
Enfin, le 10 frimaire an II (<•' décembre 1793), sur une pétition apportée au conseil par les amis de la liberté et de régalité, on décida la fermeture des églises. Le temple de la Raison fut inauguré par une fôte de la liberté. Les clefs de notre église furent confiées au sacristain Boissière , quoique le procès-verbal de fermeture en rendit dépositaire et garant le secrétaire de la municipalité. Mais , interdit à tout culte , le lieu saint ne pouvait Tétre aux profanations des assemblées, dont les orateurs y étalaient deux ou trois fois par semaine leurs extravagantes rêveries. Un jour, en 179A, au milieu des mille propositions élaborées dans les cerveaux de ces étranges régénérateurs, une voix s'éleva pour demander la démolition de ce temple , trop longtemps l'asile de la superstition et de l'hypocrisie. On parlait aussi d'enlever le plomb des gouttières I des noues et des achenaux, pour faire des balles pçUriotes. De telles voix devaient trouver des échos dans un tel auditoire , et déjà un grand nombre applaudissait à ces heureuses idées, quand un des assistants réclama quelques instants de silence, parvint à se faire écouter, et raisonna tant, à l'aide de chiffres et de calculs , qu'il fil renoncer à ce beau projet. A son avis, la masse cube des pierres et autres matériaux si admirablement superposés dans la construction de l'édifice^ n'auraient pas trouvé dans la ville de surface suffisante. L'encombrement s'en serait suivi , la circulation publique en eût été Qbstruée. Il concluait à ce qu'on gardât le local, dont on se trouvait bien pour les fêtes civiques '.
• On raconte que le même moyen sauva la belle métropole de Bourges ; MM. de Girardot et Durand Tout consigné dans leur intéressante Descrip-
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470 HISTOIRE bE LA CATHEDRALE (\79Â.)
Un autre 9 que nous avons vu déjà utile à Tédifice, et qui sans doute en conservait l'amour comme on s'allacbe aux choses ou aux personnes qu'on a secourues , le menuisier Favre, prévoyant sans doute que ces stupides motions se reproduiraient et pourraient trouver dans ces frénétiques cerveaux des dispositions moins raisonnables, proposa d'en faire un dépôt de foin pour la cavalerie. Hais l'idée des Tètes républicaines , des danses au son de Porgue, et de tant d'autres plaisirs de même valeur, l'emporta sur celle de Favre. On l'adopta. Les hommes qui sauvaient ainsi le monument étaient-ils chrétiens ou artistes? On ne l'a pas su; le nom du calculateur ne se mêle même plus, après soixante ans, à l'anecdote. Nous le regrettons : ce nom était digne d'accompagner celui de notre premier architecte Adahi sur unede nosclefs devoûte.
Ainsi , grâce à cette généreuse intervention, le tt temple de la Raison » ne s'écroula point; on y solennisa les décades en l'honneur delà déesse, et, dans certaines occasions où il fallait réchauffer Tenthousiasme, une femme de mauvaise vie, quelquefois aussi des citoyennes qu'on ne regardait pas comme telles , consentaient à se faire porter comme dée$$e$ en des processions parodiées , et à se voir déposer dans le sanctuaii-e jusque sur l'autel , entourées d'adorateurs qui se disaient philosophes, et qui s'encourageaient « à briser les derniers restes du fanatisme religieux '. »
C'est dans ces tristes jours que, sans crainte decom-
tion de ceUe basilique , et, plus heureux que nous, ils ont pa coDsemr à la postérité le nom de M. Desfougères , alors ingénieur en chef da département du Cher.
* Arrêté du U germinal ( 4 avril ) 4794.
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proineltre la dignîlc de leur temple, les nouveaux maflres encombrèrent le déambulatoire de barriques de vin destinées à la fourniture des militaires. Les grilles, conservées fort à propos, les protégèrent contre les visites intéressées des fidèles patriotes, dont les ébats trouvèrent une suffisante carrière dans les trois nefs qu'on leur permettait d'envahir.
Le personnel dispersé de la cathédrale n'était pas mieux traité qu'elle-même, et de temps à autre ses chanoines , obligés de fuir ou de se cacher, excitant la surveillance haineuse de ceux dont leur sainte constance stigmatisait la conduite, tombaient aux mains de leurs ennemis, qui les emprisonnaient ou les faisaient mourir; Au nombre de ces victimes on compte MM. Richard, exécuté à Poitiers sous prétexte d'émigration, quoiqu'il eût prouvé de sa présence à Paris depuis 1791 ; de Veillechèze, condamnée la réclusion jusqu'à la paix , comme suspect d'animer la guerre de la Vendée; de Cressac, incarcéré jusqu'au 6 septembre 1794. — Le 13 thermidor (\*' août) de cette année, on mit les scellés chez « les scélérats Brumaud de Beauregard , air-grand vicaire de Luçon ', et Guyot-Durigoux , ea;-chanoine de Saint- Pierre. » — M. Dargence , doyen , s'était retiré à Munster, d'où il revint en 1802 , et déclara élire domicile à l'ancien doyenné de la cathédrale. M. Jolivard, ancien secrétaire de révêché sous M. deSaint-Aulaire , demeura en prison jusqu'en 1795.
La rigueur de Tesprit révolutionnaire s'adoucit un peu après la chute de Robespierre; les violences commençaient à s'iiser devant le bon sens public , sans cependant
• Devenu depuis évoque d'Orléans -^Beg. de la comm. 14 therui. an II.
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4i2 HISTOIRE DR LA CÂTHÉÛRALt*; (4797.^
que les nouveaux décrets de la oonventioa , uti peu plus favorables à la liberlé des cultes , fussent exécutés* EnGn un décret du 20 mai 1795 leur accorda des édifices. Dès le 27 juin, le citoyen Sosep\\ Sabourin, jadis curé de Sajnt-Cybard, puis vicaire épiscopal de Lescève , déclara 1
au conseil qu'il se proposait a d^exercer le ministère d'un culte connu sous la dénomination de culte catholique. » U signa aKssi les soumissions politiques exigées par les Ipis^ 0t put çj^ercer dans la cathédrale, entouré d'un mince troupeau, la grande majorité continuant de s'éloigner des prêtres jureurs. L'église continuait cependant d'être désignée sous le nom de ci -devant Saint-Pierre- Les droite du nouveau curé, s'il en était un, tfe furent pas toute^ fois si bien déterminés, que quelques patriotes ne prétendissent en avoir aussi daiis ce même local, jusque-là que, le dimanche 9 septembre 1796, il s*y fit, à l'issue des vêpres, un rassemblement considérable. Un citoyen monta dans la chaire j y donna lecture des gazettes ; un autre y prononça ensuite une allocution politique. Qu^elques jours après> on devait recommencer; mais la commune s'y opppsa , par la raison que ^ l'église n'était destinée qu'à l'usage du culte '. »
Dès lors on revint dans l'enceinte, vevi ve de ses poptifes pt de ses prêtrçs, toutes les fois qu'on voulut attirer l'attention de la foule sur des faits qui pouvaient ranimer dans les çsprits l'ardeur républicaine. Le général Hçche étant mort à Wetlelar le 15 septembre 17Q7 , le Directoire ordoiuia une fàe funèbre que les autorités de Poitiers voulurent faire célébrer « dans l'église dite Saint-Pierre. » ir Les fonctionnaires publics , tenant un rameau de chêne |
' R$gi de la commune , 24 fructidor an V. i
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(4798.) DE POlTIliKS. 475
à la main, réunis à la force armée, parmi laquelle on distinguait le busle du général porté par quatre anciens officiers , se sont rendus silencieusement à la ct-devant église de Saipt-Pierre. » Le bruit du canon et des tambours se fit ent^dre; devant un sarcorphage élevé dans la gr^de nef, non loin d'une pyramide dont les quatre faces portaient des inscriptions à h gloire du défunt, des comédiens chantèrent l'hymne funèbre : JUdnes tacré$de$ vengeurs de la France; l'orgue accompagna celte musique de circonstance. Le commissaire du pouvoir exécutif, le citoyen Oassier, prononça Toraison funèbre; puis de nouveaux chants commencèrent, et Ton défila devant la statue du général en déposant à ses pieds les rameaux verts. C'était du paganisme renouvelé des Romains et des Grecs ^ moins la nationalité et ie sérieux '.
Ainsi la variété , qui naissait indispensablement de ces folies sans racine et sans consistance, apportait d'un jour à l'autre dans ces vaines cérémonies des changements que le caprice et la mobilité d'un peuple naturellement frivole inspiraient au premier venu. La Reveillère- Lépaux, précurseur, dans ses hardiesses excentriques, des Châtel et des Enfantin, venait d'inventer le culte des théophilantbropes, s'était emparé des églises de Paris^ où les catholiques étaient cependant tolérés, et fil introniser le sien par une circulaire du ministre de la police générale. Ce fut à Notre-Dame que Poitiers vit avec douleur les premières scènes de celte hérésie nouvelle se produire en face des augustes mystères du catholicisme. Il ne tint pas à Planier que la cathédrale n'eût son tour, et ne vît se renouveler les troubles de l'année précédente*
' Séance du 27 veadémiairc.
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474 HISÏOrUE DE LA CATHÉDRALE (4800.)
Ce malheureux mil lout son zèle à faire obtenir aux adeptes de la secte le beau local qu'il avait conlristé par tant d'apostasies, et il l'a raconté lui-même en exprimant leregrel de n'avoir pas réussi '. L'impuissance de ses efforts vint d'un nouveau tapage qui fit interdire l'église , el pourcette foisencoreelle resta aux prêtres constitutionnels. On était alors à la fin de février 1798 (ventôse an VI).
Mais celte tolérance , cette espèce de protection failc à un culte c( connu sous la dénomination de catholique, « n'avait rien de religieux en soi , et n'empêchait pas les mêmes autorités d'aflfecter le local à leurs propres affaires, q^uand l'occasion s'en présentait. Les assemblées primaires pour la nomination des juges de paix', et des conseillers municipaux surtout, furent appelées à siéger dans l'église de la Fraternité. Le 22 mars 1799, les autres sections firent le même honneur à celles de leur quartier.