‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 60 sur 98 · II · texte numérisé non relu

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482 lilSTOlRE DE LA CATHÉDRALE '(^804.)

les loilures, que les ardoises, n'ayant été que glissées sous d'aulres sans l'appui d'aucuns clous , s'étaient détachées, laissant à découvert les voûtes, que les eaux du ciel endommageaient; les ferrures des portes n'existaient plus , arrachées par des mains infidèles ; les vitraux montraient encore des vides nombreux. 1 ,290 francs furent employés à les réparer, et la fameuse galerie intérieure étant trop étroite pour donner pied à des échelles, on fut obligé 9c recourir à des échafaudages qui coûtèrent encore 128 fr. Les tourelles du pignon avaient également souffert. Des pierres s'étaient détachées de leur pointe , et entraînaient chaque jour une démolition plus importante qui allait jusqu'à 1 mètre 30 cent, de hauteur. Il fallut renoncer, pour cette année, à y toucher; les échafaudages et leur prix énorme y mirent obstacle. Ce ne fut que Pannée suivante qu'enfin on put restaurer ces deux jolis ornements du grandiose chevet. Il suffit de les regarder aujourd'hui pour se persuader quel soin intelligent présidaà celle opération. La pose des pierres se fit par rang d'assises d'égale épaisseur, sur un lit de mortier composé d'un tiers do ciment sur deux de chaux. Les joints furent frol-' tés et polis au brunissoir , jusqu'à ce que le mortier y eût acquis de la consistance , et présentât avec la pierre une surface lisse sans flachesni bourlets, de manière que (es eaux n'y pussent séjourner \

L'horloge, tombée en fort mauvais état, réclamait à son tour quelque attention. Transportée, avant la révolu lion, du clocher nord dans celui du sud^ cette position lui était moins favorable, et causait à sa marche de fréquentes inégalités. Les frais qu'on a multipliés depuis

' Arch, du département ,. — calhi»drale , liasse v , 52 , n® SL

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(1804.) DE POITIKRS. 485

pour assurer son exactitude sonl demeurés infructueux... En vain elle fut replacée dans la tour septentrionale : son entretien, confié sans trop de discernement, tantôt à un sonneur, tantôt à un allumeur de réverbères, plus tard à un serrurier, puis au sacristain, fut enfin remis, en 1844, aux mains compétentes d'un mécanicien '. Mais la machine, après des retouches qui semblaient devoir assurer sa marche, n'en vaque plus mal : les remèdes les plusefiicaces ne deviennent que des palliatifs de courte durée pour un cx)rps dont les organes son profondément lésés.

Parmi les reliques transportées des autres églises à la cathédrale en 1792, on en remarquait une desaint Vincent de Paul, dont nous n'avons pas parlé parce que nous ignorops son origine. Quand un décret impérial eut nanti définitivement, en 1 804, les églises cathédrales et paroissiales des objets dont elles avaient reçu le dépôt pendant la révolution, cette relique devint la propriété de Saint-Pierre de Poitiers. Les religieuses de la Visitation, déjà réunies après les orages qui les avaient séparées, la demandèrent au Chapitre, qui leur permit de l'exposer dans leur chapelle, 1 9 juillet, fête du saint. Une délibération la leur octroya, à la charge de ne garder le dépôt que jusqu'à la fin de l'octave : ce qui futscrupuleusement observé. Deux ans après, les pères lazaristes qui dirigeaient le séminaire diocésain la demandèrent aussi pour l'exposer dans leur chapelle, au jour de leur fête patronale. Le Chapitre, plus large cette fois , et accordant plus qu'on ne lui demandait, consentit non-seulement à ce qu'elle fût transportée au séminaire , mais qu'elle y demeurât , sur un reçu dé-

» Beg, des actes capitulai r es .

posé aux archives cl transcrit au registre des actes capitulaires, tant que l'établissement serait dirigé par eux. Une concession faite en termes si généraux n'était, malgré toutes les réserves exprimées, qu'une cx)ncession à perpétuité... La suite Ta prouvé ; la relique n'est jamais revenue au Chapitre, et ne lui appartient plus que par la transcription dece qui précède sur les registres de la compagnie '.

Les cloches, enlevées en 1 792, n'avaient pas été remplacées. L'ancienne abbaye de Nouaillé avait conservé plusienrsdecellesquicomplétaientautrefoissabellesonnerie. M. de Barrai, à la suite d'une délibération capitulaire du 15 novembre 1804, demanda au ministre des cultes, M. Bigot de Préameneu , que les deux plus fortes fussent transportées à la cathédrale de Poitiers. Le ministre les accorda, et le préfet, M. Cochon, alloua, sur le devis d^un entrepreneur, 390 fr. pour le transport. La pose dans la tour méridionale fut payée par la fabrique 240 fr. Mais tout cela ne se fit pas sans beaucoup de difficultés et d'opposition. La commune de Nouaillé tenait fort à ses cloches. Peu touchée de l'arrêté du magistrat , qui motivait sa décision sur ce que la cathédrale n'avait qu'une seule cloche d'un. volume tel, qu'on ne pouvait s'en servir habituellement sans nuire aux constructions et $ans incommoder le voisinage, la municipalité rurale se débattit contre cette décision , et ne céda qu'à des menaces de répression sévère. A force de négociations, on traîna en longeur, et les cloches ne furent à leur place qu'au commencement de juin 1805.

Ouclques cris de détresse adressés au gouvernement

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par Taulorilé diocésaine parvinrent enfin à se faire entendre; le 7 mars 1805, le Chapitre reçut avis d'une allocation de 2,622 francs 20 cent- On se munit aussitôt de quelques objets de première nécessité, parmi lesquels figuraient des burettes d'^tein.

Les rosières, grotesqueimitation d'une naïve création des siècles chrétiens, reparurent en France, avec l'empire inauguré^ au mois de mai 1 804 , sur le front de Napoléon. Alors on voulait des représentations à effet, de grandes fêtes que la religion grandît encore , et chaque année ^ au 15 août, fête de l'empereur, cet usage se renouvela jusqu'en 1814. La rosière était dotée de 600 fr., et mariée à la cathédrale avec un militaire retraité, au milieu des salves d'artillerie et du concours des autorités , qui ne manquaient pas d'accompagner le tout d'un petit discours. Toutcela^ paratt-il, était alors fort touchant. La postérité venue depuis n'en juge pas tout à fait comme les contemporains. Le conseil municipal de Poitiers cessa de faire les fonds aussitôt après la Restauration ^ ^( cette fête ayanl été destinée à rappeler des souvenirs dont tous les Français voudraient voir .effacer jusqu'à la dernière trace \ » Ce jugement ne ressemblait guère à ceux consignés dans les registres précédents!... Le Moniteur universel n'eût pas mieux dit.

C^est aussi de cette époque qu'il faut dater une longue série de Te Deum, que chaque victoire sur les armées étrangères, liguées contre Napoléon , lançait aux évoques de France en des lettres closes. C'était en même temps un expédient de publicité pour la gloire du prince, et un moyen providentiel d'entretenir dans les populations l'es-

lleg. de la municip. de Poitiers , 48M , p. 400.

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486 inSTOiRli; DE LA CATHÉDRALE (4805.)

prit religieux, inséparable d'un bon gouvernement. Fort souvent» dans ces occasions, une fête publique consacrait la journée entière à chanter les exploits du vainqueur des Russes, des Prussiens et des Espagnols. Des rosières nouvelles y prenaient leur rôle; l'enthousiasme était partout; il n'y avait que peu d'hommes réfléchis qui, jugeant des événements moins par les succès que par le principe qui les avait amenés , se demandassent tout bas si tant de conquêtes n'aboutiraient pas à des revers , et si de Friedian, d*Eylau et de Dantzic , on n'arriverait pas aux plaines de Moscou et au champ de bataille de Waterloo.

Ce mouvement, qui emportait la France dans un tourbillon d'activité incessante , mettait sur toutes les roules les grands personnages de l'ère nouvelle, voyageant en diplomates ou en inspecteurs. Poitiers eut plusieurs fois des hôtes illustres que la beauté de notre monument attira jusque dans son enceinte, ou qui s'y présentèrent pour satisfaire à quelques devoirs de religion. G'étail tantôt un roi d'Espagne et sa famille, trahis, conduits prisonniers à Paris, et traités officiellement, par ordre de l'empereur , « en têtes couronnées ; » tantôt un archichanceller de l'empire ou un sénateur chargés de porter dans les départements l'esprit du maître. Pour le maître luimême, il passa trois fois dans l'ancienne capitale du Poitou , maiB ne fit pas au plus beau de ses édifices l'honneur d'en mesurer les voûtes de son regard d'aigle. C'eût été pourtant une belle occasion d'intéresser sa munificence pour une fabrique qui manquait de tout...

L'office divin, quelque embarrassé qu'il fût encore dans sa marche , se faisait avec édification. Le Chapitre signala même cette année ses pieux sentiments en faisant face

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(4805.) DE POITIEUS. 487

aux dépenses d'un service funèbre pour M. de Saînt- Aulaire: hommage public auquel s^ssocia le diocèse tout entier dans le souvenir d'un prélat qui, en présence des jours mauvais, avait donné à tous le noble exemple d'une fidélité persévérante jusqu'à la mort. Cette cérémonie se fit le 17 janvier 1805. L'année précédente , un autre service avait appelé la miséricorde de Dieu sur tons les prêtres du diocèse morts pendant la révolution '•

Ces grandes solennités, qui ramenaient souvent a Saint-Pierre les autorités de tous les ordres, furent» dès le commencement du nouveau régime, comme elles l'avaient été sous l'ancien , des occasion de conflits sur la préséance Un décret survint un peu plus tard sur la matière; mais , en attendant, le Chapitre sentit la nécessité de statuer, sur ce point délicat, en tout ce qui dépendait de lui. Quand donc arriva le Te Deum chanté pour le sacre et le couronnement de Napoléon , le 1 0 février 1 805 , il décida , dès le 7 , que 1 8 stalles seraient cédées aux chefs de corps, le reste étant nécessaire au clergé. Celte mesure cx)nciliait parfaitement les exigences d'une politesse révérentieuse avec les besoins et la dignité du corps canonial. Peut-être cependant eût- il été préférable de disposer dès lors^ dans le même but, des places d'honneur dans la nef médiane, en avant du sanctuaire. Nous avons vu à quelle époque les hautes stalles furent prises par l'ensemble des administrations civiles et des corps judiciaires , au point de ne jamais laisser au clergé qu'un nombre de places insuffisant.

La chapelle des Apôtres était devenue c<?llc de la pa-

■ Reg. du Chap.j p. 20 et 22.

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roisse dès le mois de janvier 1804. L'archîprêlre-curé, M. Brumaud de Beauregard, y avail été installé le 12 par le doyen; mais il restait à régler la position de ce nouveau fonctionnaire à l'égard du Chapitre. C'est à quoi pourvurent les statuts promulgués le 20 août 1805 par M. de Pradt , nommé depuis quelques mois évêque de Poitiers. Le Chapitre, par tous ses membres^ fut distrait de la juridiction pastorale , que le doyen seul fut mis en droit d'exercer sur lui. Bientôt après on désigna un curé du Chapitre qui reçut à l'égard de la compagnie les pouvoirs spirituels inhérents à sa charge, et fut confirmé par l'évoque. C'était l'assemblée qui choisissait ces fonctionnaires, et, afin que les chanoines pussent être libres dans leur choix, on en vint jusqu'à en nommer deux, qui recevaient ensuite Tassenliment de l'évêque. Cet état de choses dura jusqu'en 1833. M. de Bouille nomma alors, dans l'assemblée générale annuelle du 4 juillet , un curé du Chapitre, sans délibération préalable de celui-ci '. Quant au patron de la paroisse, ce devait être naturellement celui du diocèse , sous le vocable duquel se trouve réglise cathédrale. Ainsi fut-il raisonnablement établi , et cela dura jusqu'en 1832. A cette époque , sans trop en prévoiries conséquences sans doute, M. de Bouille rendit une ordonnance qui remplaça la Saint- Pierre par la Toussaint ". C'était élever un petit autel à côté du grand, et exposer celui-ci à se voir effacé par l'autre. En effet, la solennité diocésaine des saints apôtres se vit dès lors éclipsée dans l'église du diocèse, où elle devrait sans contredit conserver le plus d'éclat. Les paroissiens ne

' Reg. capit., p. 46 et 49.

• Ibid., p. 5, etc.

regardèrent plus cette fête comme la leur , et^abandonnèrenl l'office pontifical du malin aux nefs désertes de la basilique étonnée. Peu à peu il en fut ainsi des autres fêtes principales, pour lesquelles la pompe de la messe paroissiale, insensiblement accrue de tout l'apparatqui ne devrait appartenir qu'aux offices canoniaux « finit par renverser lès positions en donnant la première place au ministère, qui n'y devrait avoir que la seconde.

Le 2 juillet 1806, M. de Pradt renouvela pour tout le diocèse Tadoration perpétuelle du Saint Sacrement, et, comme elle avait autrefois commencé dans l'église cathédrale le 1" août, il régla que ce jour serait celui de la procession solennelle qui, partout ailleurs, se devait faire le troisième dimanche du mois désigné à chaque paroisse. Les paroisses de Poitiers, étant au nombre de six , eurent chacune deux mois d'adoration. La cathédrale prit les mois de février et d'août.

En exéqution du décret du 7 thermidor an XI ( 26 juillet 1803) , un arrêté du préfet de la Vienne du 18 novembre 1806 renvoie à la fabrique de la cathédrale des biens ^ rentes , immeubles et autres possessions qui n'avaient pas été aliénées. Elle ne gagna que fort peu à celte mesure de justice. Certaines rentes se trouvèrent périmées ; des titres en grand nombre ne purent être recouvrés; on ne recueillit des recherches et réclamations faites à ce sujet que certaines redevances de peu de valeur, qui formèrent ensemble une somme annuelle de 113 fr. 89 c Le seul immeuble qu'on récupéra fut l'ancienne église paroissiale dite temple Saint-Jean , antique baptistère delà cathédrale, l'un des plus curieux monuments gollo-romains que conserve la France archéologique. Quelques circonstances que nous raconterons ailleurs

s'opposèrent toutefois à ce que la fabrique rentrai immédiatement en sa possession; on ne devait le lui restituer irrévocablement qu'en 1822*.

Les fêles païennes étaient passées; les déesses de la Raison et de la Liberté n'osaient plus se monUrer^ el celles qui n'avaient été que des statues de la Vierge ou de quelques autres saints ravies aux églises y reprenaient la place qu'elles n'auraient jamais dû quitter. L'enthousiasme se maintenait à la hauteur de ses premiers jours pour les cérémonies religieuses; les fêtes des corps de métier ramenaient annuellement devant Tautel de la paroisse les protégés de saint Joseph , de saint Grépin el de tant d'autres qui, dans les divers étais, donnèrent à la société chrétienne l'exemple de toutes les vertus. Parmi tant d'anniversaires, celui de sainte Cécile ne pouvait être oublié. Les musiciens de la ville élurent pour témoins de leur zèle les vieux échos de la cathédrale. Laissons parler dans son style officiel le journaliste du temps : «La Sainte -Cécile de 1806 a été célébrée par » MM. les artistes et amateurs. M. Delaurièrc a été » chargé, cette année, d'offrir à la sainte musicienne » les vœux des joyeux enfants de l'harmonie. Tous ont » mis la plus grande ardeur à exprimer, soit avec la » voix, soit avec l'archet, ce que leur interprète avait ny confié au zèle de chacun. On a reçiarqué dans la » composition de M. Delaurière des morceaux d'un bel y> effet très-bien rendu. Si l'on avait un reproche un peu » grave à lui faire, ce serait d'avoir donné pour » motet d'élévation une espèce d'air de bravoure , qui joi- » gnait au tort d'être un des plus faibles de la raesse

' JReg. de la fabrique , I" 2'2

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(*806.) DE POmERS. 491

» celui de ne pas convenirà Tendroit de la cérémonie où il » était placé. Du reste, M. Delaurière a prouvé qu'il con- » naissait bien les principes de son art , et qu*t7 $avatt » lez appliquer souvent d'une manière distingvée\ » — Le plus grand malheur, selon nous, n'était point que le maëstrOf à qui la critique jette ici avec tant de raison le reproche de son espèce (Vair de bravoure , eût composé un motet détestable et inconvenant; c'était que le Chapitre , qu'on y reprend encore l'année suivante, eût permis cette espèce de représentation que l'on veut bien appeler de la musique religieuse. Avant que l'esprit du monde s'immisçât à celui de l'Eglise par la faute de quelquesuns de ses pasteurs, on ne connaissait point cette musique-là, et, en attendant que nous prouvions tout ce qu'elle a de répréhensible, nous ne cesserons de protester avec toutes les lumières du clergé de notre siècle, avec les laïques les plus savants et les plus pieux, contre un abus qui renverse les principes liturgiques , et amène trop souvent le désordre autour du tabernacle du Saint des saints.

Pour en revenir à la Sainte-Cécile, elle était, avant la révolution de 1789, la fêle des chantres et musiciens de la cathédrale. Ce jour-là ils avaient une messe solennelle autre que la messe canoniale , et plaçaient des fleurs sur les pupitres pendant tous les offices du jour. Cette dernière coutume a duré jusqu'en 1846, qu'elle fut abolie. Isolée de tous les autres détails de celte fête, elle n'avait plus rien en effet qui fût digne d'être conservé.

M. de Pradt, dont l'épiscopat valut mieux à son origine qu'à son déclin , paraît s'être attiré la reconnais-

1 Journal ûe Poitiers , 4S06 , p. 808.

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sance du clergé calbcdral par quelque zèle à subvenir aux besoins de l'église et à son embellissement. Nous trouvons plusieurs fois dans les délibérations capitulaîres de ces témoignages de gratitude, dont on se plaît à lui envoyer l'expression par des députés. Mais toujours c'est en termes vagues , qui no disent rien du sujet de ce bel élan , comme si les chanoines et le secrétaire rédacteur des procès -verbaux craignaient de fournir quelques documents à leur histoire : telle une délibération du 24 octobre 1807. Ce n'est qu'en 1809 qu'on voit menlioDDcr pour la première fois un acte spécial de la générosité épiscopale , dans Tachai de deux encensoirs en argent qui coûtèrent 797 fr. , dont la moitié fut payée sur des fonds que M. de Pradl avait laissés, en quittant le diocèse pour celui de Malines, entre les mains du secrétaire de l'évéché. Mais cette mention n'est pas le fait du Chapitre ; c'est dans le registre de la fabrique qu'il faut la chercher '.

Après le passage de la famille royale d'Espagne et sa visite à notre église , l'achat de quelques tapisseries d'occasion pour y faire le reposoir du jeudi saint, une somme modique donnée par une personne pieuse pour renouveler la dorure de l'ostensoir, et une paire de rideaux en damas rouge légués par une autre pour garnir le fond de la chaire,' où on les voit encore, sont les grands événements qui signalent notre année 1808. Peu de jours après, au commencement de 1809, on put se procurer, au prix de 189 fr, 50 c. , deux burettes et leur bassin en argent ' ; et , pour surcroît de bonne fortune, la fabrique

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fut mise en possession d'une rente de 3 fr. , due autrefois à la curedeSaint-Savin.

Nous arrivons à un événement dont les traces restent imprimées sur notre édifice, et y demeureront probablement longtemps encore. Un. violent orage éclata sur la ville le 6 janvier 1809. La plupart des maisons souffrirent des efforts prolongés de la pluie et du vent; entre autres, la toiture et le clocher sud de St-Pierre furent considérablement endommagés. Il fallut pourvoir à des réparations devenues urgentes dans cette saison. La calotte en bois revêtue d'ardoises qui formait le dôme au-dessus de la tour était fortement ébranlée et menaçait ruine; la maçonnerie avait cependant résisté aux éléments et ne présentait aucun danger. Ce fut donc la prompte réparation du dôme que le Chapitre sollicita près de Tadministration départementale, filière naturelle par laquelle déjà on devait passer nécessairement pour arriver au ministère, où se centralisait tout pouvoir. Or il y avait dans cette administration un antagonisme décidé contre la grosse cloche, dite bourdon, qui habitait sous ce dôme, d'où elle répandait de temps à autre ses sonores mugissements sur la préfecture, habitée par M. Mallarmé. On se rap< pelle qu'une des raisons alléguées dans l'arrêté de son prédécesseur , pour nantir la cathédrale des cloches de Nouaillé , avait été que cette voix d'airain incommodait le voisinage : c'était toujours le même grief. Cette fois on se garda bien de le produire , mais , trouvant l'occasion belle de faire descendre l'importun instrument de cinq à six mètres , on résolut de le reléguer du sommet de la tour, qu'on abattrait, à l'étage inférieur, où sa voix serait étouffée; et tous ceux qui se rappellent encore comment la chose fut conduite répèlent dans les termes les plus

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positifs que la rutne de ce dernier élage fut coDcerlée entre le préfet , qui la voulait , et l'ingénieur en chef des ponts et chaussées, M. Duvancelle, assez cx>mplaisant pour la vouloir aussi. Les pièces nombreuses déposées aux archives de la préfecture de la Vienne ne laissent point de doute sur la vérité de cette assertion. Quand donc le Chapitre eut réclamé le rétablissement de la charpente du dôme, on lui opposa un devis de 30,000 francs , somme qu'on ne pouvait passe flatter d'obtenir, et on la mit en regard d'une autre somme approximative de 12,000, qui devait suffire, assurait-on , à Taccomplissement du projet préfectoral. On allait plus loin : on s'efforçait de faire croire que la suppression de cet amortissement de la tour «rendrait la façade plus régulière.» Un rapport dressé en ce sens par l'ingénieur, et dans lequel on affirmait que le moindre mouvement imprimé à la charpente condamnée pouvait entraîner sa chute et écraser la préfecture, fut adressé au ministre de l'intérieur. Éclairé de la sorte, celui-ci autorisa, le 18 avril 1809 , la démolition demandée. Pour surcroît de mésaventure , il décidait que les fonds nécessaires à cet acte déloyal se prendraient sur c>eux alloués par les conseils généraux de la Vienne et des Deux-Sèvres pour Yeniretien de l'orgue eidela cathédrale !

La fabrique s'éleva contre un système dont le secret mobile n'était plus inconnu du public. Elle annonça des démarches qu'on lui laissa commencer d'autant plus volontiers, qu'on se voyait nanti d'armes trop supérieures aux siennes. Aussi ne fut-ce que le 20 juin seulement qu'elle se prononça , dans une délibération expresse contre la démolition , pour une restauration immédiate. C'est que dans cet intervalle de deux mois^Ue avait pris

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(4809.) DF POITIEKS. 495

ses mesures; elle avait visité les lieux, appelé des experts , ordonné des devis contradictoires : il en résultait que le sieur Nadot, charpentier, se chargeait de refaire le dôme non pour 30,000 francs que Tautorité départementale jugeait nécessaires, mais pour 14,600, sur lesquels il se faisait fort de trouver même un bénéfice honnête. Les vicaires généraux écrivirent alors au ministre , lui exposèrent , avec la possibilité de conserver le clocher à peu de frais , Télat réel des choses : le surplomb , dont on semblait tout redouter d'un jour à l'autre, n'avait pas augmenté depuis plusieurs années; et quant à l'emploi des fonds destinés au culte , on ne pouvait s'y résigner sans abandonner par cela même les plus urgents besoins de l'église. M. Mallarmé n'en poursuivit pas moins son plan. Le 6 juillet, il écrit officiellement à l'ingénieur, lui fait part de la délibération delà fabrique, l'engageant à peser la proposition de Nadot, et néanmoins il joint à cet envoi une lettre du ministre de Tintérieur qui autorise la démolition du dôme^ et il invite ce fonctionnaire à lui proposer de suite ce qu'il croit le plus utile à la sûreté publique. Quatre jours après ^ un devis était signé par l'ingénieur et accepté par le préfet, pour la destruction tant voulue. Cependant le ministre avait compris la réclamation de l'autorité capitulaire. Lorsque se tramait entre lesdeux administrateurs le complotde cette ruine» M. Bigot de Préameneu donnait avis au premier magistrat de la Vienne des instances de la fabrique, et lui demandait de s'en expliquer. Il ne doutait pa$, au reste, lui ministre, que le préfet ne les eût prises en considération; il espérait aussi qu'on aurait accueilli les observations relatives à l'emploi des fonds de la cathédrale, dont il ne fpllaitpas priver le culte ; en un mot, la cause du clocher était gagnée

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à Paris. Mais de Paris à Poitiers il y avait près de cent lieues, et, à celte distance, les mauvais desseins, de même que la calomnie, ne sont pas toujours appréciés, et frappent d'autant plus sûrement. — On le vit encore. — Le 20 juillet, M. Duvancelle, qui n'ignorait pas les lettres ministérielles survenues depuis le 6 , répond à la lettre préfectorale de ce jour , sans égard aux devis de Nadot, qui pour œmerver ne demandait que 2,000 fr. de plus que lui pour détruire : « Le rétablissement de ce dôme entraînerait une dépense comidérable; il n'est point susceptible de réparations, et enfin il n'y a pas de temps à perdre , rtiiver ne pouvant se passer sans accidents si l'on néglige de les prévenir par des mesures promptes et définitives. » Il osa ajouter, contre toute vérité, que la fabrique avait reconnu la nécessité de cette modi&calioa; et la fabrique, loin de là , avait protesté contre elle dans sa séance du 20 juin !

Fort de cet avis, M. Mallarmé s'achemina vers Paris. Là il rédigea, en date du 25 août, une lettre au ministre de l'intérieur, et la lui présenta le même jour. Il s'y efforçait de paraître fort peu passionné dans la question en litige, feignait d'accorder certains points à ses adversaires, et n'en concluait pas moins à son sentioieol. L'affaire devait être examinée, le minisli^ n'ayant pas voulu se prononcer trop vite, sans doute parce qu'il y voyait une marche quelque peu oblique; peut-être enfin l'église de Poitiers eût-elle gagné son procès... Mais M. Crétet fut remplacé par M. Monlalivet, et ce dernier, circonvenu dès son avènement, adopta les plans de Tautorité départementale par décision du 24 octobre. Ainsi fut jeté le sort de la tour méridionale. En conséquence de cet arrêt , elle perdit sa plate-forme supé-

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Heure; elle vil desceodre de 15 pieds la portion de maçounerie octogoae qui s'élevail au-dessus de la terrasse actuelle; la charpente du beffroi fut établie sur la seconde voûte 9 et le tout couronné d'un toit à quatre pans sans aucun caractère > aux lieu et place du dôme , pour lequel on n'avait tant plaidé que parce quMl avait au moins un typemonumratal. Mais les meneurs étaient satisfaits. H. le préfet se consola de sa lutte en n'absorbant plus de ses oreilles que la moitié du son de la grosse cloche : pour tout quoi il ne dépensa que 10,630 fr. Il est vrai qu'il y gagna la gloire d'attacher son nom à une œuvre de barbarie , ce qui n'est pas toujours un titre à Vadmiration de la postérité.

Par suite de cette affaire^ l'orgue, dont les détériorations continuelles tenaient à un système de soufflerie qu'on n'a^ vait pu faire meilleur lors de sa construction, dut attendre encore des restauratioi^ indispensables. Le gouvernement avait accordé 1 ,500 fn pour cette dépense. M. Mallarmé ne fit pas difficulté d'en allouer les deux tiers pour la démolition du clocher, et {çarda le reste , sous prétexte que ce reliquat ne pouvait plus s'appliquer au budget pour un article auquel il ne suffirait pas. Il faut d'ailleurs établir ici^ à la louange du Chapitre et de la fabrique, qu^ils n'ont jamais consenti au mal qui se fit en cette déplorable victoire du caprice inintelligent et brutal contre la raison réduite à ses seules forces. M. Dargence, écrivant au préfet, lui disait : « Le clocher tpw vow allez faire démolir; » et la fabrique, augmentant de 20 francs le traitement du sonneur, n'oublia pas d'en constater la cause: « at^ tendu que la grosse cloche est aujourd'hui plus difficile à sonner qu'autrefois...»

Nonobstant celle mutilation , décidée en 1 809, mais qui

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