‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 63 sur 98 · II · texte numérisé non relu

II

GoogI(

514 lliSTOlUE DE LA CATHÉDRALE (4854.)

moins au département 1 ,358 fr. 43 c. , qu'on eût pu épargner ou employer mieux, et à rarchitecte Duval sa place, qu'il perdit bientôt après.

Le mardi 29 novembre se firent les obsèques de M. François-Henri de la Broue de Vareilles, ancien évoque et comte de Gap, chanoine du premier ordre de Saint-Denis, mortà Poitiers âgé de 96 ans. Il fut déposé dans la chapelle de Seint-Sixte. Ancien confesseurde lafoi, pour laquelleil avait souffert Texil de l'émigration, il habitait, depuis plusieurs années , la ville oîi résidait sa famille , l'une des plus anciennes du Poitou. Il rendit de grands services au diocèse pendant la vacance du siège qui précéda l'avènement de M. de Bouille, fit beaucoup d'aumônes, et se montra généreux envers la cathédrale, qu'il pourvut d'ornements et de vases sacrés. Il voulut aussi décorer de tableaux le chœur, où on le voyait assister assidûment aux offices de chaque dimanche. Obligé de s'en rapporter pour le choix de cesgrandespagesà des correspondants peu édifiés sur les convenances du local et peu connaisseurs en peinture, le l)on prélat fut moins heureux dans cette générosité que dans celles où son discernement put le servir. Uathlète copié de Raphaël, C'Onnu sous le nom de saint Jean-Baptiste; le serrurier qui figure sous le nom de saint Pierre; le philosophe antique , dont l'épée nue fait songer que ce pourrait être saint Paul , sont à peine rachetés par le saint François d'Assises en prière dans son ermitage. Mais que dire des saints Hilaire et Fortunat en rochet et en camail , comme nos évoques et chanoines du xix^ siècle, si tant est qu'eux et nous en voulussions porter de semblables ?— Et de ce Verre Seau placé dans la chapelle du Sacré-Cœur,, et dont l'idée, empruntée à une parole évangélique qui ne peut guère se traduire , est ridicule-

GoogI(

ment affublée de détails inintelligibles? Quelle grotesque imagination a pu placer dans le même lieu* une jeune fille au coslume élégant et soyeux, tenant d'une main la buie qu'elle vient de remplir à un puits placé derrière elle, de l'autre un verre d'eau froide présenté par elle à un vieux malade qui , soutenu sur son grabat par une autre femme , approche de ses lèvres cette eau qui va certainement lui donner la fièvre ou le tuer? Nous ne parlons pas de cette molle et riche draperie étendue en forme de rideaux à la romaine sur la tête de cet infortuné moribond, dont la chambre à coucher renferme un puits, et dont la couche se vendrait bien 1 fr* 50 c... Le peintre s'est rendu justice : il n'a pas signé; on lit seulement au bas de la toile : 1830 : c'est le type de l'art religieux à cette époque.

On fut mal inspiré d'adopter pour ces compositions malheureuses des dimensions gigantesques de 2 met. de large sur 4 ou 5 de haut; plus encore de les suspendre aux piliers, dont ils dénaturent l'élévation élégante, et derrière lesquels ne s'aperçoivent plus des toiles poudreuses faites pour des murs plats qu'on ne peut leur trouver ici.

M. révoque de Gap avait donné au Chapitre , en 1821 et 1822, un ornement complet de damas vert et une chape de drap d'or; plus tard , on lui dut les lustres en cristal qui éclairent la grande nef. Plusieurs autres preuves de sa pieuse libéralité furent consignées dans les délibérations du Chapitre', quMl n'oublia pas non plus dans ses dernières dispositions. Par son testament, daté en dernier lieu du 8 juillet 1831 , il donna à l'église qu'il

1 Beg,, p 405.

GoogI(

SIC ntSTOlRE DE LA CATRËDRALE (4852.)

avait aimée comme la sienne sa chapelle en vermeil t estimée 2^525 francs , sous condition d'un service religieux, qui fut acquitté le huitième jour aprèfs sa mort. Le Chapitre, reconnaissant^ arrêta, en assemblée générale, qu'une messe serait célébrée à perpétuité pour le repos de son âme le 4 octobre^ fête de saiiit François, son patron'.

En 1832, un legs de 1,000 fr. fut laissé à la fabrique par dame Anne-Marie-Henriette d'Aubéry, épouse de Brouillac > à la charge de 25 messes annuelles. Ce legs fut accepté par délibération du 18 juin 1833.

De cette même année datent les réparations de la petite sacristie ouvrant sur la seconde travée de la nef septentrionale. Ce même local est avoisiné d'une pièce destinée aux chantres comme vestiaire, et d'une autre donnée aux enfants de chœur pour le même usage. Ces dernières furent, Tune réparée, l'autre construite en 1843 ^

Le comte d'Argout, ministre de l'intérieur et des cultes, revint, par une circulaire du 12 juillet 1833, à l'idée ekpHméé en 1813 par Bigot de Préameneu , d'encourager lé^ psalettes comme pépinières d'artistes au profit du culte et de l'art. Il engageait les conseils généraux à voter pour cet objet dès suppléments aux ressources des cattiédrales, et d'y aider ainsi l'établissem^t ou l'entretieû dès maîtrises, tt. de Bouille , en réclamant dans ce sens, fit valoir aussi le mauvais état de l'orgue, qui , toujours réparé et toujours se détériorant davantage, perdait le vent par ses sommiers, n'avait plus que des claviers dépourvus de leur garniture, et des languettes faussées à

^ Reg, des actes capiL, p. 99.

' Beg. de la fabr., t^ 59 et 44.

GoogI(

(4854.) DE POrnERS. 547

ses jeux d'anche. Le conseil général accorda 1,200 fr.; le gouvernement en donna 1,000, el Je travail, exécuté parle sieur Henri , facteur de Bordeaux, fut .accepté > 16 30 novembre 1835, par HM. Véron , organiste de la cathédrale , et Dnocourt, artiste de Poitiers \

Cette faveur , obtenue par rinterventiôn du préfet, M. Alexis de Jussieu , dut être reconnue par upe autre. Le magistrat demanda pour son père infirme l'ouverture d'une tribune établissant une vue de la Ipréfeclure 4an8 la cathédrale. Quelques inconvénients qu'entratnât ce privilège I on crut devoir raccorder, jet s'abriter contre des abus probables en y mettant pour conditions que la clef de l'oraloire resterait toujours entre les mains de quelques personnes delà famille, et non des domestiques, et que le préfet reconnaîtrait la concession comme purement temporaire et rémcable à volonté \ C'est pour effectuer ce projet que fut ouverte la verrière de la 5* travée du bas-c6té sud , au détriment de deux médaillons qu'on n^aperçoit plus , et qui écourtenl d'autant les histoires de Balaam et de Moïse.

Le dallage de l'église, si souvent repris par portions , n'avait abouti qu'à une détérioration plus complète qui ne permit plus enfin de recommencer sur des proportions aussi mesquines. Le mauvais état du pavé était constaté depuis 1831 , et d'année en année on avait différé de l'entreprendre. En 1 834 , l'administration civile parut vouloir encore ne procéder, par économie, qu'à l'aide de demi-moyens; M. de Bouille insista pour un pavage complet, et l'obtint. Le 19 mars, le ministre de

* ^rch. de VMché^ cathédrale.

• jérch. de la préfeci, de la Fienne , liasse v, 5 , 2 , n^ 20.

GoogI(

rintérieur approuva un devis de 14,139 fr- 72 c.,que l'adjudication au rabais réduisit bientôt à 1 1 ,559 fr. 23 c. Mais ce mode d'exécution se montra encore une fois avec les plus graves de ses inconvénients. L'adjudicataire traîna en longueur , afin de gagner l'hiver , saison où les ouvriers se payent à moindre prix ; bientôt on s'aperçut que des pierres étaient distraites du chantier pendant la nuit, et un procès intenté à l'adjudicataire lui-même prouva qu'il en était le voleur. Un autre dut lui être substitué; celui-là termina l'ouvrage en pavant tout le bas-côté nord, auquel on s'était arrêté. Toutes ces lenteurs firent durer la tâche jusque vers le milieu de l'année suivante.

Pendant que se faisait cette opération , une dalle de vastes dimensions, soulevée au pied de l'autel de la chapelle du Sacré-Cœur , laissa voir sur sa fac€ adhérente à la terre une inscription qui relatait, avec le nom de l'évêque schismatique Lescève , la date de son inhumation en ce lieu. On y trouva en effet ses restes , et l'on se rappela que, lors de la réconciliation de l'Eglise, en 1802, on avait retourné cette inscription vers la terre, pour effacer de l'église tout souvenir d'un homme qui avait eu le malheur de la profaner.

Le pape Grégoire XVI, sur la supplique de M. de Bouille, attacha, par un rescrit du 22 janvier 1834, à l'autel de la Sainte-Vierge, le privilège d'une indulgence plénière à perpétuité , applicable aux défunts par tout prêtre y célébrant , même sans ornement noir, comme il est d'usage aux fêteç d'un certain degré '. De là le nom

* Nigro colore, etiam in festis, absente. — Reg. cle# aeUs capiL, p. 190.

GoogI(

(I'autel privilÉ4;ié qu'on lil sur l'architrave de la décoration plastique de celle chapelle.

La chapelle paroissiale acquit en 1835 la chaire gothique adossée au pilier gauche, en entrant Elle eût pu s'en passer , car ce morceau jure désagréablemenl contre l'ensemble arcfaiteclural qui l'environne , avec sa lourde cuve polygone aux panneaux plaqués de pelils saints de carton-pierre, avec son abat-voix au prétentieux style du xiv* siècle, étalant ses gentillesses forcées sous les sévères arceaux du XII1^ L'étranger qui voit ce horsd'œuvre malencontreux s'étonne de sa présence quand il n'a pas le courage d'en rire : c'est en eflfet une prolestalion vivante contre toute semblable entreprise livrée à Taventure aux mains de gens qui savent peut-être travailler , mais qui ne savent pas choisir. Malheureusement nous reconnaîtrons d'autres travaux de même force..-

Le presbytère de Saint-Pierre, construit sous l'aile nord de l'édifice, fut aussi commencé, en 1835, sur l'emplacement occupé naguère par le cimetière, puis par une niaison canoniale qui y possédait un jardin. Cette cure s'est élevée avec le produit de dons volontaires : la ville, ne pouvant donner un logement au curé, s'acquittait de celte charge communale par une indemnité annuelle de 450 fr. Celle somme sert maintenant les intérêts dus à l'entrepreneur, et retournera, après extinction totale de la délie, à la fabrique pour lui représenter l'obligation de la ville- Une telle conabinaison présente un double avantage : pour le curé, elle établit un logement fixe, certain, el qu'il n'est jamais obligé de changer au gré d'un propriétaire; pour la commune, elle assure une dépense toujours la môme, un prix de loyer qui ne pourra hausser devanl les exigences probables de l'avenir.

Cependant la ville, dans son intérêt particulier et dans celui du monument religieux, eût fait une meilleure spéculation si elle €i,ût acquis , au grand contentement de tous, le terrain aujourd'hui curial , pour en faire une propriété communale, en agrandissant de 967 mètres carrés l'étendue de la promenade publique. Ce fut une faute de^le négliger, puisque le quartier en eût reçu plus d'agrément , fût devenu le rendez-vous des promeneurs qui n'aiment point les grands centres de réunion, et qu'on eût dégagé l'église des constructions parasites qui détruisent son effet architectural , en la gardant pour toujours des atteintes possibles d'un incendie. Il est vrai que le premier de ces deux motifs s'est réalisé en partie dix années après, et nous dirons bientôt quelles améliorations ont été conçues et exécutées pour les abords de l'église cathédrale; mais, telle quelle, il ne lui manque pas moins ce qui eût pu faire d'elle une intéressante perspective en la mettant dans tout le jour qu'elle mérite.

Un événement inaperçu y mais qui a son importance historique pour une église liée à notre monument dès son origine, signala la fin de l'année 1836. « Le 3 décembre, à midi, en vertu de l'autorisation de Mgil'évoque, le marbre portant l'inscription de la dame romaine Claudia Varenilla a été retiré de l'intérieur de la cathédrale , où il était déposé depuis longtemps. De là il a été conduit et placé dans le musée des antiquités de l'Ouest par les soins de la Société archéologique de Poitiers". » Ce marbre avait été placé dans la cathédrale sous H. de la Kocheposay , et y était demeuré jusqu'à

* ^. le procès-verbal de celte translation. — BtUL de la Soc, des Antiq, de V Ouest ^ t. i , p. 564 .

GoogI(

cette année. H fut alors reporté au temple Saint- Jean, dont quelques antiquaires le croyaient, de la meilleure foi du monde , originaire. Nous,parlerons dans un appendice à notre histoire de ce sujçt, qui touche de si près aux origines chrétiennes du Poitou.

En 1837, l'orgue, si souvent réparé et toujours sans succès durable, mais qui du moins gardait toujours quelque chose de sa puissante voix et de ses beaux effets d'harmonie, fut confié à M. d'Aubigny, qui devint, le 7 janvier, organiste en titre après M. Véron, mort le 5. C'était iine convention faite parle Chapitre, dans une délibération du H avril 1821 , que M. d'Aubigny ^ nommé alors organiste honoraire sous condition de remplacer le titulaire en cas d'absence, de maladie, etc., aurait la survivance. Nous avons vu M. Véron tenir l'instrument dès le temps antérieur à la révolution de 1789. M. Maresse lui avait succédé pendant quelques années , puis ; ayant quitté Poitiers, fut remplacé par le premier. Un acte de la fabrique du 13 décembre 1804 attribua à celuici un traitement annuel de 300 francs; chacun des deux souffleurs en avaient 25. Plus tard on put faire 700 fr. " ; et c'est ce prix que l'organiste reçoit encore.

Dans la chapelle du Sacré-Cœur, vis-à-vis le fameux Verre d'eau que nous avons mentionné, est appendu un tableau d'un coloris sombre, où le clair-obscur parait bien ménagé, où le peintre s'est au moins inspiré de l'Evangile : c'est le Denier de la veuve; elle passe dans l'obscurité du temple, et dépose dans le coffre des aumônes sa mince offrande , plus méritoire devant Dieu que celle de ces orgueilleux qui la contemplent. Perrière

* JReg, des octet capit.^ p. 405-455.

GoogI(

elle, Jésus, entouré de quelques disciples et de pharisiens qui inlerprèlent diversement l'action de la pauvre femme, la loue de ses intentions, qu'il élève de beaucoup au-dessus des plus riches offrandes. Le tableau , de 4 mètres sur 3 , est signé Fleury, 1819. Le ministère des cultes Pavait envoyé à M. de Bouille en 1824 pour orner sa chapelle particulière. Ses dimensions ne permirent pas de Ty placer, et le prélat en fit cadeau à la cathédrale, où il ne figure pas mieux devant l'arcature continue, dont il masque l'ordonnance contre toutes les règles.

L'année 1838 fut malheureuse pour la cathédrale; c'est alors qu'on lui infligeait les badigeonnages à Thuile qui voilent le marbre noir de l'autel de la Sainte-Vierge cl le marbre rouge de ses colonnes; qu'on creusait dans le mur du déambulatoire sud, parallèle au chœur, rincoramensurable niche du xiv siècle, au milieu de laquelle figure cette Vierge de Pitié dont on a gratifié, dirait-on, toutes les églises de France, entourée de ses anges équivoques gauchement agenouillés, ou cloués sur un fond marbré comme eux , tant le marbre blanc avait d'attrait pour l'inventeur de ces décors ! Alors encore furent attachées à quatre des eatre-colonnements des latéraux les statues venues en 1792 de quelques autres églises, égarées ici au hasard sur des consoles grossières qu'on ne daigna pas même terminer par des culs-de-Iampe en style quelconque : statues dont on a détruit jusqu'à la personnalité en associant à certaine d'entre elles une statuette dont toute la signification est dans le pendant ménagé avec sa voisine... Alors on vit peindre en marbre vert et rouge les pierres des chapelles absidales de Sainte- Madeleine et de Saint-Laurent, dont tout l'effet n'est plus que de trancher tellement sur la blancheur de l'archi-.

GoogI(

lecture générale , que l'œil se trouve loùt d'abord of fusqué dès rentrée de l'église , et perd la belle perspective qui augmentait d'un tiers ses profondeurs. Alors enfin on remplaça de vieilles stalles qui servaient au banc d'œuvre, et ornées de sculptures symboliques, par l'énorme masse à qui l'on a continué le même nom , et qu'en 18A6 on sépara de la nef par une petite grille de fer... Et pendant ces déplorables et nuisibles dépenses , on laissait tomber de vétusté des tableaux précieux, représentants oubliés de l'art français au xvi* siècle ; on laissait, faute d'entretien ou de grillages protecteurs , les verrières perdre chaque jour quelques-uns de leurs détails , les décombres s'accumuler sur les voûtes , les arbrisseaux parasites écarter l'appareil extérieur, et les murs des combles, profondément *écorchés, solliciter vainement des travaux de consolidation qu'ils appellent encore. Tout cela fut bientôt l'objet d'observations énergiques venues d'autorités compétentes sur la matière. La Société des Antiquaires de l'Ouest protesta ' ; des écrits furent publiés où l'on se plaignit amèrement de ce défi jeté au bon goût et aux principes les plus élémentaires de l'art '. Ces leçons sévères ont été oubliées cependant, et des attaques non moins détestables se sont encore renouvelées depuis...

L'église n'eut, pour se consoler de tant d'affronts, que l'acquisition qu'elle fit , deux ans après , des reliques de saint Pierre et de saint Hilaire, placées aux deux côtés de l'autel de Sainte-Madeleine, au fond du latéral sud.

< BulUtinàn 4«' trim. 4839.

' De Vart religieux, lettres sur les églises du Poitou , par M. Louis de Damiron , in-8<', p. 7 et suiv.

GoogI(

52* niSTOIRK DE LA CATHEDRALE (4842.)

Nous devons la première de ces précieuses parcelles à M. de Bouille, qui la tenait de Rome même, et la seconde à Mgr de Bonnald, évêque du Puy. L'histoire de celle-ci est remarquable par de curieuses singularités. M. Antoine Girard, évèque de Poitiers, étant mort en 1702, M. de la Chétardie, curé de Saint-Sulpice à Paris, fut nommé pour le remplacer. Dans Tintervalle qui s'écoula ^între sa Domination et son refus définitif, M. de Béthune, évêque du Puy, dans l'église duquel se conservait, nous l'avons vu , le corps de saint Hilaire de Poitiers , donna à l'évêque nommé une partie du chef de notre grand saint. M. de la Chétardie, ayant définitivement refusé la dignité épiscopale, ne voulut pas garder une relique aussi considérable, et, au lieu de l'envoyer à Poitiers, comme il eût été si naturel de le faire , ou de la remettre à réglise du Puy, il la déposa dans une autre église du même diocèse. Elle en fut distraite pendant la révolution; mais H. de Bonnald, étant monté en 1823 sur le siège de Saint-Georges, recueillit le précieux chef, le reconnot authentique , et pensa à lui procurer une châsse de prix. C'est dans cette intention qu'il écrivit à MM. de Bouille et de Beauregard , alors évêques de Poitiers et d'Orléans, les priant de contribuer à la gloire d'un saint qui devait leur être cher. Les deux prélats , en envoyant leur offrande, demandèrent une portion de ce pieux dépôt, et c'est celle adressée à M. de Bouille que possède la cathédrale '.

Ce vénérable prélat mourut le 14 janvier 1842 , a 8J ans, laissant à tous la mémoire de toutes les vertus épiscopales, et à ceux de ses prêtres qui l'avaient entouré

• F. Vie de M. Ollier , ia-8- , 4841 , t. 44 , p. 499 et 500.

GoogI(

dans ses derniers jours l'édificalion d'une patience qui résista à de longues el cruelles douleurs. On l'inhuma dans le caveau de Saint -Sixte, au-dessus duquel se voient un monument en marbre et une inscription en lettres d'or, que fit placer en 1 845 le clergé du diocèse. L'église ne comportant pas un mausolée de grandes proportions, qu'on n'y saurait élever sans gêner son ordonnance générale, on s'arrêta au plan proposé par M. Thomas Louis , artiste de Nantes, mais Poitevin d'origine, à qui la chapelle paroissiale doit le joli devant d'autel dont nous avons parlé. Ce plan consiste dans une table de marbre blanc, encadrée entre deux colonnettes sur lesquelles retombe .une archivolte plein cintre surmontée de ta croix, et dont le tympan, creusé en forme de niche circulaire, reçoit le buste en marbre du prélat, de grandeur naturelle. Audessous de l'éloge funèbre , un bas-relief reproduit l'apparition de la croix miraculeuse vue à Migné le 17 décembre 1826, et la bénédiction de la première pierre de l'église, que le prélat fit reconstruire à cette occasion. Celte œuvre reproduit la lithographie qui fut publiée en <828, et par conséquent elle a des détails pleins de vérité aux yeux de quiconque a pu visiter les lieux. Mais la vérité ne peut être dans le feuillage touffu des arbres, qui pouvaient, au 17 décembre, porter tout au plus des glaçons ; elle n'est point davantage dans la présence de l'évêque, qui n^y était point, ni dans la représentation simultanée de la croix lumineuse dessinée au-dessus des spectateurs, et de la pose delà première pierre, qui se fit en 1827. Ceci implique duplicité de sujet, et, dans toute composition d'art comme de poésie, le sujet doit avoir l'unité pour condition première de sa vraisemblance. Saint Augustin, rhéteur exact et connaisseur de bon

GoogI(

526 HISTOIRE DE LA CATHÉDRALE (4g42.)

goût, en fait même la condition expresse de toute beauté artistique : Omnis pulchritudinis forma unitas eit. Qui ne croirait, à voir cette page de marbre , fidèle , nous nous plaisons à le reconnaître , par la description du lieu, par les costumes, les poses, et qui ne semble un peu lourde que par une conséquence de ces mêmes qualités , qui ne croirait, disons*nous, que M. de Bouille fût témoin oculaire de l'événement, et que la croix ait paru à l'heure même où il procédait à la cérémonie? La postérité , à qui le fait ne sera pas présent comme à nous, ne devinera guère ce mélange de deux actions toutes distinctes ; on les confondra de manière à dénaturer le fait historique , en dépit de l'inscription incisée au bas de Timage :

Page 1