‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 67 sur 98 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

RSTUB DES AUTSUBS QUI ONT PARLÉ DE L4 GATHBDBALE DE POITIBBS. —

Robert de Helsen. — Le pape Sixte IV. — Davity. — André Duchesne. — Zinzerling. — Golnitz. —Nicolas de Sainte-Marthe. —Le chanoine Cousteau.

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— Paulmy d'Argenson — Maltebnin. — Bourgeois. — L*Almanach du Poitou et TAnnuaire de la Vienne. — Etienne de Jouy. ^ Le comte Orloff. ^ Le marquis de Custines. — Millin. — Dom Baunier. — Pierre-François Pîorry. — La Jeune VoyagBuse. — But et philosophie de cette histoire. — Mission providentielle des monuments catholiques.

Arrivé à la fin de notre tâche, nous pouvons nous demander encore, et plus que jamais, comment un vaisseau si remarquable, ses vastes dimensions , ses belles et larges nefs, ses voûtes légères, ses colonnes élancées, ses brillantes et instructives verrières, le gracieux de ses sculptures, et l'imposante majesté de son ensemble, n'ont pas attiré avant nous l'admiration des architectes et des artistes ; comment, lorsque tant d'autres églises qui ne valent pas celle de Poitiers , ont eu des panégyristes et des historiens, la nôtre est demeurée inconnue, rangée tout au plus, par quelque nomenclateur appitoyé, parmi les cathédrales de cinquième ordre, ni plus ni moins, et n'ayant d'autres appréciateurs véritables que certains touristes ébahis, rapidement emportés, après un examen fait à grands pas, vers la machine roulante dont le bruit effaçait bientôt leurs impressions? Peut-être cet injuste oubli viendrait-il du peu d'estimé qu'on a faite jusqu'à présent des choses archéologiques; mais aussi pourquoi n'est-il pas réparé depuis que les études historiques ont recommencé leur rôle si important, depuis que des journaux, bulletins et revues de toutes formes et de tout genre se multiplient à foison, répandant le goût de nos recherches et les bonnes doctrines de la science des monuments? Les vieux livres, ceux édités depuis la tin de Louis XIV jusqu'à la révolution politique qui ouvre notre histoire moderne, parlaient tous de la cathédrale de Poitiers, quand ils lui

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raisaicnl cet honneur, dans les termes les plus insignî' fiants t et quelquefois les plus faux. « L'immensité de cet édifice en fait la principale beauté , » disait Robert de Hesseln, qui ne l'avait pas vue *. D'autres en parlaient non moins savamment en quelques mots aussi vagues. Beaucoup, en traitant delà ville de Poitiers, n'en disaient rien et faisaient beaucoup mieux. Il nous a paru qu'uue courte revue de ces témoignages et appréciations offrirait un tableau assez piquant au lecteur, qui, mainlenanl, connaît les moindres recoins de notre basilique. Nous allons donc remonter au plus loin que possible, et faire une rapide revue des auteurs plus ou moins célèbres dont le témoignage a pu contribuer à sa renommée.

Nous n'avons plus besoin de rappeler ce que le pape Sixte IV disait dans sa bulle du 26 novembre I48i aux chanoines de Poitiers : « Votre église est réputée parmi les plus illustres cathédrales de la France. >« Passons au xv!!"" siècle^ au temps où les études, profitant des efforts tentés depuis là renaissance par la littérature européenne, deviennent plus sérieuses et apprécient néanmoins encore si diversement toutes les données scientifiques. Nous entendrons Davily vanter la belle structure du monument qu'il admire de ses propres yeux •; André Duchesne, citant les Annales de Bouchot^ ne mentionner de Poitiers, en général, que la beauté de 869 édifices \ Zinzerling, S0U6 le pseudonyme de Jodocus Sineerus , rappelle fort exactement l'origine , les fondateurs du monument , ses plus fameuses reliques , la magnificence de son appareil

• IHcîûmn, universel de la France , t. y, p. 586.

• DeecripL génér. de l'Europe^ t. ii , p. 448.

• AntiquHéê et recherches de la France , 4637, in-f", p. 358.

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et les traces de ces boulets de 1 569 , dont l'effort a inutilement cherché à entamer la pierre... '. — Dans le même temps, Abraham Golnitz lui donne la palme sur toutes les constructions qui Tentourent : Pcdmarium est templum D. Pétri; il croit même que, pour la hauteur, le chevet n'a pas d'égal en France ' ; et dès ce temps même il avait raison. Le P. Brower, jésuite, dans ses savantes notes sur les œuvres de notre saint Fortunat , cite Saint-Pierre de Poitiers comme une des causes de la réputation de la ville \

Tous ces éloges étaient faciles sans doute; un peu de goût et quelques comparaisons suffisaient à les inspirer. Nos critiques anciens et modernes se tirent plus mal des dissertations historiques^ et il est curieux de voir comment ils se suivent pas à pas dans le sentier des vieilles chroniques erronées, ou bien se font des versions nouvelles, au risque de publier quelques absurdités de plus. Qui croira, par exemple, que Nicolas de Sainte-Marthe, cet homme dont le nom devait être une noblesse qui Tobligeâl , ait jamais songé à dire que « la cathédrale de Poitiers avait été fondée du temps de Vévêque Fort d'Aux^ qui la dédia à l'apôtre saint Pierre, et dans laquelle il fonda et dota une chapelle en 1361^. » —Or cet évêque était mort en 1357. — Mais notre vénérable, chanoine de Cousteau , qui s'amusa , vers 1650 , à parler du même sujet dans une compilation assez mal digérée, quoique tirée, dit-il lui-même, des registre» de l'église de

* Ilinerarium GaUiœ, p. 452,6(1. 4646.

* Ulysseê Belgico-GalHcuê, p. 290 , éd. 4654.

* s. Fortonati, episc. Pictav... opéra, p. 44, in-4", 4647.

* Hiit. FceUê, et Camii. Pictav.^ p. 465. — 3fM. bibl. de la ville de Poitiers.

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PoictierSy n'admet-il pas la contemporanéilé de Sainl- Pierre et de Saint-Martial; ne partage-t-il pas la crédulité de Bouchet^ de Besly et compagnie, sur l'origine primoséculaire de notre diocèse , sur le sens de l'inscription qui attribue au xi' siècle la dernière travée de noire voûte centrale, et tous les autres contes débités à plaisir par la critique de nos historiographes défunts? Et noire brave curé de BuxeroUes , audacieux mais trop simple conlinudiidur des Annales d'A^itainey neva-t-il pas chercher le berceau de notre cathédrale dans les nuages de «« Tan soixante depuis la naissance de Jésus-Christ '? » Bouchel n'y fait plus rien , car il ne se hasarde que jusqu'à l'an 67. - Qui croirait, cependant, qu'il fût possible de rencontrer un historien plus merveilleux encore? Et pourtant nous en avons up. Lisez les Mélanges tirés (tune grande bibliothèque % et M. Paulmy d'Argenson, qui s'en est évidemment rapporté en aveugle à ses aveugles devanciers, vous dira que la religion chrétienne s'est établie en Aquitaine du temps de Claude, par conséquent de Tan 41 à l'an 54 de J.-C; que saint Martial bâtit alors notre cathédrale, laquelle a été reconstruite plus grande et plus belle sous l'empire de Charlemagne.

Maltebrun , ce génie de la géographie moderne, n'est pas mieux renseigné quand il dale du xi* siècle « l'une des plus belles cathédrales de France '... » Il honore môme l'enceinte sacrée de vingt-trois conciles , tout autant, que nous devons humblement, ne lui en déplaise, réduire des deux tiers , attendu que nous ne pouvons les

* Tome I , p. 27.

* Delà lecture des livres français , t. iv, p. 482.

* Géogr. universelle y t. vin, p. 522.

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confondre avec ceux lenus dans la même province , à Charroux , à Sainl-Maixent et ailleurs.

L'avocal Bourgeois, à qui nous avons souvent emprunté des lumières historiques, fait preuve d'une critique plus éclairée , et raisonne au moins en homme de goût et de bon sens, et si Ton peut relever en lui quelques erreurs,, elles sont légères, sauf une seule qui prouve, lorsqu'il affirme que le chevet est plus neuf que la façade, son peu d'expérience en architecture du moyen âge. Suivons-le, et apprécions ses documents. Après avoir parlé de la dédicace de 1379, « ce vaste édifice, dit-il , qui n'est pas moins admiré par la beauté de sa construction que par l'immensité de son travail, avait été commencé dès l'an H 61 (il faudrait dire 1 1 62) , sous Henri IL Plusieurs princes et divers prélats s'étaient étudiés à l'embellir et n'y perdirent pas leurs soins : c'est l'un des plus beaux bâtiments qui soient dans le royaume. Il est visible qu'il a été fini à deux fois , et qu'à prendre depuis la moitié du vaisseau , le derritre est plus neuf que le devant... »

Arrêtons-nous ici. C'est-à-dire que le chevet aurait été fait après la façade... Cette erreur devait être plus commune qu'on ne pense dans les siècles où les notions de l'art précédent n'étaient plus connues. On se persuadait que ces sculptures, d'autant moins comprises qu'on ne les étudiait point, n'étaient que des vieilleries à dédaigner ; en revanche, on accordait une parfaite considération à ces pierres de taille bien coupées , dont la surface lisse rappelait quelque chose des châteaux de Chambord ou de Maintenon , de la chapelle de Versailles ou de l'église de Saint-Sulpice. C'est pourquoi « les connaisseurs, continue l'historien , ne trouvent pas que sa façade et son

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portail répondent au reste, et préfèrent aïoec raùon le pignon sur quoi repose la couverture. C'est effectivement un morceau qui ne peut être regardé sans surprise. » — Puis il ajoute : « Il y a sur la pierre qui sert de clef à la voûte une inscription en lettres majuscules pour rçxplication de laquelle Besly a fait une grande dépense d'érudition ; mais il n'est pas douteux qu'il n'a pas rencontré, puisqu'il attribue 5 Guillaume lY , duc d'Aquitaine et comte de Poitou ^ l'honneur d'avoir bâti et fait dédier ce superbe édifice. « Cet auteur prouve, à la vérité, qu'après un incendie qui consuma l'église de Saint- Pierre-le-Grand, ce comte la fit rebâtir; mais ce n'est pas telle qu'elle est. » Elle a été brûlée en différents temps : c'est peut-être ce qui a obligé de la construire de façon qu'elle semble être à l'épreuve du feu \ » On voit bien ici qu'il ne manque à Bourgeois qu'une condition pour résoudre la question qui l'occupe : les notions archéologiques, lesquelles toutes seules mettent à néant les conjectures de nos dissertaleurs , et leur eussent prouvé clairement , comme aujourd'hui , les diverses époques de notre construction. Quoi qu'il en soit, ce jugement est mieux motivé et plus savamment pensé qu'aucun de ceux qui le précèdent.

Les auteurs venus après l'avocat au présidial n'ont pas toujours eu le même goût et la même maturité de réflexions. VAlfMna/ch du Poitou y publié en 1790 , après avoir parlé des embell%$$emen4s faits par H. de Saint-Aulaire, et copié André Duchesne sur d'autres points^ répète les vieilles erreurs de ses devanciers. Celui de 1773, après avoir parlé de Henri II et d'Eléonore , et aussi

* Mémoires hisL, p. 495, dans D. Font., t. knii.

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de Bertrand de Maumonl, ajoute « qu'on voit dans cette église plusieurs monuments élevés à ces grands hommes dont les noms ne cesseront d'être chers à la patrie \ » Il fallait avoir de bons yeux pour trouver dans la cathédrale de Poitiers, en 1773, des monuments élevés à ces personnages dont le rédacteur n'avait probablement pas lu les épitaphes.

VAnmêairedela Vienne de 1833 était-il mieux instruit quand il disait : « La tour de l'horloge est la moins moderne?» — Il copiait de bonne foi quelque vieille relation antérieure à la translation de l'horloge dans la tour Neuve , la plus moderne par conséquent. Et quand il ajoutait : « Les décorations du portail sont d'un si mauvais goût, qu'elles ne méritent pas d'être mentionnées % » ne prouvait-il pas qu'avant de parler monuments , même dans un annuaire» il faudrait y regarder de plus près? Il est vrai que ledit annuaire avait reçu ces informations de Dufour, d'oà venait toui le mal ^

Arrive M- de Jouy , dont P Ermite en province a le défaut , comme beaucoup d'autres ouvrages du polygraphe, d'avoir été écrit à Paris , et rédigé , au coin du feu , sur toutes les billevesées de prétendus voyageurs... A l'entendre, les voûtes de Saint-Pierre de Poitiers ont le double mérite d'être hardies , ce qui est vrai, et d'être sombres f ce qui ne semblera vrai à personne. C'est, au contraire, n'en déplaise à notre ermite , un des beaux caractères du monument poitevin, de laisser pénétrer de toutes parts une clarté qui fait ressortir toutes les

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